Institut de beauté : quelles formations suivre pour bâtir un business solide ?

Entre étude de marché, définition de leur expertise et choix des formations adaptées, les esthéticiennes doivent structurer leur projet intelligemment. Voici les conseils de Sandra Charpenat, formatrice et consultante en stratégie business dans le secteur de l’esthétique.

Ces dernières années, le nombre de création d’instituts de beauté a explosé atteignant les 65 000. Un chiffre révélateur de l’intérêt croissant pour le secteur de l’esthétique. En effet, selon Sandra Charpenat, formatrice, coach et consultante en stratégie business dans le secteur de l’esthétique, nombre de ces établissements sont créés par des femmes en reconversion professionnelle. D’anciennes salariées originaires du secteur esthétique, souvent avec une solide expérience du métier, prennent également part à l’aventure entrepreneuriale.

Mais derrière la volonté d’entreprendre, se cache une difficulté indéniable : créer et gérer un business de façon pérenne. 

«Le fait que nous ayons accès à l’auto-entreprise, qui est une très bonne chose, maintient aussi un petit peu dans ce manque de professionnalisation de l’approche note Sandra. Et effectivement, je pense que la majorité des esthéticiennes ne sont pas préparées.» 

Une facilité d’accès à l’entreprise qui peut donc devenir un piège.

L’absence d’étude de marché : une erreur qui peut coûter cher

Bien souvent, ce qui fait défaut aux nouveaux entrepreneurs, et notamment aux esthéticiennes qui créent leur entreprise, c’est l’absence d’étude de marché. 

«Bien souvent, elles se lancent avec passion et envie. Ce qui est super. Mais elles ne comprennent pas la cible, ne savent pas comment structurer et n’ont pas la vision business» explique Sandra.

La formation oui, mais pas en priorité

Avant toute chose, Sandra conseille vivement de s’inscrire aux formations de base proposées par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat. Il peut s’agir de formations en projet entrepreneurial/lancement d’une activité (chaque Chambre de Métiers a ses propres formations). 

«Ces formations reprennent les fondamentaux et expliquent ce qu’implique la création d’une entreprise. Elles aident aussi à structurer et préciser son projet.»

La seconde étape consiste à définir votre expertise métier afin de créer un institut cohérent. Que vous ayez un institut généraliste ou pas, il est nécessaire d’avoir un positionnement très clair dès le départ et d’avoir un message fort auquel les clientes peuvent se rattacher. 

«Il ne suffit pas “d’ouvrir” et de lancer une liste de prestations souligne Sandra. Il faut donner un angle à votre activité.»

Une fois ces deux étapes validées, il devient alors possible de réfléchir aux formations complémentaires.

Les formations pour créer un institut pérenne

Chaque formation listée ci-dessous est à titre indicatif et à effectuer de manière progressive. Ce n’est pas un sprint ! 

«Concrètement, une personne qui souhaite se lancer peut consacrer environ six mois, en amont, à définir précisément son projet. En parallèle, elle peut travailler sur son expertise métier en suivant des formations dédiées. Au moment du lancement, se former au business et bénéficier d’un accompagnement en gestion permet aussi de gagner un temps précieux. Pour moi, c’est clairement la meilleure solution» indique l’experte.

Gestion et comptabilité, faut-il se former ?

C’est souvent en termes de gestion et de comptabilité que le bât blesse, chez la plupart des entrepreneurs. Pourtant, il est fondamental de comprendre vos chiffres. 

«Pour un institut de 100 m2 qui a pour vocation d’avoir une équipe de trois personnes, oui, se former en gestion est prioritaire. Une esthéticienne indépendante qui exerce dans un local attenant à son domicile n’aura pas les mêmes enjeux. La base étant qu’il faut au moins comprendre vos chiffres (CA, marge, taux horaire, TVA s’il y a lieu, etc.) et de faire vos projections afin d’avoir une bonne stratégie pour pouvoir appliquer des prix rentables et attirer les bonnes clientes» détaille l’experte. Pour la suite, cette dernière recommande de déléguer.

Quid du marketing digital ?

La formation en marketing digital est prioritaire si vous lancez un concept important ou très spécifique. Sinon, l’experte vous conseille de vous concentrer sur votre expertise avant tout.

«Cependant, une entrepreneure qui maîtrise déjà un minimum sa communication en ligne marquera beaucoup de points : image, mise en avant des prestations, contenus autour de l’expertise» souligne Sandra.

La vente

Si, comme beaucoup d’esthéticiennes, la vente n’est pas votre tasse de thé, il peut être utile d’investir dans une formation. 

«La vente, c’est souvent tabou quand on ne la comprend pas. Il faut un peu désacraliser le sujet : au fond, c’est avant tout une question d’humain et de compréhension des besoins des autres. 

Je pense donc que c’est un aspect sur lequel les esthéticiennes doivent se pencher, sans se perdre dans des techniques compliquées. Il s’agit simplement de savoir comment se vendre elles-mêmes et valoriser leur expertise» explique la coach.

Si vous ne pratiquez pas de prestations dans votre institut et avez des salariés, revoyez régulièrement les bases.

Les choses évoluent à une telle vitesse qu’il est essentiel de vous former à la technique régulièrement. 

«Tout dépend de votre expérience, mais je pense qu’il est important d’effectuer des mises à jour tous les trois ans environ. Les cheffes d’entreprise ici concernées ont tout de même tout intérêt à comprendre et connaître les protocoles, ne serait-ce que pour des questions de management évidentes» explique Sandra.

Comment se former intelligemment ?

À côté, il peut aussi être intéressant de suivre des formations annexes, toujours en lien avec votre expertise.

«C’est à la mode de suivre plein de formations, et puis, parfois, certaines esthéticiennes pensent que ça apportera plus d’attractivité à l’institut. Mais c’est faux… Il est plus judicieux de se former dans un objectif précis pour compléter les protocoles, l’offre et la carte de manière stratégique» souligne Sandra.

La formation continue est en effet importante, mais elle ne doit pas se faire uniquement parce qu’un budget y est dédié. 

«Il y a beaucoup d’esthéticiennes qui font énormément de formations simplement parce qu’il y a du budget, mais elles n’arrivent même pas à vendre ou à mettre en avant ce qu’elles ont déjà appris explique Sandra. Elles se disent : “Je vais acquérir autre chose, ça va m’aider”, mais en réalité, pas du tout.»

Pour l’experte, la stratégie est essentielle : 

«Il faut y aller avec un angle clair. On commence par une formation importante pour se mettre à jour sur les techniques, puis on choisit, de manière très minutieuse, des formations d’appoint pendant les trois années suivantes.»

Sandra insiste sur l’importance de ne pas vous laisser emporter par les “formations coup de cœur” : 

«Certaines se dispersent, mais ces formations ne sont pas forcément rentables sur le long terme. Il faut rester fidèle à vos objectifs, croiser étude de marché et passions personnelles, et trouver le juste milieu. C’est ainsi que vous éviterez de prendre des formations au hasard et que vous resterez alignée avec ce que vous voulez vraiment, tout en restant à l’écoute du marché».

Mesurer la rentabilité d’une formation

La rentabilité d’une formation, selon Sandra, s’analyse à partir de l’étude de la qualité de votre agenda. Celui-ci doit être rempli, en majorité, des prestations piliers de l’expertise que vous avez définie en amont. Votre panier moyen doit aussi être à hauteur de 80 euros et votre chiffre d’affaires en évolution.

Conseil aux esthéticiennes qui hésitent à investir dans la formation

Ce qui vous fera gagner votre vie, ce sont vos compétences avant tout. Alors, Sandra vous conseille d’investir sur celles-ci en priorité. 

«Je vous conseille de maîtriser votre savoir-faire et de devenir LA référence dans votre domaine, ce qui demande de l’investissement. La formation est un levier de croissance quand c’est choisi dans le cadre d’un projet, d’un objectif et d’une vision» conclut-elle.

@sandrachapenat


Pour aller plus loin

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