Le parcours de Tom Sapin : de la salle de bain familiale à collaborateur de Cristina Cordula

Chez Tom Sapin, le maquillage n’est pas arrivé par hasard. Il fait partie de lui depuis toujours. Bien avant d’en faire son métier, il était déjà fasciné par les textures, les couleurs et le pouvoir révélateur du make-up. Enfant, il s’enfermait dans la salle de bain pour explorer les trousses beauté de sa mère et de sa sœur aînée.

Aussi loin que je puisse remonter, le maquillage a toujours existé dans ma vie. Il y a des photos de moi à trois ans maquillé.

Pourtant, entre cette passion et la décision d’en faire un métier, plusieurs années s’écoulent. Excellent élève, il s’oriente d’abord vers des études de lettres modernes et d’anglais. Mais très vite, le parcours académique l’ennuie. À dix-neuf ans, il prend conscience qu’il doit changer de voie. 

«Je me suis dit : ce que tu fais ne te plaît pas, et ce vers quoi ça t’emmène ne te plaît pas non plus.»

À l’époque, les formations spécialisées en maquillage sont rares, Internet n’offre que peu de ressources et le métier reste méconnu. Pourtant, contre toute attente, sa famille soutient immédiatement son choix. «Je pensais qu’on allait me dire que ce n’était pas sérieux. Au contraire, ils m’ont dit : “Fonce.”»

Tom finance alors sa formation grâce à l’héritage de son père, artisan maçon décédé alors qu’il était encore très jeune. Une filiation symbolique qu’il évoque aujourd’hui avec émotion et humour : 

«Mon père était maçon. Je dis souvent que finalement, je fais aussi du ravalement de façade, mais plus subtilement.»

Paris, Sephora et l’apprentissage du terrain

À dix-neuf ans, Tom quitte sa région pour Paris et intègre une école de maquillage. Très vite, il comprend qu’au-delà de la technique, c’est la pratique intensive qui fera la différence. Le jour, il suit ses cours de maquillage et le soir, il travaille chez Sephora sur les Champs-Élysées afin de financer sa vie parisienne.

Ce rythme intense devient un véritable accélérateur d’expérience. Là où ses collègues maquillent un modèle par jour, lui enchaîne les visages chaque soir au comptoir maquillage.

«J’apprenais la théorie la journée et je la mettais immédiatement en pratique le soir. Ça m’a énormément appris.»

Après un an chez Sephora, il est repéré puis recruté par MAC Cosmetics. Il pense y rester quelques mois. Il y restera dix-huit ans.

L’ascension de Tom Sapin chez MAC Cosmetics

Tom débute en boutique, ce qui surprend ses anciens formateurs qui l’imaginaient se lancer en free-lance. 

«Ma prof me disait : “Avec ton talent, tu ne peux pas travailler dans le retail”. Mais je ne me sentais pas prêt pour le free-lance.»

Il préfère avancer, étape par étape. L’univers créatif et inclusif de MAC, sa diversité, son ambiance et sa liberté artistique le séduisent immédiatement. Quatre ans et demi plus tard, il devient porte-parole de la marque en France et ambassadeur à l’international. À seulement vingt-cinq ans, il devient le plus jeune porte-parole MAC au monde.

«Mon rôle était de faire rayonner l’expertise et le talent de la marque. J’ai touché à tout : les défilés, la télévision, les shootings, les célébrités, la musique…»

Cette fonction lui ouvre les portes d’une carrière exceptionnelle. Il participe à plus de 850 défilés à travers le monde (Paris, Londres, Milan, New York, le Maroc) entre haute couture, prêt-à-porter et mode masculine.

La télévision et la rencontre de Tom Sapin avec Cristina Cordula

Au début des années 2000, l’émission “Nouveau look pour une nouvelle vie” de Cristina Cordula, en partenariat avec MAC, recherchait un maquilleur. Ils ont proposé son nom. 

«Ils se sont dit : “Le petit qui travaille à la boutique pro de Saint-Germain, il est gentil, il parle bien et il maquille bien.”»

Ce fut une rencontre déterminante. Le courant passe immédiatement avec Cristina Cordula, réputée pour ses exigences en matière de beauté : 

«Elle aime le maquillage qui sublime sans déguiser. Et ce curseur-là n’est pas simple à trouver.»

Son aisance face à la caméra, sa pédagogie et son approche du maquillage séduisent et, pendant des années, il accompagne les transformations emblématiques de l’émission, avant de rejoindre d’autres programmes, notamment avec sa chronique «S.O.S Tom» sur Téva.

«Cristina a énormément changé les choses pour moi. À l’origine, j’avais choisi ce métier parce qu’il était dans l’ombre. Finalement, je l’ai exercé dans la lumière

Aujourd’hui encore, leur collaboration continue. Tom a travaillé sur le développement produit de la marque Magnifaïk Beauty et notamment le fond de teint «Juste parfait».

Le maquillage, révélateur de soi pour Tom Sapin

S’il devait résumer sa signature make-up, Tom parlerait avant tout d’écoute et de subtilité. 

«Je ne suis pas le directeur artistique du visage des gens. Mon travail, c’est qu’ils se sentent eux-mêmes en mieux.»

Sa vision du maquillage repose sur une idée simple : révéler plutôt que transformer.

Avant de sortir ses pinceaux, il observe : le visage, la posture, le sac, l’énergie, la manière de parler ou de bouger. Ces indices l’aident à comprendre la personne qu’il maquille. 

«Je suis incapable de commencer un maquillage sans échange préalable. Même rapide, j’ai besoin d’analyser la personne.»

Cette capacité d’adaptation, il la décrit comme essentielle au métier : 

Un bon maquilleur doit être caméléon.

Son style ? Des teints lumineux, impeccables mais légers, et un travail du regard souvent décrit comme mystérieux. 

«Les yeux, c’est le miroir de l’âme. C’est ce que je préfère maquiller.»

Le sens du détail et l’exigence du terrain de Tom Sapin 

Au fil des années, Tom développe une approche très pragmatique du métier. Pour lui, le maquillage ne se limite pas à l’esthétique, il s’agit aussi d’anticipation, de confort et d’efficacité.

Il cite des exemples simples mais révélateurs comme :

«Je suis un maquilleur à vélo. Ça m’a obligé à réduire mon matériel et j’ai découvert qu’on pouvait très bien travailler avec moins.»

"L'inclusivité : un non-sujet"

L’inclusivité occupe aujourd’hui une place centrale dans l’univers de la beauté. Pour Tom, elle a toujours été naturelle.

Après dix-huit années passées chez MAC Cosmetics, marque pionnière sur ces sujets, il considère l’inclusivité comme une évidence plus qu’un argument marketing. 

«Chez MAC, l’inclusivité fait tellement partie de leur ADN que personne n’avait besoin d’en parler. Pour moi, l’inclusivité est un non-sujet

Son expérience dans les émissions de relooking lui a appris à accompagner toutes les femmes : celles qui manquent de confiance, celles qui traversent des changements physiques (minceur, rondeurs, rides, vieillesse…), celles qui veulent simplement se réapproprier leur image. 

«La noblesse du maquillage, c’est faire en sorte que les gens se sentent bien dans leur peau. Et aider quelqu’un à se sentir mieux dans sa peau, c’est déjà de l’inclusivité.»

Les début de Tom Sapin en tant que formateur 

La pédagogie est devenue l’un des piliers de sa carrière. Très tôt, chez MAC, il découvre qu’il a une réelle facilité à transmettre. «Chez MAC, on donne des cours de maquillage et on s’est rendu compte que mes cours se passaient très bien», explique-t-il.

Au fil des années, il affine sa méthode et développe une approche extrêmement didactique. «J’ai appris à décortiquer le maquillage. À expliquer précisément pourquoi on utilise tel pinceau, tel geste, telle texture.»

Pour lui, savoir maquiller et savoir enseigner sont deux compétences distinctes. «Beaucoup de make-up artists font les choses instinctivement mais ne savent pas les transmettre ni les expliquer.»

Aujourd’hui, il privilégie volontairement les formations en one-to-one et en petits groupes afin de conserver un accompagnement humain et qualitatif. «Je préfère six, voire huit personnes autour de moi que cinquante. Je veux du sur-mesure

Au-delà de la technique, il sensibilise également ses élèves aux réalités concrètes du métier : statut freelance, gestion administrative, construction d’un kit cohérent, réseaux sociaux, endurance émotionnelle. «Il y a énormément de prétendants pour peu de place. Il faut le dire honnêtement aux élèves.»

Etre maquilleur : un métier exigeant et compétitif

Tom Sapin ne romantise pas la profession. Derrière les paillettes et les backstages, il rappelle que le maquillage reste un métier exigeant, compétitif et émotionnellement intense. 

«On absorbe le stress et les complexes des gens. Il faut être une éponge, un beauty blender à stress.»

Selon lui, l’empathie est la qualité numéro un d’un bon maquilleur. 

«Les gens s’assoient dans notre chaise avec leur énergie, bonne ou mauvaise, et si on n’aime pas les gens, ce métier devient très compliqué.»

Il précise également que ce métier est extrêmement énergivore : «Il faut être présent tout en sachant rester discret, absorber les énergies sans jamais perdre sa neutralité, tout en demeurant constamment disponible».

Il ajoute que travailler avec des talents, c’est aussi composer avec leur image et leur ego, et que laisser cette place aux autres demande une véritable dépense émotionnelle. 

«Ce n’est pas une fatigue physique, mais une fatigue sociale et mentale. Après de longues journées, ma batterie sociale est vide et j’ai besoin de me “recharger”. Pourtant, malgré cela, le maquillage est l’espace où je fais preuve du plus de patience. Et c’est aussi ce qui rend cet artisanat si gratifiant. Contrairement à d’autres métiers manuels, le résultat est immédiat ! J’arrive le matin sur un projet et, quelques heures plus tard, je peux déjà voir concrètement le fruit de mon travail.»

Il met également en garde les jeunes générations contre l’impatience et la surconsommation alimentées par les réseaux sociaux. 

«Aujourd’hui, beaucoup veulent tout, tout de suite. Mais ce métier demande du temps, de la patience et de la persévérance

Les réseaux sociaux : un levier important mais émotionnivore 

Bien que Tom ait bénéficié d’une forte exposition médiatique, il entretient aujourd’hui une relation plus mesurée avec les réseaux sociaux.

Il reconnaît leur importance dans le développement d’une carrière, mais admet également leur impact émotionnel. «C’est très chronophage et très “émotionnivore”. Ça prend énormément de charge mentale.»

S’il continue à partager ses conseils, ses testing, ses coups de cœur et ses inspirations avec sa communauté, il revendique désormais une volonté de ralentir et de retrouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Depuis son départ de MAC en 2024, pour se consacrer pleinement au freelance, il revendique une organisation plus alignée avec ses besoins

«Je ne veux plus passer d’overbooking en overbooking. Je veux de la qualité et du temps. Le temps est devenu le luxe ultime.»

Quels sont les projets de Tom Sapin pour la suite ?

Aujourd’hui freelance après dix-huit années de salariat, Tom Sapin poursuit plusieurs projets : développer ses formations, renforcer sa clientèle privée, accompagner davantage de mariées «Car j’adore faire ça !», et, à moyen terme, lancer sa propre marque de make-up et accessoires.

«La notion d’artisanat est très importante en France et je trouve ça noble. On compare souvent les maquilleurs à des artistes. C’est un compliment, mais moi, je préfère le mot artisan.»

Cette définition résume parfaitement son parcours : un travail de précision, de matière, d’humain et d’émotion.

Et lorsqu’on lui demande de résumer sa vision du métier en une phrase, sa réponse est immédiate : 

«Le maquillage comme artisanat ultime».


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