Lili Creuk, nail artist : « Au bout de deux mois, mon planning était plein ! »

Enfant, Lili possède déjà un esprit créatif. Elle aime fabriquer des parfums avec des herbes et passe beaucoup de temps à dessiner. 

«J’étais plutôt garçon manqué à l’époque et assez solitaire jusqu’à l’arrivée de mon frère à l’âge de sept ans», se rappelle-t-elle.

«J’étais “la meuf qui a plein de vernis à ongles”»

Au lycée, Lili se découvre un nouvel hobby : faire ses ongles. Elle commence à collectionner les vernis, à faire du stamping. 

«C’était vraiment mon truc. Et c’était le pic des blogs à cette époque. J’ai donc commencé à en suivre plusieurs, je trouvais ça génial», raconte Lili. 

Rapidement, elle commence à faire les ongles des femmes de son entourage avec un tarif bas

«J’étais “la meuf qui a plein de vernis à ongles”. J’en avais plus de trois cents !» Des vernis soigneusement rangés dans sa vernithèque.

L'objectif de Lili Creuk : devenir tatoueuse

En 2010, après le lycée, Lili s’oriente tout d’abord dans des études pour devenir psychologue. Puis elle change de voie et intègre la prestigieuse école des Beaux-Arts à Caen, après avoir préparé le concours en cours du soir, parallèlement à un emploi de conseillère de vente chez Claire’s. 

«Mon projet à l’époque, c’était de devenir tatoueuse. Le soir, en rentrant chez moi, au lieu de m’entraîner à dessiner dans mon carnet, je dessinais sur mes ongles. Et je me suis rendu compte que c’était ça mon truc !» On est en 2012, à l’époque, le métier de nail artist n’existe pas

Une passion grandissante pour les ongles à l’ère des blogs

Sa passion pour le nail art ne tarit donc pas. «À cette époque, je mettais mon réveil à deux heures du matin pour choper les vernis qui sortaient en édition limitée à Singapour, tout mon argent passait là-dedans.» 

La nouvelle bachelière lance son propre blog. Elle y parle ongles, nail art… Mais la forme ne lui plaît pas, les codes propres à la rédaction d’un blog, à l’époque très lisses, ne correspondent pas au ton qu’elle souhaite employer. 

«J’avais un peu l’impression de jouer un rôle qui ne me plaisait pas trop. Moi, ce que je voulais, c’était juste montrer mon travail», se souvient Lili.

2013 : la création de son compte Instagram

En 2013, Instagram explose. Et à l’époque, ce qui fonctionne, c’est le partage de photos. 

Lili crée secrètement un compte pour poster les photos de ses créations. 

«J’avais un peu honte de montrer ce que je faisais. Et puis, j’étais étudiante dans une école assez prestigieuse, je n’assumais pas cette passion.»

La formation en prothésie ongulaire

Après trois ans aux Beaux-Arts, son diplôme en poche, Lili rentre à Paris pour suivre une formation de prothésiste ongulaire

«J’avais contacté des blogueuses que je suivais à l’époque, elles ont été très désagréables. J’ai donc compris qu’il fallait que je me débrouille seule. Je me suis donc inscrite dans la première école que j’ai trouvée sur Google à Paris.»

«Certaines demandaient s’il fallait faire catalyser le vernis à ongles classique…»

En 2016, Lili entame sa formation de deux semaines, qu’elle paye en plusieurs fois. Son objectif étant d’acquérir les connaissances de base propres à la prothésie ongulaire. Mais, sur place, c’est la désillusion. 

«Je croyais pouvoir enfin rencontrer mon peuple ! Mais non… Je me suis retrouvée avec des femmes bien plus âgées que moi. J’ai vu un cruel manque de connaissances en techniques ongulaires. Certaines demandaient s’il fallait faire catalyser le vernis à ongles classique… raconte Lili. En fait, on était deux à avoir payé la formation de notre poche. Les autres étaient là sans réel objectif, parce que la formation était prise en charge

La formation en elle-même déçoit également Lili. Le niveau n’est pas à la hauteur. 

«Quand je posais des questions à la formatrice, je sentais que cela la dépassait parfois. Bon, malgré tout, j’ai appris beaucoup de choses, je ne savais pas faire les ongles lorsque je suis arrivée. C’était les débuts», raconte Lili.

D’apprentie à formatrice pour les prothésistes ongulaires 

La formation de deux semaines terminée, Lili commence à travailler chez The Kooples. Parallèlement, elle fait les ongles de ses collègues, pour continuer à s’entraîner. 

«J’avais un petit appart’, je faisais ça dans le couloir pour ne pas gêner mon mec… Et le jour où j’ai validé ma période d’essai, le centre où je m’étais formée m’a rappelée pour me proposer un poste de formatrice. Ça faisait dix minutes que je faisais des ongles, mais c’était mon projet de faire des ongles, j’ai donc accepté», explique Lili.

Cette dernière intègre le centre de formation après avoir suivi un cursus interne de pédagogie, afin de remplacer celle qui lui avait transmis son savoir-faire quelques mois plus tôt. 

«C’était un peu du “fake it until you make it” (fais semblant jusqu’à ce que ça devienne vrai). Ma vraie force, c’était lors du cours qui était axé sur le nail art. C’est cette partie nail art qui m’a crédibilisée en tant que formatrice. 

J’avais une dizaine de femmes devant moi qui devaient m’écouter et c’était dur de s’imposer. Mais ça a été hyper formateur pour moi», se souvient l’experte du nail art. 

Lili travaille ainsi quelques mois en CDD. Elle occupe également le poste de Community Manager du centre de formations. 

On lui propose un CDI qu’elle refuse.

L’expérience de Lili Creuk en nail bar

Consciente de son manque de rapidité, Lili décide de travailler en nail bar dans le très chic VIème arrondissement de Paris. Mais l’expérience ne dure pas. Lili retrouve un emploi du temps qui ne lui convient pas : travail tôt le matin et tard le soir, travail les week-ends… 

«Et puis, à l’époque, je commençais à avoir des tatouages sur les bras que la responsable me demandait de couvrir. Ça me plaisait moyen. Et la collègue qui travaillait avec moi, qui avait dix ans d’expérience, c’est moi qui lui ai appris à poser un chablon. Là je me suis dit que ça n’allait pas le faire. J’étais malheureuse comme les pierres, je ne faisais que du rouge, du beige… Je ne progressais pas et je ne faisais aucun nail art.»

Lili décide donc de quitter ce poste. Elle réintègre le centre de formation qui ferme dix mois plus tard. 

«N’ayant pas un an d’ancienneté dans l’entreprise, je me suis retrouvée avec un chômage aligné au montant du SMIC qui était à l’époque de 1 180 euros. Mon loyer était à 800 euros, ça allait être chaud. J’ai donc commencé à faire les ongles chez moi», raconte-t-elle.

Les débuts de Lili Creuk à Vincennes en tant que prothésiste solo

Le début de son activité en solo, chez elle, commence donc par nécessité en 2017. Dans son petit studio situé à Vincennes, elle installe un rideau entre son canapé-lit et sa cuisine pour donner l’illusion que son appartement possède plusieurs pièces. 

«J’ai tenu ainsi pendant un an. Je faisais la promotion de mes prestations sur Instagram et j’avais la chance à l’époque que personne ne fasse de nail art. C’est grâce au bouche-à-oreille que je me suis fait connaître. Je portais déjà des ongles très bariolés, il m’était impossible de faire mes courses sans que les caissières ne m’interpellent. Donc je distribuais des cartes de visite, à l’ancienne !»

La création de l’espace de co-working de Lili Creuk «Au local»

Après une année, recevoir ses clientes chez elle ne lui convient plus. Elle se met en quête d’un petit local. C’est à ce moment que lui vient l’idée de créer un espace de co-working pour les pros de la beauté, dans le XIème arrondissement de Paris. 

«C’était un espace composé de deux pièces, je louais la pièce que je n’occupais pas. Ça me permettait de payer le loyer. C’était ma condition avec moi-même pour me lancer et avoir moins peur», explique-t-elle.

Un succès dès le début

Lili collabore ainsi dans le même lieu avec une personne spécialisée dans les prestations regard et une coiffeuse, pendant deux-trois ans. Le succès est au rendez-vous seulement quelques semaines après l’ouverture. 

«Au bout de deux mois, mon planning était plein. Je faisais six-sept clientes par jour.»

Pour communiquer sur cette ouverture, Lili fait venir une influenceuse qui est toujours sa cliente. Le bouche-à-oreille contribue largement au triomphe de l’espace.

Une pause imposée par le Covid

En 2020, le Covid contraint la prothésiste ongulaire, au bord du burn-out, à lever le pied. 

«Je commençais mes journées à dix heures, je rentrais à vingt-deux heures sans avoir mangé, et je travaillais en parallèle sur des projets de nail art pour des défilés de mode. Je gagnais très bien ma vie, mais je n’avais même pas le temps de voir mes copines», raconte Lili. 

Un rythme de vie qui n’est pas viable à long terme.

L’ouverture du deuxième espace «Le Salon Lili Creuk»

Passés les premiers confinements, Lili reprend son activité de façon plus saine. Elle commence également à former des prothésistes ongulaires dans son salon, sur le nail art. Elle a envie d’ouvrir quelque chose de plus grand et d’embaucher. À l’époque ambassadrice France de la marque anglaise The Gel Bottle, Lili prend contact avec la distributrice France, Elise. 

Elle lui fait part de son projet d’ouvrir un salon avec un espace shopping, ce qui manque à l’époque. Elise est partante, elle s’associe à Lili pour l’ouverture de l’espace. 

«On s’est rencontrées le jour où nous avons signé le bail chez le notaire, on ne s’était jamais vues de notre vie ! C’était un pari risqué», raconte Lili.

Le salon ouvre le 1er janvier 2021, à Paris, la veille d’un autre confinement. 

«J’étais terrorisée, j’avais investi toutes mes économies dans ce projet, j’ai dû prendre un crédit… On avait fait des travaux et acheté des meubles.» 

À cette époque, Lili a pour but d’être LA référence du nail art en France. Finalement, l’espace peut ouvrir après quelques semaines. Lili embauche une première salariée à temps plein et une autre pour les samedis. Carton plein pour ce nouveau salon, le premier étant toujours ouvert aux free lances. 

«En dix minutes, on remplissait deux mois de planning. Au bout de deux mois, j’ai embauché une autre personne, puis une autre. Vogue a fait un article sur le salon, deux mois après l’ouverture. Même aujourd’hui, ça a été pour moi l’une des plus belles choses que j’ai vécu dans ma carrière.»

L’ouverture du troisième salon de Lili Creuk

Les deux activités de Lili connaissent alors une forte croissance. D’un côté, son espace de coworking dans le XIème arrondissement, qu’elle gère à distance, continue de bien fonctionner. De l’autre, son salon situé au 13 rue d’Alexandrie affiche complet. Face à la demande, l’entrepreneuse décide d’ouvrir un second salon dans la même rue. Cette expansion l’amène à recruter quatre nouvelles collaboratrices. 

Pour accompagner le développement de son entreprise, elle s’entoure également d’une assistante et d’une chargée de communication.

En 2022, elle pilote ainsi une équipe de dix salariées. En parallèle, elle poursuit son activité de formation. 

«J’ai attendu cinq ans avant d’ouvrir mes formations aux débutantes. Je voulais être irréprochable sur le plan technique», explique-t-elle.

Le virage vers la création de «Lili Creuk Shop»

À mesure que ses activités se développent, la gestion de plusieurs structures et le poids des charges finissent par l’épuiser. 

«Je me demandais finalement quel était l’intérêt d’avoir tout ça», confie-t-elle. 

Soucieuse de retrouver un modèle plus simple et plus rentable, elle décide de revendre le bail de son espace de coworking et de fermer ses deux salons avec salariées. Dans la même rue, elle s’installe alors dans un local plus grand, lui permettant de regrouper son activité, tout en allégeant ses charges et son organisation au quotidien.

«Je me suis rendu compte que ma vie ne me plaisait pas du tout. Je ne faisais presque plus d’ongles, raconte Lili. Je passais mon temps à gérer de la paperasse et les histoires entre les filles, ça ne me plaisait plus du tout. J’ai donc dit à mes salariées qu’elles pouvaient partir si elles le souhaitaient.»

Plusieurs salariées ont donc quitté l’entreprise, d’autres se sont lancées à leur compte pour continuer à travailler au sein du salon. 

«Je n’avais plus qu’une salariée, et cela m’a permis de respirer en pleine période de création de ma marque.»

Créer une marque qui répond aux besoins du terrain

Bien que la marque de Lili ait été lancée en 2024, c’est en 2020 que le processus de création commence. À l’époque, Lili propose du merch : des t-shirts avec messages «It’s not just nails, It’s art bitch». Cela prend bien. 

«J’étais la reine du nail art, j’ai donc fait des pinceaux. Mais ça me trottait dans la tête de créer ma marque car, en termes d’image de marque, je ne me retrouvais pas. Moi, j’avais un côté plus dark, avec des lettres gothiques, très loin du côté girly et très fleuri. Et j’étais sûre qu’il y en avait d’autres comme moi.» 

Créer sa marque est un moyen supplémentaire qu’a trouvé Lili pour atteindre son objectif d’être la référence du nail art en France, et donc la référence en matériel pour les nail artists.

«J’ai commencé à l’envers en vendant d’abord les produits pour le nail art, puis les produits de base comme le gel de construction. L’une des références, les plus vendues c’est le “Chrome Prep”, un vernis mat qui permet d’isoler l’effet chrome et de réaliser des designs sans disperser ce qu’il y a en dessous», détaille Lili. 

Avoir été pendant longtemps sur le terrain lui a permis de connaître précisément les besoins d’une prothésiste ongulaire, ce qui explique le succès de sa marque aujourd’hui. Aujourd’hui, celle qui facturait 150 euros la prestation d’ongles en gel X + nail art vit de sa marque.

Un avenir tourné vers Lili Creuk Shop

Lili est aujourd’hui maman et travaille avec son compagnon. En mai dernier, elle a définitivement fermé tous ses salons pour se concentrer sur le développement de sa marque

«Nous avons seulement des bureaux pour gérer l’administratif, je conserve mon centre de formation à l’étage et deux postes pour des free lances.»

La prothésiste ongulaire confie avoir envie de développer son centre de formation vers un modèle semblable à un lieu de vie. Elle aimerait que des formateurs internationaux y interviennent.

Une trajectoire toute nouvelle mais qui lui permet d’être épanouie dans sa vie actuelle. 

«C’est une chance de pouvoir vivre de ce que j’aime, je m’éclate ! J’adore designer les boîtes de mes produits. Par exemple, on a fait en 2025 un calendrier de l’avent sur Krampus – le père fouettard des pays nordiques. Je trouvais ça trop cool de pouvoir faire quelque chose de différent. C’est une ancienne copine des Beaux-Arts qui a designé ma collection de couleurs pastel “High On Sugar”, avec des visuels de jouets shootés au sucre. C’est un ami des Beaux-Arts, devenu graphiste, qui a designé mon logo… La partie créative est vraiment ce que je préfère», raconte Lili.

La boss du nail art dit avoir conscience de la chance qu’elle a de vivre de sa passion, ce qui n’est pas donné à tous : 

«Et pourtant, moi, à la base, je ne suis qu’une petite meuf qui fait des ongles. Je suis fière».


Pour aller plus loin

Complétez votre lecture sur notre site Internet avec l’article Comment réussir en prothésie ongulaire ? Les conseils de Lili sur la rentabilité, l’entrepreneuriat et la création de marque.