Où en est la lutte contre les injections illégales en 2026 ?

Le Syndicat National de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique (SNCPRE) a réuni les principaux acteurs concernés afin de présenter les évolutions constatées, les actions mises en œuvre, les résultats obtenus, ainsi que les mesures encore nécessaires pour mieux protéger le public.

Selon la section santé publique du Conseil national de l’Ordre des médecins, l’institution a enregistré 128 signalements d’exercice illégal de la médecine esthétique en 2024, ce qui équivaut à «un signalement tous les trois jours».

Elle souligne également que ces signalements ont connu une forte augmentation ces dernières années :

Malgré les signalements et les démarches disciplinaires et judiciaires, ce phénomène continue de se répandre sur les réseaux sociaux. Il s’adresse à un public de plus en plus jeune, utilise des produits importés en dehors des circuits sécurisés, et s’organise parfois en une véritable économie parallèle.

Les actes injectables sont pourtant strictement encadrés : ce sont des actes médicaux qui ne peuvent être réalisés que par des professionnels habilités.

Les dermatologues et chirurgiens plasticiens observent une hausse des complications graves liées à l’utilisation de produits injectés d’origine douteuse, ainsi que des prises en charge tardives entraînant des séquelles permanentes.

Dans certains cas, des interventions chirurgicales réparatrices complexes sont nécessaires, sans garantie de retour à l’état antérieur.

Les conséquences médicales des injections réalisées en dehors du cadre légal

par le Dr Isabelle ROUSSEAUX, Dermatologue, Vice-Présidente SNDV

Qui a le droit de pratiquer des actes de médecine esthétique en 2026 ?

En raison de leur formation, les professionnels suivants peuvent exercer :

Pourquoi existe-t-il des fake injectors ?

Le décret du 3 novembre 2023

La délivrance en pharmacie des Dispositifs Médicaux Implantables (DMI) et des produits à base d’AH est limitée aux médecins, chirurgiens-dentistes uniquement dans le cadre de la chirurgie orale réparatrice et aux patients munis d’une ordonnance.

La vente en ligne ainsi que leur importation restent possibles pour les professionnels de santé.

Les injections ne sont pratiquées que par des médecins.

Qui sont ces fake injectors ?

Actuellement, il n’existe pas de formation ouvrant droit à la pratique d’injections ou d’autres perforations de la peau à visée esthétique par des professionnels qui ne bénéficient pas des dérogations prévues par le code de la santé publique (comme les tatoueurs par exemple).

De plus, la loi de 1996 relative aux pratiques réservées aux esthéticiennes stipule que ces dernières doivent intervenir uniquement sur les couches superficielles de l’épiderme. Cependant, les pratiques dont il est question atteignent le derme.

À la suite de plusieurs alertes et de l’apparition d’effets indésirables, le ministère de la Santé rappelle que la pratique d’actes avec effraction cutanée à visée esthétique réalisés par des esthéticiennes est illégale, même avec des aiguilles fines (microneedling) ou des stylos.

Quels sont les produits injectés ?

Cela fait référence à tout produit utilisé à des fins médicales qui n’est ni un médicament ni un produit biologique.

Ce sont des produits de mauvaise qualité, des contrefaçons.

Quels sont les risques liés à l'injection des produits, exécutée par des membres non professionnels ?

Ils sont bien connus aujourd’hui.

55 cas signalés en 2022, 104 cas signalés en 2023.

8 cas signalés en 2024.

Il est vrai que même les médecins peuvent rencontrer des effets indésirables, mais ils sont formés pour les reconnaître et les traiter avant qu’il ne soit trop tard.

Beaucoup de discours mais peu d'actions concrètes ?

Comment remédier à ces injections illégales ?

Les complications graves nécessitent des interventions réparatrices

par le Dr Catherine BERGERET-GALLEY, Chirurgien Plasticien, Présidente SNCPRE

L’exercice illégal en France représente une situation de plus en plus inquiétante, accompagnée de complications qui se sont aggravées ces dernières années, avec des patients souffrant de botulisme iatrogène et s’asphyxiant, qui doivent être transférés d’urgence en réanimation.

Une réalité sordide, qui semblait incompréhensible au départ, mais que nous pouvons désormais parfaitement analyser.

La demande de médecine esthétique ne cesse d’augmenter

Avec l’explosion des réseaux sociaux, des selfies, le changement des codes de beauté, la demande de traitements de chirurgie et de médecine esthétique augmente chaque année, mais n’oublions pas que la médecine esthétique, c’est avant tout de la médecine qui doit être pratiquée par des médecins qui vont soigner, réparer une enveloppe corporelle, réparer l’image et le vécu du corps, chez une patiente très affectée par son apparence, quelle qu’elle soit, parfois pour des défauts mineurs et qui n’arrive pas à vivre.

Ainsi, la demande de soins de chirurgie réparatrice et esthétique est croissante et notre médecine française excelle dans ce domaine, en raison de nos compétences, de nos qualifications et de notre rigueur dans la qualité des soins que nous prodiguons aux patients.

L’exercice illégal est un fléau de santé publique

Il commence à remplir nos hôpitaux en raison des complications souvent catastrophiques parfois vitales, au mieux des vies sacrifiées en raison de l’importance des séquelles. Donc un fléau sanitaire qui a un coût social et financier pour notre société.

Et puis, bien sûr, des réseaux souterrains financiers qui échappent à tout contrôle, ne participent pas à l’économie officielle la France…, pas d’impôts et probablement le financement de différents trafics.

Pour rester plus pragmatique, des patients abîmés, qui parfois ne peuvent même plus travailler, d’où un coût social supplémentaire.

L’exercice illégal, un fléau inacceptable dans un pays comme la France, avec un tel niveau de qualité des soins, de prise en charge des patients, de technicité et de qualité des interventions qu’elles soient chirurgicales ou médicales.

Concernant les complications, certaines sont terribles et ne sont pas si rares. Nous avons des patients, souvent des individus jeunes - des femmes et des hommes qui atterrissent en réanimation - qui ont besoin d’être greffés en raison de nécroses cutanées ou de profondes infections des tissus… Parfois des septicémies, embolies, nécroses, perte de vision… La liste est longue.

Il faut prendre conscience de ce phénomène

Depuis 2019, nous avons réuni des signalements et des témoignages de victimes, mené un travail acharné d’alertes, de communications scientifiques, des atlas de complications, notamment des produits de comblements, certains frauduleux, d’autres qui tout simplement auraient dû être interdits.

Il faut que cela cesse. La France a les moyens d’agir, il faut juste prendre pleinement conscience de l’importance du phénomène et des risques sanitaires encourus par la population.

Répétons-le : la médecine esthétique doit être faite par des médecins.

Une TVA créée en 2011 sur ces actes dits de confort est venue aggraver la situation.

Un produit de comblement ne sert pas qu’à des grosses lèvres ridicules et des yeux trop tirés. Ce sont aussi des actes de réparation, de symétrisation, d’embellissement du visage pour une meilleure acceptation de son apparence. Réparer une lèvre malformée ou déformée, c’est aussi de la médecine esthétique.

Ce sont des produits de comblement pour des lipoatrophies acquises, systémiques ou iatrogènes. Les injections de toxine botulique avec des toxines homologuées servent à traiter des spasmes, des contractures, des torticolis, migraines, symétriser des paralysies faciales, donc une multitude d’indications thérapeutiques pour ce médicament qui ne sert pas uniquement à lisser le front. Et la médecine esthétique propose également des traitements qui permettent d’améliorer la qualité de la peau, de déceler des lésions précancéreuses.

L’exercice illégal doit être sévèrement puni

Alors reprenons le problème au début : l’exercice illégal doit être sévèrement puni et la coordination de tous les acteurs concernés par la santé devrait pouvoir nous permettre de l’endiguer.

Nous sommes régulièrement aidés par des unités de la police, de la gendarmerie, des douanes et des magistrats qui comprennent l’enjeu sanitaire et essaient d’empêcher des victimes d’être injectées dans des cuisines ou des sous-sols, et qui ensuite, vont passer six mois en réanimation dans des hôpitaux au frais de la Sécurité Sociale, qui en sortiront mutilés, sans compter ceux qui ne reviennent pas de leur voyage touristique low-cost, où les vrais médecins se font rares !

Il y a aussi une raison évidente pour ces candidats aux injections moins chères et qui se détournent de la médecine classique : le manque d’information et d’éducation auquel il faut remédier sur les risques sanitaires qu’ils encourent en recourant à ces pratiques illégales en France, comme à l’étranger.

En conclusion

Éduquons, informons, prévenons et arrêtons de taxer cette médecine. Et mettons au contraire en avant l’excellence de notre médecine française, de nos soins et traitements, qui vont de la greffe cardiaque, à la prothèse orthopédique, en passant par les traitements regénératifs. Rendons la médecine aux médecins et favorisons le tourisme médical entrant en France et pas seulement pour une transplantation ou un traitement innovant en cancérologie.