Êtes-vous un bon formateur ou un excellent praticien ?
Qu’est-ce qui distingue un bon formateur d’un excellent praticien ? Ce sont des compétences différentes, bien qu’elles se nourrissent mutuellement.
La pédagogie. Expliquer simplement ce qui est complexe est un art. J’ai vu d’excellents masseurs incapables de transmettre leur savoir, et des praticiens moyens dotés d’un talent pédagogique remarquable. L’idéal est de réunir les deux.
La patience. Chaque élève avance à son rythme. Certains comprennent d’emblée, d’autres ont besoin de temps, de répétition, de reformulation. Un bon formateur accepte ce tempo sans frustration.
La bienveillance. Encourager sans humilier. Corriger sans blesser. Créer un espace où l’erreur est permise, parce que c’est de l’erreur que naît la compréhension.
La clarté. Donner des repères structurés, un cadre lisible, des objectifs progressifs. L’élève doit toujours savoir où il en est et où il va.
Former, c’est accompagner une transformation. Ce n’est pas imposer un moule.
Les quatre phases de l’apprentissage
Chaque praticien, chaque formateur traverse ces quatre phases. Les reconnaître chez soi et chez ses élèves est essentiel pour accompagner la progression.
Phase 1 : « Je ne sais pas que je ne sais pas. » C’est la phase d’inconscience. Le débutant enthousiaste qui ne mesure pas encore l’étendue de ce qu’il ignore. Nous y sommes tous passés.
Phase 2 : « Je sais que je ne sais pas. » C’est la phase la plus importante et souvent la plus inconfortable. La prise de conscience de ses lacunes est le moteur de tout apprentissage réel.
Phase 3 : « Je sais que je sais. » La maîtrise consciente. Le praticien exécute avec précision et peut expliquer chaque choix. C’est le niveau que vise toute bonne formation.
Phase 4 : « Je ne sais plus que je sais. » L’intégration complète. Le geste est devenu fluide, naturel, intuitif. Le praticien n’a plus besoin de réfléchir — son corps sait. C’est le fruit du temps et de la répétition consciente.
Un bon formateur sait reconnaître ces étapes chez ses élèves et adapter son enseignement en conséquence.
Message aux jeunes formateurs
Il est légitime de vouloir transmettre. L’envie de partager ce que l’on a appris est un élan généreux et naturel. Mais transmettre exige plus que de l’enthousiasme.
Cela exige de l’humilité — reconnaître que votre expérience, aussi riche soit-elle, est encore en construction. Cela exige une formation continue — non seulement technique, mais pédagogique. Cela exige une forme de supervision, de regard extérieur sur votre pratique d’enseignement. Et cela exige une remise en question permanente.
Se former encore et toujours ne diminue pas votre autorité. Au contraire : cela la renforce. Les plus grands maîtres que j’ai rencontrés dans ma carrière étaient tous des éternels élèves. C’est ce qui faisait leur grandeur.