Cancer du sein : comment adapter la prise en charge d’une cliente en institut de beauté ?
Depuis plusieurs années, Julie constate une évolution marquante dans son institut. Les femmes atteintes d'un cancer du sein représentent aujourd'hui près d'un quart de sa clientèle.
Formée à la socio-esthétique dès l'ouverture de son institut - Beauty Studio By Julie B - en 2017, puis à la dermopigmentation réparatrice, elle travaille désormais en lien avec des médecins et des socio-esthéticiennes travaillent en hôpitaux qui lui adressent certaines patientes.
Si les soins de socio-esthétique sont progressivement intégrés dans les parcours hospitaliers, ils restent souvent limités par le manque de temps ou de moyens. L'institut de beauté peut alors devenir un relais complémentaire, à condition de respecter le cadre médical.
Évaluer la situation de la cliente avant de proposer un soin esthétique
Chaque prise en charge commence par un échange approfondi. Avant de proposer le moindre soin, Julie cherche à comprendre le stade de la maladie, les traitements en cours et leurs effets secondaires. « La prise en charge ne va pas être la même selon qu'elle débute la chimiothérapie, qu'elle est en plein traitement ou qu'elle est en rémission. »
Cette première étape permet également d'identifier les besoins prioritaires de la cliente. Certaines recherchent avant tout un espace pour parler, d'autres souhaitent anticiper les conséquences esthétiques des traitements, notamment la perte des sourcils, des cils ou des cheveux.
Lorsque cela est médicalement possible et autorisé par le médecin qui suit la cliente, certaines prestations peuvent d'ailleurs être réalisées avant le début de la chimiothérapie. « Dans l'idéal, si le médecin donne son accord, on réalise la dermopigmentation des sourcils avant qu'ils ne tombent. C'est beaucoup moins brutal psychologiquement pour la patiente », explique l’esthéticienne.
L’écoute : une étape essentielle dans l’accompagnement d’une cliente atteinte d’un cancer
Au-delà des prestations esthétiques, l'accompagnement repose avant tout sur une écoute attentive.
L'annonce d'un cancer du sein bouleverse l'image de soi. La perte des cheveux, des sourcils ou encore les modifications cutanées liées aux traitements peuvent fragiliser la confiance en soi et le sentiment de féminité.
Dans ce contexte, l'esthéticienne devient parfois une interlocutrice privilégiée. Son rôle consiste aussi à orienter, lorsque cela est nécessaire, vers d'autres professionnels : naturopathe, thérapeute, praticien bien-être ou socio-esthéticienne hospitalière. Ce que Julie s’emploie à faire dès qu’elle prend en charge une cliente malade.
Cette approche globale permet de proposer un accompagnement complémentaire, sans sortir de son champ de compétences.
Quels soins esthétiques proposer pendant un traitement contre le cancer ?
Recevoir une cliente sous traitement ne signifie pas renoncer aux soins esthétiques. En revanche, ceux-ci doivent être adaptés aux effets secondaires des traitements.
La chimiothérapie entraîne fréquemment une importante déshydratation cutanée, une photosensibilisation ainsi qu'une fragilisation des ongles et des muqueuses. Par conséquent, Julie privilégie des soins du visage exclusivement manuels, réalisés avec des produits les plus neutres possible.
« Il faut utiliser des soins très doux, des produits naturels et éviter tout ce qui pourrait créer des interactions. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai fait le choix de la marque Estime & Sens qui propose des soins naturels et bio », explique-t-elle.
À l'inverse, certains gestes sont à proscrire pendant les traitements. Julie déconseille notamment les massages corporels, l'utilisation d'huiles essentielles ou encore les technologies esthétiques. La prudence s'impose également lors des manucures. Les traitements pouvant rendre les ongles extrêmement fragiles, les gestes abrasifs doivent être évités.
Adapter chaque geste pour préserver le confort
L'adaptation ne concerne pas uniquement le choix des soins. Les gestes, le rythme et l'environnement jouent eux aussi un rôle essentiel. Certaines femmes ressentent davantage le froid ou présentent une hypersensibilité du cuir chevelu après la chute des cheveux.
L'installation en cabine doit donc être particulièrement soignée : couverture, retrait de la perruque si la cliente le souhaite, ambiance calme et intimiste. « Elles viennent chercher une bulle de douceur. Elles sont agressées par les traitements et ont besoin d'un moment où elles peuvent simplement se sentir bien, souligne l’esthéticienne. Il faut adapter tous les gestes parce qu'elles sont beaucoup plus sensibles. »
Préserver la féminité pendant les traitements
Si les soins esthétiques ne guérissent évidemment pas la maladie, ils participent à maintenir une image positive de soi. Pour Julie, cette dimension est essentielle : « Le cancer touche profondément la féminité. Nous sommes là pour les aider à conserver cette féminité pendant cette période. »
Conseils de maquillage, dermopigmentation lorsque celle-ci est autorisée, protection de la peau face aux UV, hydratation intensive ou encore astuces pour prendre soin des ongles : autant de petites attentions qui permettent aux femmes de mieux vivre les effets visibles des traitements.
Accompagner une cliente atteinte d’un cancer : pourquoi la formation est essentielle
Accueillir une cliente atteinte d'un cancer du sein ne s'improvise pas. Si chaque esthéticienne peut faire preuve d'écoute et de bienveillance, certaines situations nécessitent des connaissances spécifiques.
En effet, connaître les contre-indications, comprendre les effets secondaires des traitements, savoir quand demander un avis médical ou orienter vers d'autres professionnels sont autant de compétences indispensables pour exercer en toute sécurité.
Comme le rappelle Julie, la priorité reste toujours la même : « Il ne faut pas faire n'importe quoi. Il faut rester vigilante, utiliser des produits adaptés et accompagner ces femmes avec beaucoup de douceur. »