Les « papouilleuses » : la nouvelle tendance massage bien-être en institut de beauté

Un reportage télévisé a récemment mis en lumière une femme reconvertie dans cette pratique des "papouilles". Elle parle d’un nouveau métier, en plein développement, qui répondrait à un vrai besoin. Elle a trouvé sa clientèle et en vit aujourd’hui.

Particularité importante : il n’existe ni diplôme, ni cadre officiel. L’activité est libre et non réglementée.

Forcément, le sujet a fait réagir. Beaucoup d’esthéticiennes diplômées s’interrogent, parfois s’agacent, parfois s’inquiètent. On parle de dévalorisation du métier, de concurrence déloyale, de confusion avec le massage, voire de dérive dans l’image du toucher.

Les débats sont vifs chez les esthéticiennes, et ils sont compréhensibles

En réalité, ce phénomène soulève plusieurs questions différentes : la place du diplôme, la reconnaissance des compétences, l’évolution de notre métier… et aussi, tout simplement, l’effet réel de ce type de toucher sur le corps.

Chacun de ces sujets mériterait un développement à part entière. Je vais ici me concentrer sur un point précis : la physiologie. Autrement dit, avant de débattre du métier, posons une question simple : qu’est-ce que ce type de toucher produit réellement dans le corps ?

Ce que dit le corps sur cette pratique des "papouilles"

La peau n’est pas qu’une enveloppe. C’est un organe sensoriel, le plus grand du corps. Elle est truffée de récepteurs nerveux : mécanorécepteurs, thermorécepteurs, nocicepteurs… Bref, elle est faite pour sentir, percevoir, réagir.

Quand on touche la peau, même très légèrement, on stimule ces récepteurs. Cette information remonte au système nerveux et, selon la nature du toucher (lent, rapide, appuyé, léger, répétitif…), elle va activer différents circuits neurologiques.

Il faut savoir qu’un toucher lent, doux, enveloppant - ce que l’on pourrait appeler, dans le langage courant, une “papouille” ou des «gratouillis» - stimule principalement le système nerveux parasympathique, celui de la détente, de la récupération, du relâchement. Concrètement, cela peut entraîner :

Sur le plan hormonal, le toucher doux est également associé à la libération d’ocytocine, souvent appelée “hormone du bien-être”. Cette hormone joue un rôle clé dans la sensation de confiance, de détente et de sécurité intérieure.

Autrement dit, d’un point de vue strictement physiologique, oui : un toucher doux, même simple, même non technique, a un effet réel sur le corps et le système nerveux. C’est une technique de toucher particulière et peut-être trop souvent oubliée chez les masseur-ses professionnel-les qui considèrent souvent qu’un massage efficace doit être profond.

C’est pour cela qu’une maman va avoir le réflexe inné de gratouiller ou faire des papouilles à son enfant afin de déclencher un sentiment de sécurité, un appel au calme avant le coucher.

Mais attention aux raccourcis. Dire cela ne veut pas dire que “papouiller” équivaut à un massage professionnel, à un soin esthétique expert ou à un protocole structuré. On ne parle pas ici de drainage, de travail musculaire, de stimulation tissulaire profonde.

On parle d’autre chose : d’un toucher relationnel, d’un toucher rassurant, d’un toucher apaisant. C’est déjà beaucoup. Cependant, on ne peut pas le comparer à un massage professionnel ou un soin visage expert, qui vont beaucoup plus loin en s’appuyant sur des connaissances en anatomie, en physiologie, en biomécanique, en biologie de la peau, en circulation sanguine et lymphatique, en réactions tissulaires, etc.

Les "papouilles" : un vrai sujet de fond et un signal à écouter en tant qu'esthéticienne

Finalement, la vraie question n’est peut-être pas : “Est-ce que les papouilles sont efficaces ?”. Mais plutôt : “Pourquoi autant de personnes ressentent aujourd’hui le besoin d’un toucher simple, rassurant, non technique ?”.

Et surtout : “Pourquoi ce besoin est-il parfois mieux identifié, mieux nommé, mieux mis en scène ailleurs que dans nos instituts ?”.

D’un point de vue physiologique, le toucher doux a donc toute sa légitimité. D’un point de vue professionnel, en revanche, il ne remplace ni la formation, ni l’expertise, ni la compétence d’une esthéticienne ou d’un masseur formé.

Peut-être que cette tendance des “papouilleuses” n’est pas un ennemi à combattre, mais un signal à écouter : celui d’une clientèle qui cherche avant tout du lien, du contact, de la sécurité et de l’apaisement… et qui ne sait pas toujours que nos métiers peuvent déjà offrir cela et bien plus encore.

Peut-être, faut-il transformer un peu nos pratiques en intégrant ce genre de toucher dans nos massages professionnels et soins experts…

Le sujet est vaste, mais encore une fois, ne faut-il pas voir «cette nouveauté» comme un moyen de nous améliorer en tant que professionnel et adapter nos pratiques ?

Le débat est ouvert…