Agnès Peignen, du marketing à esthéticienne solo : ses conseils pour une reconversion réussie

«Je n’avais pas du tout envisagé de devenir esthéticienne. C’est un pur hasard », explique Agnès Peignen.

Pourtant, son histoire familiale (mère médecin et père magnétiseur) l’a toujours placée dans une aura du soin et d’attention aux autres.

En 2023, à la suite d’un burn-out, elle ressent un besoin profond : faire du bien aux autres.

«Je voyais tellement de gens en souffrance dans le monde professionnel que je voulais être capable d’apporter du mieux-être.»

C’est lors d’un massage visage chez Sephora, où elle s’y rend par hasard après avoir vu une publicité, que le déclic survient en ressentant les bienfaits du soin, tant au niveau de son visage (éclatant) que sur son état global post-soin.

L’esthéticienne qui la prend en charge l’oriente vers une formation aux Nouvelles Esthétiques pour la richesse d’offre de formations et leur qualité. Intriguée, Agnès contacte Alexandra (la Responsable Formations) et découvre un univers professionnel riche de formations et d’opportunités, y compris pour les personnes en reconversion.

Le choix de la rigueur : passer le CAP esthétique 

Son premier stage, le lifting 3D avec Yukino Kobayashi de Garate, agit comme une révélation. Elle y rencontre des esthéticiennes diplômées et prend conscience de la différence entre l’application de protocoles appris en formation courte et la maîtrise globale du métier : diagnostic de peau, anatomie, accueil client.

Si je veux faire ce métier, je tiens à le faire sérieusement.

Elle s’engage alors dans un CAP Esthétique en reconversion, qu’elle obtient en 2024.

Malgré la difficulté à décrocher un stage en institut, qu’elle justifie par son âge, elle multiplie les formations (Ovale Parfait, Beauté du Regard, Massage du Visage Ayurvédique aux Bols, Réflexologie Faciale et Palmaire, Fascias Superficiels…) et développe ses propres protocoles à partir des techniques apprises. Une démarche nourrie par la pratique et les retours de modèles (son entourage).

Nuage Massage : un studio, une philosophie, une esthéticienne

Le nuage comme signature

L’idée de Nuage Massage mûrit tout au long de sa formation. Passionnée de nuages, membre de la Cloud Appreciation Society à Londres, Agnès est marquée par une phrase d’une cliente : «Je me sens comme sur un nuage». Le nom s’impose comme une évidence.

En 2024, elle ouvre son studio à Paris, dans une chambre de service de 9 m² située dans son immeuble. Un choix stratégique et financier : grâce à ses économies, elle acquiert le local et le transforme, avec l’aide d’un ami décorateur, en cocon sous les toits, au plus près des nuages !

L’inspiration du Wabi-Sabi

L’ADN du studio s’articule autour du Wabi-Sabi, la philosophie japonaise qui célèbre l’imperfection. Draps en double gaze de coton laissés libres, atmosphère épurée, et pas de promesses irréalistes : pas de lifting miracle. 

«Si vous voulez un lifting, allez voir quelqu’un qui fait des liftings. Moi, j’apporte un moment de détente, un effet glow, et un accompagnement vers l’acceptation de soi.»

Sa clientèle, mixte et intergénérationnelle (de 18 à 90 ans), vient chercher autant un résultat esthétique qu’un espace de respiration.

Le choix de la spécialisation visage

Agnès fait un choix clair : proposer uniquement des soins visage.

Deux raisons motivent ce choix. La première est technique : elle constate qu’une heure concentrée sur une zone ciblée procure une détente équivalente, voire supérieure, à un massage corps complet. Inspirée par les techniques enseignées par Hidemi Morimasa, elle intègre le travail du décolleté, du dos et le drainage lymphatique dans ses protocoles.

La seconde est personnelle : ayant souffert de problèmes de dos, elle souhaite préserver son propre corps. 

«Il fallait que je respecte mes limites physiques.»

Entre syndrome de l’imposteur et légitimité d'une esthéticienne

Son plus grand défi au démarrage ? «Vaincre mon syndrome de l’imposteur.»

Agnès ne se sentait pas légitime au début de son activité car elle venait du secteur du marketing et non du soin, à la base.

Sa solution : pratiquer, pratiquer, et pratiquer. Solliciter des retours (positifs comme négatifs) auprès de ses modèles, photographier des avant/après, affiner les gestes. Les feedbacks de ses clientes, après un soin, deviennent un levier de confiance. 

Mes clientes me confortent dans l’idée que j’ai trouvé ma voie car elles sont pleinement satisfaites du résultat.

Peu à peu, la légitimité s’installe. Les clientes reviennent, les cures démontrent des résultats visibles, et les objectifs fixés dans son business plan sont atteints.

Communication en institut : stratégie et ancrage local

Un site comme pilier de conversion

Dès le lancement, Agnès investit dans un site Internet conçu avec un développeur. Pour elle, il s’agit d’un maillon clé dans le tunnel de conversion : notoriété via les réseaux sociaux, prise de contact personnalisée, légitimité, meilleure gestion de son planning.

En effet, pas d’agenda en ligne pour Agnès, elle privilégie l’échange direct pour mieux gérer son énergie et adapter son planning.

Elle insiste également sur l’importance du référencement et d’une fiche Google My Business optimisée, particulièrement lorsque l’on n’a pas pignon sur rue.

Elle gère elle-même ses réseaux et ses publications.

Le bouche-à-oreille et le réseau de quartier

Installée à Montmartre, elle active les réseaux locaux : média de quartier, communauté italienne à Paris (car elle a longtemps vécu en Italie), anciens réseaux professionnels, et communication via ses modèles.

«Une dame m’a appelée avant Noël pour une carte cadeau. Je lui ai demandé comment elle avait entendu parler de moi : elle m’a répondu que c’était par le directeur d’un hôtel. Je ne connais pas ce monsieur, mais je pense qu’il a lui-même entendu parler de moi grâce à ce média local, dans lequel il avait vu ma publicité.»

Une stratégie de proximité qui porte ses fruits.

Formation continue : un impératif pour une esthéticienne 

Agnès poursuit un objectif clair : suivre l’intégralité des formations visage d’Hidemi Morimasa. Elle évoque également les perfectionnements en lifting 3D et Yokomuki, ainsi qu’un travail sur la posture de l’esthéticienne avec Carole Berger.

La formation est essentielle. J’ai ce besoin d’apprendre pour mieux comprendre comment transformer les visages et mieux maîtriser les types de vieillissement.

Elle n’ajoute pas mécaniquement chaque technique à sa carte, elle les intègre à des protocoles personnalisés, adaptés aux besoins spécifiques de chaque cliente.

Gestion d’une esthéticienne solo : équilibre et lucidité

Agnès conserve encore une partie de son ancienne activité (Dico Digital Consulting = Consulting en Transformation Digitale), en tant que free-lance, le matin.

Le midi est consacré soit au sport (car il est important d’entretenir son corps), soit à des rencontres avec des professionnels (masseurs, esthéticiennes) qu’elle a rencontrés lors de stage ou via son réseau ou celui de ses clientes, afin d’élargir son réseau et d’échanger.

Le début d’après-midi ou la fin de journée sont dédiés aux tâches administratives : création de contenu pour les réseaux sociaux, comptabilité, etc.

Les massages se déroulent entre 15 h et 21 h.

Sans stock ni vente produit, sa gestion est simplifiée. Compte bancaire dédié, facturation via une plateforme, déclarations trimestrielles, elle mise sur la sobriété organisationnelle.

Aujourd’hui, son activité est rentable, mais Agnès ne pourrait vivre uniquement de cette activité. Elle a donc fait le choix de conserver deux activités.

«Avec différents seuils de rentabilité qui stimulent des fonctions différentes de l’organisme, afin de tenir sur la durée. Je préfère parier sur la qualité plutôt que sur la quantité.»

La question des congés, en revanche, a nécessité un apprentissage. 

«La première année, je me suis dit : quand je pars, je ne me paie pas !»

Elle synchronise désormais ses vacances avec celles de ses clientes et s’autorise des micro-coupures, de quelques jours, pour préserver son énergie : «Il faut savoir s’écouter. Si à un moment on est vraiment fatiguée, il vaut mieux faire une pause, revenir en pleine forme, afin de délivrer des bonnes prestations, plutôt que d’aller au bout de ses forces et s’épuiser davantage».

Tarifs de l'institut : entre positionnement premium et fidélisation

Après étude du marché parisien et échanges avec des facialistes, Agnès opte pour un tarif unitaire premium, allant de 120 à 190 € (pour des prestations allant d’1h à 2h), qui reflètent la qualité de son expertise.

Elle propose également trois cures de six massages :

allant de 500 à 790 €, qui rendent le prix dégressif.

Les résultats observés sur six séances consécutives confirment la pertinence de cette stratégie : amélioration visible et fidélisation accrue.

Fierté et perspectives dans le secteur de l'esthétique pour Agnès

Aujourd’hui, Agnès se dit fière d’avoir osé changer de métier, d’avoir construit son cocon seule et d’avoir fidélisé ses clientes.

Elle envisage de se développer en région, d’organiser des ateliers d’automassage pour ses clientes ou lors d’événements, de masser en dehors de Paris en s’inspirant notamment du parcours de Sophie Carbonari, référence du facialisme.

Ses conseils aux esthéticiennes qui souhaitent se lancer en solo

Pour Agnès, se lancer en solo demande autant de rigueur que de passion.

Premier impératif : s’entourer. On ne peut pas tout maîtriser : site Internet, stratégie digitale, gestion, etc. Déléguer est un véritable levier de croissance.

Elle recommande également de construire un business plan solide, afin d’anticiper charges, seuil de rentabilité et périodes creuses.

La formation continue est, selon elle, indispensable pour gagner en expertise et en confiance.

Enfin, elle insiste sur la communication et la fidélisation : visibilité, relation client, personnalisation des soins.

«Le talent ne suffit pas, il faut aussi savoir le faire savoir.»