Décès d'une jeune femme après une injection présumée à Nice dans un salon d'esthétique

Une jeune femme de 25 ans est décédée lundi 27 juillet à Nice après un malaise survenu dans un salon d'esthétique où elle aurait subi un acte de médecine esthétique. Le parquet de Nice a ouvert une enquête pour exercice illégal de la médecine, homicide involontaire et administration de substances nuisibles afin de déterminer les circonstances exactes de ce drame.

Ce décès intervient moins de quatre mois après celui d'une autre jeune femme à Villeurbanne, également survenu à la suite d'une injection esthétique réalisée hors du cadre médical. Ces deux affaires relancent les inquiétudes autour de la multiplication des injections clandestines et des pratiques exercées par des personnes non habilitées.

La CNAIB-SPA appelle à une réforme du secteur

À la suite de ce drame, la CNAIB-SPA (Confédération Nationale Artisanale des Instituts de Beauté et Spas) rappelle qu'elle alerte les pouvoirs publics depuis plusieurs années sur les dérives observées dans le secteur de la beauté.

Selon cette dernière, l'évolution progressive de la réglementation a créé un marché insuffisamment défini et insuffisamment contrôlé. Certaines activités, comme la prothésie ongulaire, les extensions de cils ou encore le maquillage semi-permanent, peuvent aujourd'hui être exercées sans diplôme esthétique alors qu'elles présentent des risques sanitaires. Dans le même temps, les esthéticiennes diplômées restent soumises à un cadre réglementaire strict.

La CNAIB-SPA estime que cette dérégulation a favorisé le développement d'une esthétique « ubérisée », pratiquée dans des appartements, à domicile ou dans certains salons par des personnes dont les qualifications, les conditions d'hygiène ou les assurances ne sont pas toujours vérifiées.

L'organisation insiste sur un point essentiel : il ne faut pas assimiler les esthéticiennes diplômées à des personnes réalisant illégalement des actes médicaux. Les professionnelles titulaires d'un CAP Esthétique, d'un BP ou de certifications complémentaires reçoivent une formation en biologie, physiologie, hygiène, réglementation et sécurité. Elles exercent dans un cadre réglementé et connaissent les limites de leur métier.

Depuis 2021, la CNAIB-SPA demande au Gouvernement une réforme globale du secteur afin de mieux définir les actes esthétiques, renforcer les contrôles des qualifications et lutter plus efficacement contre les pratiques clandestines. Une proposition de loi portée par la députée Danielle Brulebois, visant notamment à créer une définition légale des soins esthétiques et à renforcer leur encadrement par le ministère de la Santé, n'a pour l'heure toujours pas été inscrite à l'ordre du jour.

Pour la fédération, ce nouveau drame doit conduire à une réponse rapide des pouvoirs publics afin de protéger les consommateurs tout en valorisant les professionnels qualifiés.

Le Cercle des Bonnes Pratiques dénonce un enjeu de santé publique

Le Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique estime, lui aussi, que ces décès ne relèvent plus du simple fait divers mais traduisent l'ampleur prise par les injections clandestines.

Le Dr Éric Essayagh, co-président du Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique, alerte sur la progression de ces pratiques réalisées en dehors du cadre médical :

« Le Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique condamne avec la plus grande fermeté ces pratiques frauduleuses qui n'ont rien à voir avec la médecine. Une injection esthétique est un acte médical qui exige une formation, une parfaite connaissance de l'anatomie et la capacité de prendre en charge immédiatement une complication. Aujourd'hui, nous estimons que plus de 40 % des injections esthétiques sont réalisées en dehors du cadre médical, dans des appartements, des instituts ou des lieux qui échappent à tout contrôle. Ce marché clandestin est devenu un véritable enjeu de santé publique. Les récentes avancées réglementaires constituent une première étape importante pour mieux encadrer l'exercice de la médecine esthétique, mais elles ne suffiront pas à elles seules à stopper les fake injectors. Pendant que le cadre légal se met progressivement en place, les réseaux clandestins continuent de recruter sur les réseaux sociaux et de mettre des patients en danger. Après Villeurbanne, puis aujourd'hui Nice, il est indispensable d'accélérer la lutte contre ces pratiques illégales, de renforcer les contrôles, d'assécher les filières d'approvisionnement et de permettre aux patients d'identifier immédiatement les praticiens réellement qualifiés. Nous ne pouvons plus attendre qu'un nouveau drame survienne pour passer des textes à une protection effective des patients. Chaque nouveau drame est un drame de trop. Nous ne pouvons pas attendre un troisième décès pour considérer qu'il y a une urgence de santé publique. »

Le Cercle appelle notamment à renforcer les contrôles, lutter contre les filières d'approvisionnement des produits injectables et permettre aux patients d'identifier facilement les praticiens habilités.

Un rappel indispensable pour les professionnels de l'esthétique

Ce drame rappelle une réalité juridique essentielle : toute injection esthétique constitue un acte médical. Qu'il s'agisse d'acide hyaluronique, de toxine botulique ou de tout autre produit injectable, ces actes sont exclusivement réservés aux médecins habilités.

Pour la profession, il est essentiel de distinguer les instituts de beauté qui exercent dans le respect de la réglementation des réseaux clandestins proposant illégalement des injections. Au-delà du non-respect de la loi, ces pratiques mettent directement en danger la santé des clients et portent atteinte à l'image des esthéticiennes qualifiées, qui exercent dans le cadre des compétences définies par leur métier.