Anne-Sophie Nardy, fondatrice de On The Wild Side : « Pour être leader sur un marché, il faut le créer »
Passionnée depuis toujours par l’univers de la cosmétique, Anne-Sophie porte un regard engagé sur un secteur souvent perçu comme superficiel. Pour elle, la beauté est tout sauf un artifice : c’est un terrain d’innovation, un miroir fidèle des évolutions sociétales et un domaine d’une grande complexité. Cette vision, mêlant curiosité, exigence et profondeur, a modelé son parcours et guide encore aujourd’hui chacune de ses décisions. Elle est maintenant à la tête de sa propre marque : On The Wild Side.
De la finance au marketing
Après une prépa, Anne-Sophie intègre une école de commerce et effectue une année à Buenos Aires. Elle réalise ensuite un stage chez PricewaterhouseCoopers en fusions-acquisitions. Elle y analyse le potentiel de PME pour des fonds d’investissement, une expérience qui lui ouvre les yeux sur la richesse du tissu entrepreneurial français et lui donne des bases solides en finance. Ce passage la conforte cependant dans son envie de missions plus créatives et l’oriente vers le marketing dans le secteur de la cosmétique.
Ses débuts chez L’Occitane
En 2005, elle rejoint L’Occitane, une entreprise portée par une forte culture interne. Durant ses cinq années au sein de la marque, le chiffre d’affaires passe de 50 à 250 millions d’euros. Immergée dans le développement international et les échanges quotidiens avec les marchés étrangers, elle apprend à adapter les produits aux besoins des différentes zones, notamment l’Asie, alors majoritaire dans le CA. Cette structure à hiérarchie courte lui confie rapidement de grandes responsabilités, comme présenter des lancements produits devant plusieurs centaines de personnes.
De L’Occitane à L’Oréal
En 2010, Anne-Sophie rejoint L’Oréal. Elle commence chez Biotherm Homme, en plein développement sur les marchés asiatiques, puis rejoint Lancôme au développement produit pour le travel retail, un circuit alors en plein essor. Elle est ensuite promue chez Helena Rubinstein, où elle plonge dans l’univers scientifique de la skincare et collabore avec des chercheurs comme Jean-Marc Lemaître (INSERM).
Ces années chez L’Oréal renforcent son goût pour l’innovation et affinent son expertise de la peau. Elle y découvre aussi une véritable culture de l’excellence, dans un groupe qui structure et crée les marchés sur lesquels il s’impose. Elle y restera sept ans.
L’envie d’entreprendre dans le domaine des cosmétiques
En 2017, en observant l’essor spectaculaire de la clean beauty aux États-Unis, Anne-Sophie fait un constat.
«Je me suis dit : c’est fou, le monde est en train de prendre une nouvelle direction, en cherchant à être plus conscient de l’impact des entreprises et des marques.»
Mais au sein de grandes structures, il est difficile de transformer les pratiques et les modes de pensée tout en respectant les contraintes opérationnelles et économiques.
«Je ressentais une vraie frustration : cela n’avançait pas assez vite à mon goût. Et puis, je me suis dit que toutes les nouvelles marques avaient leur place sur ce marché de la clean beauty.»
C’est à ce moment-là qu’Anne-Sophie commence à réfléchir à la création de quelque chose qu’elle puisse mettre au service de la société, compte tenu de son expertise en cosmétique.
«La lecture du livre “Impliquons-nous” d’Edgar Morin et Michelangelo Pistoletto m’a fait comprendre que chacun peut avoir un impact et devenir acteur du changement» souligne-t-elle.
La cosmétique : un marché à conquérir
Portée par son envie de créer un projet ancré dans la naturalité, Anne-Sophie envisage alors de développer une marque de cosmétique. «J’avais très envie de participer à cette nouvelle génération de cosmétique naturelle.»
Elle profite de cette période pour quitter Paris et s’installer à Bordeaux. «Cette nouvelle vie et ce nouveau contexte ont été très propices à ma réflexion.»
À l’époque, le marché évolue nettement vers plus de naturalité, mais conserve une image encore désuète et peu sensorielle.
«Il a fallu dépasser toutes ces contraintes, mais j’aime le challenge ! J’ai placé la barre haut en développant des produits à la fois sensoriels, ultra efficaces et 100 % d’origine naturelle. Les attentes étaient fortes et il fallait y répondre avec rigueur.»
La découverte des plantes sauvages, fil conducteur d’On The Wild Side
C’est la lecture d’un article sur les plantes sauvages, capables de se développer malgré le climat changeant sans être cultivées, qui a éveillé la curiosité d’Anne-Sophie et l’a poussée à en apprendre plus. Anne-Sophie rencontre alors une ethnobotaniste qui lui parle des plantes sauvages et lui fournit quantité de bibliographie pour se renseigner sur le sujet.
«J’ai appris que les plantes sauvages développent des molécules particulières - des métabolites secondaires - qui les aident dans leur processus de croissance, de défense et d’adaptation explique Anne-Sophie. Ce sont des plantes plus riches en actifs que des plantes cultivées stimulées artificiellement sur la même parcelle successivement.»
De fil en aiguille, Anne-Sophie découvre des filières de cueilleurs – professionnels de la cueillette – de plantes sauvages.
«Ce sont des experts du monde végétal qui m’ont beaucoup appris sur les plantes. Cela faisait écho à mon histoire familiale : mes grands-parents étaient pharmaciens, tout comme ma mère. De ce fait, pendant mon enfance, j’ai toujours côtoyé les plantes dans mon environnement. J’ai donc toujours été convaincue des bienfaits des plantes pour le bien-être et la santé» confie-t-elle.
La création de On The Wild Side en 2019
On The Wild Side est lancée en janvier 2019, fruit d’un travail de développement d’un an et demi pour Anne-Sophie. Mais elle ne considère pas l’entrepreneuriat comme une aventure solitaire, elle s’est donc entourée d’une équipe. Un ancien chef de projet de L’Oréal l’a rejointe dans son entreprise.
Je pense qu’il est important d’oser partager son projet et d’embarquer les gens dans sa vision, mais cela demande d’être bien ancrée dans ses convictions.
La marque est lancée avec trois produits visage – commercialisés sur le site Internet exclusivement au départ – trois essentiels de la routine :
- une huile de soin,
- une crème de jour,
- une huile démaquillante.
Des produits à base de plantes sauvages, sensoriels et 100 % d’origine naturelle.
«Quand j’y repense, cela ne me paraît rien du tout ! Au lancement, c’était artisanal, c’est moi qui envoyais les commandes. Aujourd’hui, on vend nos produits au Japon, c’est fou !»
Des formules 100 % d'origine naturelle
Outre leur efficacité, les formules sont 100 % d’origine naturelle. Un critère essentiel pour Anne-Sophie qui avait à cœur d’être attentive à la santé des femmes. «J’avais lu un article indiquant que les femmes appliquent plus de deux kilos de produits chimiques sur leur peau, par an.»
Qui dit formules naturelles ne dit pas impasse sur la sensorialité. Anne-Sophie a misé sur des textures douces et bienfaisantes sur la peau. «Je voulais proposer quelque chose de nouveau et différenciant.»
Une marque connue grâce aux réseaux sociaux
On The Wild Side s’est fait notamment connaître grâce aux réseaux sociaux, devenus un outil de communication incontournable.
«Cela s’est fait principalement sur Instagram et Facebook. Aujourd’hui, cela fonctionne bien sur TikTok. Être présent sur différents supports de communication nous permet de toucher à la fois le grand public, notre cible de départ, et les professionnels de la beauté vers qui nous souhaitons nous tourner davantage», détaille Anne-Sophie.
La communauté rassemblée par la marque lui est très fidèle, ce qui lui permet d’avoir de la data intéressante et donc de développer des produits qui lui plaisent.
«Par exemple, nous avions beaucoup de demandes pour un baume contour des yeux. Nous avons mis presque trois ans à le développer et aujourd’hui, c’est notre produit best-seller. Nous en vendons un toutes les dix minutes en France.»
On The Wild Side aujourd’hui collabore avec les instituts de beauté
Aujourd’hui, quinze personnes travaillent chez On The Wild Side. Vingt références sont proposées, parmi lesquelles on retrouve des produits visage, corps et cheveux, ainsi qu’une référence de compléments alimentaires.
Les réseaux de distribution
Les cosmétiques On The Wild Side sont commercialisés avant tout en France mais également à l’étranger.
«Le Japon est le premier pays à l’export. Nous vendons également en Suisse chez Manor, ainsi que chez le retailer incubateur de marques Skins aux Pays-Bas» précise Anne-Sophie.
50 % du chiffre d’affaires est généré par le site Internet de la marque. Les produits sont commercialisés aux Galeries Lafayette, chez Nocibé, Oh My Cream, Mademoiselle Bio, au Printemps, et chez Sephora. Les pharmacies référencent également les produits de la marque.
La collaboration avec des spas et instituts de beauté
Anne-Sophie a collaboré avec Le Domaine de Fontenille pour l’ouverture de deux spas : l’un dans le Luberon - La Bastide du Mourre - et l’autre à l’île d’Yeu - Les Hautes Mers.
«À cet effet, nous avons développé des protocoles de soin spécifiques On The Wild Side à la fois efficaces et holistiques. Nous avons intégré des manœuvres telles que le kobido» explique Anne-Sophie.
La marque collabore également avec des instituts de beauté, à leur demande. «C’est notamment la texture de nos huiles qui plaît aux esthéticiennes. Elles aiment les utiliser pour les massages du visage.»
Anne-Sophie réfléchit actuellement à des protocoles de soins qui pourraient être proposés aux instituts de beauté.
Son message aux esthéticiennes
Aux entrepreneures de la beauté, Anne-Sophie conseille d’être à l’écoute des besoins de vos futures clientes et de créer la meilleure réponse possible avec la plus grande exigence tout en étant en ligne avec vos convictions.
«Votre impact est beaucoup plus grand que vous ne pouvez l’imaginer.»