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N°728 Septembre 2019

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Cancer ? Des soins prodigués par les esthéticiennes ?

Par Dr Alain Toledano , Cancérologue, radiothérapeute de la Clinique Hartmann et de l'Hôpital Américain
N°642 Novembre 2011
Le Dr Alain Toledano, cancérologue et radiothérapeute, fait le point sur le fléau du cancer. Il peaufine un programme de formation dédié aux esthéticiennes qui désirent accompagner les femmes qui ont un cancer. Un grand coup de chapeau à ce jeune et talentueux médecin.

Rendez-vous pris pour notre interview à la Clinique Hartmann, à Neuillysur- Seine. L'emploi du temps du Dr Toledano est bien chargé. À 33 ans, ce cancérologue renommé a eu notamment pour patient David Servan- Schreiber, décédé à 50 ans en juillet dernier, après avoir écrit un livre testament chargé d'émotion «On peut se dire au revoir plusieurs fois». Cet éminent neuropsychiatre, connu du grand public grâce à ses publications best-sellers «Guérir et anti-cancer», aura résisté 20 ans à la maladie. Un bel exploit ! Son décès ne remet nullement en cause ses conseils.

Le Dr Toledano exerce à la Clinique Hartmann, mais aussi à l'Hôpital Américain qui est à 50 mètres, sur le boulevard Victor Hugo. La salle d'attente est comble. Les patients font connaissance, échangent des informations, se confient. Une femme d'une quarantaine d'années lâche à sa voisine : «Je supporte bien la radiothérapie. J'ai pu reprendre mon travail, c'est indispensable à mon moral. J'ai besoin de rencontrer des gens, car je supporte mal de me retrouver seule dans cette épreuve».

Après une équipe de télévision venue tourner un film, nous sommes accueillis par le Dr Toledano dans un modeste bureau encombré de volumineux dossiers.

350 000 NOUVEAUX CANCERS PAR AN EN FRANCE

Incompréhensible maladie, le cancer. Les chiffres ne cessent d'augmenter. En France, il y a 350 000 nouveaux cancers par an. Environ 150 000 personnes décèdent par an, soit 400 décès par jour. On est loin des 4 000 décès sur la route en 2010 ! Un million de personnes ont un cancer ou ont eu un cancer sur une population totale de 65 millions d'habitants. Qui n'a pas eu dans son entourage un proche décédé d'un cancer ?

On sait à quel point les dépistages précoces (mammographie obligatoire à partir de 50 ans) ont leur importance dans la rémission du cancer. Une femme sur huit est touchée par le cancer du sein, soit 45 000 cancers par an, tandis que 65 000 hommes ont un cancer de la prostate. Plus on avance en âge, plus les risques sont importants. Mais Alain Toledano apporte une touche optimiste à ce constat global : «Aujourd'hui, avec les progrès de la science, le taux de guérison sans rechute est de 50 %. On peut avoir un cancer et continuer à vivre avec cette maladie pendant 20 ans». On se souvient du terrible combat du comédien Bernard Giraudeau, qui en 2000 a eu un cancer l'obligeant à subir l'ablation du rein gauche, puis une métastase au poumon gauche. Il s'est éteint à l'âge de 63 ans... dix ans plus tard.

LA DURE SOLITUDE DES PATIENTS

Face à cette terrible épreuve, les patients sont fragilisés. Ils ont besoin de parler, de trouver du réconfort auprès de leur médecin et du personnel hospitalier. Les professionnels de la santé font le maximum pour être disponible, offrir un sourire, mais ils ont un emploi du temps minuté, courent dans les couloirs d'une urgence à l'autre.

Une patiente atteinte d'un cancer a le teint cireux, elle perd ses cheveux, ses ongles, parfois ses cils et ses sourcils. Elle ne se maquille plus, ne fait plus aucun effort de coquetterie, se replie sur elle-même. Elle vit une baisse de sa libido. S'ensuivent parfois des problèmes dans le couple qui peuvent aller jusqu'au divorce. Bien souvent, l'entourage amical s'éloigne... comme s'il s'agissait d'une maladie contagieuse. «Seulement 20 % des patients ont recours à un psychothérapeute, constate avec regret Alain Toledano. Quand une personne a un cancer, ce sont tous les membres de la famille qui sont malades ! L'anxiété est permanente, allant jusqu'à la dépression. Des établissements font appel à des socio- esthéticiennes, qui sont formées par le CODES (Cours d'Esthétique à Option Humanitaire et Sociale) basé à Tours. C'est une très bonne chose, mais une femme qui a un cancer a aussi besoin de sortir de l'univers hospitalier.»

LE RÔLE MAJEUR DE L'ESTHÉTICIENNE

«Qui est mieux placée que l'esthéticienne pour apporter des soins, une écoute, un soutien psychologique à une patiente atteinte d'un cancer ? L'esthéticienne a un rôle majeur, car elle permet à une femme qui a un cancer de se réconcilier progressivement avec son image. Mais les instituts de beauté qui accueillent ces personnes ne sont guère nombreux», constate Alain Toledano. Nul trace d'un annuaire en France qui les répertoriraient !

Une manucurie, un soin du visage, un maquillage, une beauté des pieds, une réflexologie plantaire, voire de la sophrologie : et la malade reprend confiance elle, en sa féminité qu'elle croyait disparue. C'est un moment privilégié où une autre personne, enfin, ose la toucher. Car, bien souvent, elle n'a plus de contacts physiques avec les membres de sa famille. Un homme atteint d'un cancer qui franchit le seuil de l'institut de beauté est également le bienvenu. Mais nettement plus rare ! Après bien des débats, des études scientifiques incontestées ont démontré qu'il n'y avait pas de contre-indication à effectuer des modelages sur des personnes atteintes d'un cancer. Non seulement les massages permettent de diminuer l'anxiété et la dépression, mais ils atténuent la douleur, favorisent le processus de guérison. «Une esthéticienne peut apprendre à une femme à toucher les cicatrices qui sont sur son sein et à mieux les accepter», note le Docteur Toledano.

UNE FORMATION DÉDIÉE AUX ESTHÉTICIENNES

Alors rien d'étonnant qu'Alain Toledano et son complice, Marc Spielman cancérologue à l'Institut Gustave Roussy à Villejuif (94), aient décidé de mettre en place une formation dédiée aux esthéticiennes. Les deux initiateurs de ce projet ont bon espoir de proposer une formation de cinq modules de deux jours, à raison de deux jours tous les deux mois, à Paris. «De nombreux sujets seront abordés, allant de la médecine à la psychologie en passant par la cosmétologie. Dans le corps professoral, nous ferons intervenir des cancérologues, mais aussi des dermatologues, des psychologues, des esthéticiennes, des acupuncteurs, des réflexologues..., nous confie Alain Toledano. Un certificat sera délivré à l'issue de cette formation qui pourra être prise en charge par les organismes de formation professionnelle. Nous sommes sur la bonne voie pour convaincre notre ministère de tutelle, les syndicats professionnels et les organismes paritaires.»

Compte tenu du nombre de personnes touchées tous les ans par le cancer, c'est un débouché professionnel qui a un bel avenir devant lui. On aurait préféré dire le contraire ! Mais au-delà, c'est l'occasion de valoriser les métiers de la beauté qui sont parfois jugés comme des activités superficielles. Qui n'a pas le désir d'aider des clientes en difficulté ? Pourquoi ne pas imaginer qu'une esthéticienne qui exerce dans un institut de beauté effectue deux ou trois soins par semaine auprès de personnes qui ont un cancer ? Une façon de progresser dans son métier, mais aussi dans sa tête et dans son coeur.

Livre à lire : Revivre de Guy Corneau - Éditions de l'Homme.

Conseillez la lecture de ce magnifique livre à vos clientes qui ont un cancer, des problèmes de santé ou un stress important.

Célèbre psychanalyste canadien, Guy Corneau apprend qu'il est atteint d'un cancer niveau 4, il y a bientôt quatre ans. En clair, il a très peu de chance de s'en sortir. Et pourtant, le miracle est arrivé ! Il ne quitte pas le monde comme ses amis thérapeutes et écrivains Christiane Singer et, dernièrement, David Servan-Schreiber.

Avec humilité, sincérité et humour, il nous livre un récit intime, terriblement émouvant. Yanna, sa compagne d'âme qui voulait guérir avec des médecines douces, meurt d'un cancer généralisé. Il nous raconte ses états intérieurs, ses phases de grand désespoir, sa joie de vivre enfin retrouvée.

Revivre n'est pas un «guide» infaillible, mais l'auteur nous présente ses expériences pour sortir de la maladie. Il entreprend un parcours classique avec la chimiothérapie et la radiothérapie. Mais il y ajoute des médecines alternatives dont la médecine des plantes, la médecine énergétique. La méditation, la visualisation, le yoga, le contact avec la nature, le plaisir de renouer avec une activité artistique, l'amitié et l'affection de son entourage contribuent également à sa guérison. Psychanalyste, il est bien placé pour faire son auto-analyse. À commencer la reconstitution d'une enfance difficile. Il regarde la réalité en face sans faux-semblants. Par ailleurs, il prend conscience de manière accrue que la notoriété n'est pas son amie. Elle exige des livres, des émissions à la télévision, de nombreux voyages pour animer des conférences et des séminaires où se pressent plus de 500 personnes fidèles au rendez-vous. Le succès impose à son corps un rythme d'enfer ! «La performance peut se transformer en esclavage. Il m'arrivait de travailler 12 heures d'affilée. J'étais prisonnier de mon image, de mes objectifs intellectuels et financiers. C'est une grave erreur. Il faut aller vers la simplicité profonde de son être, de son coeur. Il faut savoir goûter à la solitude. Ne rien faire est un excellent anti-stress. La méditation est une dégustation intérieure ; c'est un moment ouvert à la vie en moi et autour de moi. C'est un moment libre d'angoisse et rempli d'énergie. Par ailleurs, il est essentiel de passer du temps avec sa famille et ses amis, c'est une nourriture affective importante. » Lorsqu'il réapparaît dans le bureau de son oncologue il y a près d'un an, il s'entend dire : «Je ne sais pas ce que vous avez fait Monsieur Corneau, mais cela a marché.» Pour la promotion de Revivre, Guy Corneau a fait, à nouveau, plusieurs tournées en Europe. Mais désormais il sait dire «non» quand on le sollicite pour une conférence supplémentaire, une rencontre incontournable, un dîner de plus. Tous les jours, il pratique la méditation et le yoga. Pas question de faire l'impasse ! Ce livre est une très belle leçon de sagesse pour tous ceux qui souhaitent rester en bonne santé jusqu'au bout d'une vie... que l'on espère longue. www.guycorneau.com

 

Par Dr Alain Toledano , Cancérologue, radiothérapeute de la Clinique Hartmann et de l'Hôpital Américain
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