Rocco La Rocca, herboriste et masseur : « On peut toujours donner le meilleur dès lors que l’intention première est d’être généreux »

La générosité. C’est ce qui guide Rocco La Rocca depuis le début de sa carrière où il a d’abord fait don de ses talents par le biais de l’humour. Cette générosité est le point de départ de tout ce qu’il crée. «Je pense que l’on peut toujours donner le meilleur à sa clientèle dès lors que l’intention première est d’être généreux» dit-il.

Fort de plusieurs formations, allant de l’herboristerie en passant par la pédicurie médicale ou encore le massage, il ne cesse d’enrichir son savoir-faire pour le plus grand bonheur de sa clientèle.

Grand fan de super-héros et seulement épanoui dans un quotidien à 100 à l’heure, il aime sa vie nouvellement parisienne qui lui permet de s’exprimer autant en cabine que sur les réseaux sociaux où il n’a pas la langue dans sa poche (toujours dans la bienveillance) !

«Recherche herboriste»

Rocco La Rocca commence son parcours professionnel dans un milieu bien éloigné de l’ambiance feutrée des cabines de massage : celui du stand-up. Le Belge d’origine passe ses soirées à faire rire les Bruxellois. Un jour, alors qu’il se promène dans les rues de la capitale belge, il tombe face à une herboristerie. Nous sommes en 2015. «Comme dans les films, j’ai vu une pancarte indiquant «Recherche herboriste.» Ça m’a interpelé. Je suis entré. Les murs étaient couverts de tiroirs à plantes» se rappelle Rocco.

La formation en herboristerie

Le masseur en devenir découvre qu’une formation en herboristerie existe encore en Belgique, à l’EFP, formation qu’il suit afin de pouvoir intégrer l’herboristerie en tant que stagiaire. «Cette formation m’a beaucoup plu car elle était très complète souligne Rocco. J’ai appris pendant de longues heures l’anatomie, la biochimie, la biologie des maladies, l’aromathérapie… Ensuite, je pouvais mettre en pratique les connaissances à l’herboristerie.» Il ne laisse pour autant pas tomber le stand-up qui lui permet de mener une double vie – une le jour en tant qu’herboriste, une la nuit en tant qu’humouriste – comme ses idoles les super-héros. «C’était un exutoire pour moi. Car lorsque l’on exerce un métier dans le bien-être, on reçoit beaucoup de gens qui nous confient leurs problématiques. Le stand-up, c’était ma façon de donner et d’être dans la générosité» raconte Rocco.

La formation en réflexologie plantaire

Rocco se forme avec passion pendant deux ans. Mais à l’issue de la première année, il juge qu’il n’est pas encore allé assez loin dans la possibilité de prise en charge des personnes. «Mon travail se limitait à la délivrance de conseils à l’herboristerie. Je consacrais vingt minutes tout au plus à chaque client, ce qui n’était pas suffisant. Car, en effet, je pouvais rencontrer des personnes avec des problématiques profondément ancrées comme des troubles du sommeil à la suite du décès d’un proche» explique-t-il. C’est ainsi que Rocco entame, en parallèle de sa formation en herboristerie, une formation en réflexologie plantaire avec Nicole Hortman.

Le travail en maison de repos : sa première clientèle

Pendant la période à laquelle Rocco se forme à la réflexologie plantaire, il commence à travailler dans une maison de repos. Il y dispense des soins de réflexologie plantaire. Face à la demande récurrente de sa clientèle pour des soins de pédicurie médicale, autorisés en Belgique à des non-médecins, il se forme pendant trois mois. «C’est grâce à ces soins que j’ai fidélisé ma clientèle sénior en maison de repos. Je proposais une prise en charge complète des pieds : réflexologie et pédicurie médicale. Je demandais à l’époque 5 ou 10 euros à mes clients pour les prestations» se rappelle-t-il.

Cette expérience auprès des séniors constitue l’un des meilleurs souvenirs de sa carrière, d’après Rocco : «Les séniors sont des livres. Nous avions un jeu ensemble. Lorsque j’arrivais, je disais une année au hasard et la personne me racontait ce qu’il s’était passé à cette époque. On me racontait des histoires incroyables.»

L’apprentissage de la théorie des humeurs

En plus de ses formations en herboristerie et réflexologie plantaire, Rocco suit à l’Ecole des Plantes une formation longue, d’une durée de trois ans, à raison d’un jour de formation par mois, pendant laquelle il découvre la théorie des humeurs. Il s’agit de la médecine ancestrale méditerranéenne, dont Rocco détaille les fondements : «Hippocrate a placé les bases de la médecine traditionnelle sur les quatre liquides que contient notre corps : le sang, l’eau, la lymphe et la bile (noire et jaune). Cela représente les quatre éléments : l’air, le feu, la terre et l’eau. En fonction de l’ordre dans lequel ces éléments prédominent chez chaque individu, cela constitue une personnalité. Les gens dominés par le sang – donc l’air – sont des sanguins, ceux dominés par le feu sont les bilieux… En fonction de leur nature, les gens ont une certaine personnalité, mais vont aussi être plus ou moins enclins à développer certaines pathologies.» La théorie des humeurs permet de cibler, lorsque l’on est un spécialiste formé, les plantes à recommander à chaque personne. Les gens chauds se verront conseiller des plantes froides et inversement.

La découverte de la médecine prophétique

A l’issue de sa première année en école d’herboristerie, en 2017, Rocco change de lieu de stage et se retrouve à travailler dans une herboristerie magrébine qui pratiquait la médecine prophétique (médecine des plantes dans l’Islam). «J’entendais mon mentor qui disait à ses clients “Tu as un excès de chaud et sec, mange des tomates”. Je me demandais bien ce qu’il racontait…».

Grand curieux, Rocco s’informe sur cette médecine prophétique largement utilisée au Maghreb. «C’est ainsi que je l’ai intégrée à ma pratique. Je trouvais que cela résonnait.»

Ses débuts en tant qu’indépendant

L’anamnèse en début de soin

Avec ses diplômes en poche, Rocco décide de débuter une activité d’herboristerie et de massage à son domicile à Bruxelles. «Mon premier labo, c’était une commode» se rappelle Rocco. Sa clientèle bénéficie de conseils en herboristerie mais également de soins de réflexologie plantaire. Sa prise en charge en réflexologie débute à l’époque par une anamnèse réalisée pendant un bain de pieds avec des plantes médicinales. «Je parle avec mon client. Je lui demande pourquoi il est venu me voir et ce qu’il attend de moi. Dans les trois quarts des cas, c’est le moment où la personne se confie et pleure. Moi j’essaie de leur faire sentir qu’ils sont pris en main car une fois qu’ils se sentent portés, ils se détendent» révèle Rocco. Rocco respecte les souhaits de ses clients et ne propose cette anamnèse qu’à ceux qui désirent en bénéficier.

L’importance de la dimension psychologique

Faisant preuve d’une grande empathie, Rocco intègre petit à petit une dimension psychologique à sa pratique, simplement dans un but d’accompagner ses clients. Rocco observe un besoin profond d’écoute émanant de sa clientèle. «Je pense que c’est pour ça que les coachs ont tant de succès en ce moment, analyse-t-il. Finalement, cela a remplacé les médecins de village. À l’époque de ma grand-mère, on allait chez le médecin sans être forcément malade. Dans une société de plus en plus individualiste, on est de plus en plus seul. Avoir une oreille attentive apporte, je pense, du bien-être.»

L’intégration des massages corps

Rocco intègre également les massages corps à sa carte, auxquels il se forme. «J’aime renouveler ma pratique car être toujours dans les mêmes énergies ne m’enrichit pas, explique Rocco. J’ai commencé par le deep tissue, le relaxant, le lomi-lomi, le drainage lymphatique, le thaï… J’ai aussi acquis quelques connaissances en ostéopathie afin de pouvoir proposer l’offre la plus large possible à mes clients.»

Rocco pratique à son domicile pendant trois ans. Mais le Covid vient tout perturber début 2020. Avec les confinements imposés pendant l’épidémie mondiale de Covid, Rocco est contraint de stopper son activité de bien-être à son domicile. Heureusement, formé à la pédicurie médicale, il peut continuer à exercer cette prestation chez lui.

La création de sa marque de sels de bains

Comme Rocco proposait pour chaque prestation des bains de pieds pour lesquels il utilise des sels de bain, il se retrouve à créer ses propres références. «J’avais créé plusieurs types de sels de bain : relaxant, pour les articulations, circulatoire et purifiant. Mes clients me demandaient souvent si je les vendais. J’ai donc pensé qu’il pourrait être intéressant de lancer ma propre gamme. J’ai alors appelé ma marque “La Rocca Cosmetics”» explique Rocco.

La formation en cosmétologie

Une mésaventure avec le laboratoire qui produit ses cosmétiques inspire Rocco et lui donne l’idée de créer sa propre formation en cosmétologie, à destination d’entrepreneurs en devenir dans le domaine. À ce moment, le DIY connaissait un fort succès. «Je souhaitais éviter aux gens de se faire arnaquer comme moi je l’ai été. Beaucoup étaient démunis car le savoir, c’est le pouvoir. Et certains laboratoires ne sont pas très partageurs de leur savoir.»

En 2021, Rocco crée donc sa propre école de cosmétologie. Il y dispense des formations de dix semaines qui comprennent un bloc formulation, marketing, et commercial. Le but de cette formation est de permettre à chaque élève de créer une gamme de cosmétiques. «Au début, lors de la première classe, il y avait deux élèves. On était à l’arrière d’un restaurant. À la fin, je formais des classes de vingt élèves» raconte Rocco.

Du domicile à l’espace de co-working

L’activité de Rocco prend une tout autre ampleur le menant à chercher des locaux pour accueillir à la fois sa clientèle mais aussi ses élèves. Il prend contact avec les propriétaires d’un espace de coworking qui lui proposent de s’installer au sol-sol inutilisé de l’espace. «Ils pensaient que je n’allais rien en faire, mais c’était mal me connaître !» s’amuse-t-il. Il parvient à créer un lieu confortable qui comprend une salle de soins et une salle de cours.

Le quotidien de Rocco est rythmé à nouveau par des journées doubles : de 9h à 18h en clientèle et de 18h30 à 21h30 en cours avec ses élèves. «Ça a été ma routine pendant trois ans. Moi qui suis fan de super-héros, j’étais Xavier et j’avais mes X-Men ! C’était super, j’avais fait de ce lieu un lieu de vie. Mes élèves pouvaient venir au laboratoire pendant que j’étais en soin» raconte Rocco. A ce moment, Rocco est contraint d’arrêter le stand-up par manque de temps.

Son arrivée à Paris

Après deux années en clientèle et en formation, Rocco a besoin de challenge et de nouveauté. Il quitte sa Belgique natale pour s’installer à Paris, berceau des plus beaux palaces du monde. «En Belgique, il n’y a pas cette culture du palace à laquelle je ne m’étais jamais confronté. Ça m’intriguait, j’avais envie de connaître ma valeur dans les spas de ces hôtels.»

Rocco arrive à Paris en 2023 où il ne connaît personne. Il recherche un local où s’installer dans un premier temps. «Je devais ouvrir mon cabinet au mois de juillet mais dans l’appartement au-dessus du local que j’avais trouvé devaient avoir lieu des travaux bruyants, impossible donc de recevoir de la clientèle» explique Rocco.

Il décide de prendre son mal en patience et postule dans plusieurs palaces, dont Le Meurice***** et Le Lutetia*****, où il est embauché en tant que praticien freelance. «Cela se passe très bien. On me fait de très bons retours sur mon travail, ce qui est gratifiant. Ça m’a donné la motivation pour continuer, moi qui ne connaissais personne et qui n’avait pas encore lancé mon activité à Paris. Je pense que ce qui a compté, c’est mon désir de prendre en charge les clients de façon personnalisée et holistique» explique Rocco. C’est ainsi que le masseur a fidélisé sa clientèle de palaces, lieux où il pratique toujours aujourd’hui.

Maison La Rocca : la création de son espace 

Finalement, Maison La Rocca ouvre ses portes, rue des Martyrs, plusieurs mois plus tard.

L’espace au rez-de-chaussée d’un immeuble donne sur une cours calme et paisible. On entre dans un accueil aux murs blancs, avec des chaises à gauche et une petite table basse au centre, ornée d’oracles. Des étagères en bois foncé, contenant tiroirs, plantes et fioles d’huiles, sont adossées au mur d’en face, et des plantes séchées pendent du plafond. Au fond, Rocco dispose d’un espace d’encaissement et de préparation de décoctions, avec ses diplômes affichés. L’odeur des plantes est présente mais légère.

La cabine de soins voisine est décorée de la même manière, avec des plantes et des meubles en bois foncé, sans surcharger l’espace.

Pour ses soins, Rocco se fournit en huile végétale directement auprès de producteurs français. Il propose à la vente à sa clientèle des plantes et huiles en vrac dans une optique de zéro déchet et d’éco-responsabilité.

Se faire connaître à Paris

Pour se faire connaître, Rocco invite un maximum de personnes via Instagram à venir tester ses soins. Car il estime qu’il faut toujours donner pour recevoir. Dans ce cadre, il rencontre Amandine Fornot, la fondatrice du 48 Collagen Café et co-auteure du Paris Wllnss Guide (guide qui sélectionne des meilleures adresses wellness de Paris). «Amandine et Fanny Morel, la deuxième co-auteure du Paris Wllnss Guide, ont été mes deux marraines dans le milieu du bien-être à Paris. Ce sont elles qui m’ont ouvert la porte. Je les remercierai toujours pour cela. Elles m’ont offert des opportunités qui ont permis à mon activité de décoller» raconte Rocco.

Ce passionné a envie de casser les codes de l’image très lisse que peut avoir le bien-être. Pour communiquer, il détourne le message de vidéos de consultations de réflexologie plantaire qu’il voit sur les réseaux sociaux - et qu’il juge trop intimes pour être partagées - pour en faire quelque chose d’humoristique. «J’ai tourné une vidéo, filmée du point de vue de la cliente, dans laquelle je manipule ses pieds et lui demande si elle boit toujours de l’alcool. Je vois à la manière d’un détecteur de mensonge, grâce à la réflexologie, que la cliente boit toujours. Un format très court qui a cartonné. Après la publication de cette vidéo qui a fait un million de vues sur Tik Tok, j’ai rempli mon planning sur quatre mois !» raconte Rocco.

L’évolution de la carte de soins

Aujourd’hui, la carte de soins proposée par Rocco a évolué. En effet, au début, il mettait peu en avant les bienfaits des plantes dans ses prestations. C’est pourquoi, désormais, figure à côté de chaque soin un principe actif qui booste les bienfaits du soin. «Je propose un soin relaxant au linalol végétal, un soin musculaire au CBD et au camphre, j’ai créé un drainage aux saponines, je voulais associer à chaque fois la terre et l’air» détaille Rocco.

Plusieurs types de soins sont proposés à la clientèle :

La réflexologie plantaire d’une durée d’1h proposée au tarif de 80 euros.

En décembre 2025, Rocco a ajouté un tout nouveau soin à sa carte qu’il a nommé la Méthode No-Tox™. Le but ? Offrir des résultats similaires à une injection de Botox. «C’est un soin du visage d’1h30, au tarif de 190 euros, qui associe les bienfaits de plusieurs techniques manuelles (face cupping et tapping, de la réflexologie faciale), des plantes et de la Led. Cela m’a pris un an et demi pour créer cette méthode. Il a fallu que je suive les bonnes formations et que je trouve les bonnes plantes également. J’ai travaillé avec une microbiologiste, le Dr Devon, avec qui nous avons cherché les études scientifiques permettant de valider les effets des techniques employées pour réaliser le soin» explique Rocco.

Messages et conseils aux esthéticiennes

Concernant les formations…

Rocco a suivi tout au long de sa carrière de nombreuses formations, ce qui lui permet d’adresser plusieurs conseils.

Il déconseille de suivre des formations en herboristerie en ligne. «Une plante, ce n’est pas juste un nom souligne-t-il. C’est une odeur, une texture, un goût.» Selon Rocco, la qualité d’une formation repose essentiellement sur la générosité du formateur qui la propose. «Que ce soit en corps ou en visage, j’ai déjà assisté à des formations où la personne n’était pas dans la générosité. Je trouve que cela se ressent lorsque le professeur donne le minimum explique-t-il. Fanny Perot, formatrice spécialisée en massages, par exemple, est d’une générosité sans nom.»

En outre, Rocco déplore les formations où il n’y a aucun support écrit, essentiel lorsqu’on débute le massage.

… et l’appropriation culturelle dans sa carte de soins

Rocco pense qu’il serait pertinent de cesser l’appropriation culturelle dans les cartes de soins.

Ce n’est pas parce qu’une technique vient de loin que c’est bien. On ne vend plus un produit ou un soin mais une distance.

Il estime que si un lieu de bien-être propose des soins venus du bout du monde, il est essentiel d’aller au bout des choses et de ne pas en faire simplement un concept marketing. Il pense notamment au massage kobido, devenu plus qu’une tendance. «Dans certains pays, les soins ne coûtent pas cher car c’est une norme que d’en bénéficier. En France, cela coûte parfois une fortune et devient élitiste, c’est un contre-sens selon moi explique Rocco. J’essaie de dénoncer l’orientalisme dans le marketing. Arrêtons avec cela et puisons dans nos savoir-faire locaux qui sont si riches» conclut-il.