Octobre Rose : comment engager son institut de beauté de façon utile et sincère ?
Chaque année, plus de 60 000 femmes apprennent qu'elles sont atteintes d'un cancer du sein. Si les instituts de beauté n'ont pas vocation à soigner la maladie, ils peuvent jouer un rôle important dans le parcours des patientes. Parce qu'ils sont des lieux de proximité, d'écoute et de bien-être, ils peuvent contribuer à sensibiliser, orienter et soutenir les femmes concernées.
Pour les professionnelles de l'esthétique, Octobre Rose est ainsi l'occasion de transformer un temps fort de sensibilisation en un engagement concret.
« Les instituts sont des lieux où les femmes viennent prendre soin d'elles. Ils occupent une place particulière dans leur quotidien et peuvent porter un message de solidarité avec beaucoup de bienveillance », souligne Quitterie Brézillon, directrice de la communication de RoseUp.
Même conviction chez Estime & Sens. Pour Anne-Sophie Denis, directrice marketing de la marque, l'esthéticienne est souvent bien plus qu'une professionnelle du soin : « Elle est au cœur de la cabine, un lieu d'écoute où l'estime de soi peut se reconstruire pendant ou après la maladie. »
Trouver une démarche qui vous ressemble
Avant d'imaginer une animation ou une offre solidaire, il est utile de définir ce que vous souhaitez réellement porter pendant Octobre Rose.
Pour Quitterie Brézillon, la cohérence de la démarche est essentielle : « Il faut éviter de réduire Octobre Rose à une simple opération marketing. Les femmes que nous accompagnons sont très sensibles à la sincérité des démarches. »
L'objectif n'est donc pas de multiplier les actions, mais d'en proposer une qui corresponde à l'identité de l'institut et qui apporte une véritable valeur aux femmes concernées.
Un relais de prévention au quotidien
Les esthéticiennes rencontrent chaque jour des femmes de tous âges. Cette proximité leur permet aussi de relayer les messages de prévention.
Julie Boumbar, esthéticienne et socio-esthéticienne, considère cette mission comme naturelle : « Nous sommes un peu porte-parole. Nous travaillons essentiellement avec les femmes. Il est important de leur rappeler l'importance du dépistage et de les encourager à être à l'écoute de leur corps, même lorsqu'elles sont jeunes. »
Quelques affiches en cabine, des brochures ou une discussion au bon moment peuvent parfois suffire à faire passer un message utile.
S'appuyer sur les associations
Il n'est pas nécessaire de construire une action seule. Les associations disposent d'une certaine expertise et peuvent accompagner les instituts dans leurs projets.
RoseUp aide notamment les entreprises à mettre en place des initiatives adaptées à leurs moyens en fournissant conseils, outils de communication et accompagnement.
Julie Boumbar encourage également les professionnelles à se rapprocher des structures locales : « Il y a beaucoup d'associations dans chaque ville. Il suffit souvent d'aller se présenter et de proposer son aide. »
Des ateliers qui répondent à de vrais besoins
Les ateliers bien-être sont souvent une porte d'entrée pertinente pour créer des moments d'échange.
Julie Boumbar organise régulièrement des ateliers consacrés au maquillage correcteur, à la reconstruction des sourcils, aux soins des peaux fragilisées ou encore aux gestes beauté pendant les traitements. Elle fait aussi intervenir d'autres professionnels, comme des sophrologues, afin d'offrir un accompagnement plus global.
« Nous avons déjà organisé des ateliers avec une sophrologue pour apprendre aux femmes à se reconnecter à elles-mêmes et à se détendre », explique-t-elle.
Une offre solidaire, à condition d'en expliquer le sens
Créer une prestation ou proposer un produit dont une partie des ventes est reversée à une association est une initiative simple à mettre en place.
Depuis dix ans, Estime & Sens renouvelle chaque année cette démarche à travers des éditions limitées solidaires. Pour Anne-Sophie Denis, ces opérations permettent d'associer les clientes à une action concrète tout en finançant des structures engagées auprès des femmes touchées par un cancer.
Chez RoseUp, l'idée est la même : peu importe la forme de l'engagement, à partir du moment où son impact est clairement expliqué et que la démarche est authentique.
La solidarité peut également prendre d'autres formes : offrir un soin, organiser une journée dédiée ou mettre gratuitement certaines prestations à disposition des patientes.
Informer autant que soutenir
Une collecte de fonds est importante, mais elle peut aussi être l'occasion de mieux faire connaître les ressources existantes.
Affiches sur le dépistage, supports d'information, contenus pédagogiques ou présentation de la socio-esthétique permettent d'ouvrir le dialogue avec les clientes.
« Notre objectif est aussi de faire connaître le métier de socio-esthéticienne et de montrer qu'il existe des solutions d'accompagnement pendant la maladie », rappelle Anne-Sophie Denis.
Pour RoseUp, mieux informer, c'est aussi permettre aux femmes d'identifier les associations susceptibles de les accompagner.
Éviter le piège du « pinkwashing »
Le ruban rose est devenu un symbole fort, mais il ne suffit pas à donner du sens à une campagne.
RoseUp invite les professionnels à éviter les messages simplistes ou culpabilisants et à ne pas réduire les femmes à leur maladie. Chaque parcours est différent et mérite d'être abordé avec respect.
Julie Boumbar partage cette vision : « Quand j'organise des ateliers maquillage ou soins, ils sont gratuits. Cela montre que nous ne sommes pas là uniquement pour faire du business, mais aussi pour transmettre ce que nous savons. »
Un engagement qui ne s'arrête pas en octobre
Pour les trois expertes interrogées, Octobre Rose peut être un point de départ plutôt qu'un aboutissement.
Chez Estime & Sens, les partenariats avec les associations, les dons de produits et l'accompagnement des socio-esthéticiennes se poursuivent tout au long de l'année.
Julie Boumbar observe également que l'après-cancer reste une période où les besoins sont nombreux : « Ce qui est très beau, c'est de les voir retrouver leur féminité, revenir prendre soin d'elles et se reconstruire progressivement. »
Au-delà du mois d'octobre, les instituts peuvent continuer à jouer ce rôle de proximité en informant, en orientant et en proposant des actions adaptées à leurs moyens. Comme le résume Julie Boumbar : « Il ne faut pas avoir peur de se lancer. Commencez par une petite action. Même simple, elle peut avoir beaucoup d'impact. »