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N°730 Novembre 2019

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Le vernis : une formulation délicate

Par Sophie Macheteau
N°668 Mars 2014
Touche de raffinement, de féminité et de fantaisie, le vernis à ongles est cependant un paradoxe à lui tout seul. Sa consommation dans le monde ne cesse de croître, tandis que sa formulation controversée fait couler beaucoup d’encre.

Derrière ces jolis flacons de 5 ou 10 ml aux palettes de couleurs les plus variées, se cache une chimie lourde qui n'est pas sans conséquence pour notre santé et l'environnement.

On constate d'ailleurs bien souvent un manque de transparence de la part de certains industriels ; un comble pour un marché qui aime pourtant afficher la couleur !

L'émergence de vernis dits «écologiques» semble apporter une réponse favorable à une clientèle de plus en plus exigeante, désireuse de jouer avec les codes de la mode sans pour autant y laisser sa peau (ou ses ongles). Mais qu'en est-il réellement ?

Zoom sur les coulisses d'un marché qui parfois se craquèle...

UN MARCHÉ PORTEUR

C'est un segment très porteur avec 3,5 milliards de flacons vendus par an (il a doublé depuis 2006) dans le monde. En France, cela représente un chiffre d'affaires de 7,4 millions d'euros et une croissance de 7,8 % en 2012. 20 % des Françaises utilisent des vernis à ongles avec une consommation de 2,4 unités par acheteuse.

LA CHIMIE DU VERNIS

Pour satisfaire le plus grand nombre des consommatrices, le vernis à ongles doit posséder de multiples qualités telles que le pouvoir adhésif important dont dépend une tenue durable du vernis, la brillance, la facilité d'application, le pouvoir couvrant élevé, la dureté convenable pour résister aux chocs, le temps de séchage rapide, l'homogénéité de la formule, la souplesse et l'élasticité qui permettent d'épouser les éventuelles modifications de la surface de l'ongle sans se craqueler.

Pour répondre à toutes ces exigences, les vernis sont généralement composés d'agents filmogènes tels que la nitrocellulose, de plastifiants comme le camphre et le DBP (dibutylphtalate), des solvants tels que l'acétate d'éthyle et l'acétate de butyle, l'acétone et le butanone, des colorants tels que des dérivés azoïques, des pigments inorganiques ou des agents nacrants, des agents rhéologiques qui apportent la viscosité et l'élasticité.

LE «TRIO NOIR» DES VERNIS À ONGLES

Il n'est pas inutile de rappeler que le vernis est apparu vers 1920 suite à la fabrication de la peinture automobile et que, même si sa composition a évolué, il reste un produit complexe qui s'apparente toujours à de la peinture.

Parmi les substances les plus controversées, arrivent en tête de liste trois substances appelées «The big 3». Il s'agit du DBP ou dibutylphtalate, du toluène et du formaldéhyde.

Le formaldéhyde

L'ennemi juré est le formaldéhyde, un composé organique volatil (appelé «COV»), qui a la propriété de devenir gazeux à température ambiante. Irritant pour les yeux, le nez et la gorge, on comprend mieux pourquoi la réglementation impose des seuils maximaux.

En effet, d'après la directive cosmétique européenne : «Tous les produits finis contenant du formaldéhyde ou des substances libérant du formaldéhyde doivent reprendre obligatoirement sur l'étiquetage la mention «contient du formaldéhyde» dans la mesure où la concentration en formaldéhyde dans le produit fini dépasse 0,05 %». D'après l'INRS, «Il possède de fortes propriétés sensibilisantes et irritantes et les données disponibles indiquent que l'apparition des cancers nasopharyngés est liée à ses propriétés irritantes. La prévention des effets irritants semble donc essentielle».

Le CIRC l'a classé en juin 2004 dans le groupe 1 (agent cancérogène pour l'homme) et en 2005, suite à une étude américaine, l'OMS l'a classé comme étant un cancérogène certain pour l'homme du nasopharynx et des fosses nasales. Le formaldéhyde est également reprotoxique, susceptible de provoquer irritations, brûlures des yeux et autres allergies.

Les phtalates

Les phtalates (dibutylphtalate) sont, quant à eux, des substances chimiques utilisées dans les plastiques. Nous en sommes entourés, aussi bien dans les sols plastiques, que dans les emballages, les jouets en plastique ou encore les peintures.

On les accuse d'être mauvais pour le système reproducteur humain et d'être impliqués dans la stérilité.

Le toluène

Dernier élément du trio, le toluène est un solvant aromatique très largement utilisé dans l'industrie. Il peut irriter le nez, la gorge et la peau qui peut l'absorber, et affecter également le système nerveux.

Mieux vaut éviter par ailleurs :

  • le camphre synthétique, neurotoxique et dangereux pour le système nerveux central et pour le système nerveux périphérique,
  • la colophane, une résine qui permet de lier et de coller et qui est irritante et allergisante,
  • ainsi que le xylène, un élément appartenant à la famille des composés organiques, très toxique, qui peut affecter le système nerveux (maux de tête, nausées...) et créer des irritations cutanées plus ou moins sévères.

Les effets des COV sont souvent difficiles à démontrer. Ils sont très variables et dépendent de la sensibilité individuelle, de leur concentration dans l'air, des durées d'exposition ou des combinaisons entre les produits.

Il est néanmoins confirmé que, selon les concentrations, une exposition régulière aux COV peut entraîner différents troubles : irritation des yeux ou de la gorge, allergies, maux de tête, crises d'asthme, urticaire, nausées, fatigue.

Un reportage de la télévision suisse RTS en date du 5 juin 2012 a par ailleurs montré, lors d'une étude réalisée par un laboratoire indépendant de Lausanne, que sur les 53 COV étudiés, certains vernis présentaient des traces de 20 à 25 de ces produits. Demeure alors l'éternelle question de ce que l'on appelle «l'effet cocktail», dont les conséquences sur notre santé sont encore inconnues à ce jour.

Une alternative écologique : les vernis "éco-friendly"

UNE ALTERNATIVE ÉCOLOGIQUE : LES VERNIS «ÉCO-FRIENDLY»

On entend beaucoup parler de vernis bio sur le marché. Or, il y a souvent une confusion entre «vernis biologique» et «vernis écologique» :

  • par «vernis bio», on entend «vernis certifié bio contenant 95 % minimum d'ingrédients naturels ou d'origine naturelle, et 10 % minimum du total des ingrédients issus de l'agriculture biologique»,
  • par «vernis écologique», on entend un vernis plus respectueux de notre peau et de l'environnement que les vernis traditionnels.

À l'heure actuelle, formuler un vernis qui réponde aux critères de la certification bio n'est pas facile. Il y a bien eu une mise sur le marché d'un vernis certifié biologique, mais qui depuis, a été retiré.

La marque Léa Nature avait en effet développé un vernis à ongles So'Bio écologique qui cherchait à se passer de nitrocellulose. Ce vernis était certifié par Ecocert et portait le label Cosmébio : il utilisait notamment une résine issue de la sécrétion de chenilles pour donner au vernis des qualités de résistance. La marque, qui a le grand mérite d'avoir «essuyé les plâtres», n'a pas dit son dernier mot et travaille sur une nouvelle formulation.

La marque Kure Bazaar a, quant à elle, réalisé la prouesse de réaliser une formule jusqu'à 85 % d'origine naturelle à base de pulpe de bois, coton, maïs, pomme de terre et blé avec de grandes qualités de tenue.

Les vernis écologiques, majoritairement formulés sur la politique du «sans» (ou «free» en anglais), remportent quant
à eux un vif succès sur le marché des vernis à ongles. Ils sont moins irritants et polluants et garantissent pour certains de répondre aux exigences de formulation. Parmi eux, on trouve :

  • Les vernis «3 free» : ils sont sans formaldéhyde, DBP (dibutylphtalate) et toluène.
  • Les vernis «4 free» : ils sont sans formaldéhyde, DBP, toluène, résine de formaldéhyde ou camphre.
  • Les vernis «5 free» : ils sont sans DBP (dibutylphtalate), toluène, formaldéhyde, résine de formaldéhyde et camphre synthétique.
  • Les vernis dits «à l'eau» : ils sont 5 free et à l'eau.

LES VERNIS À L'EAU

Parmi les vernis écologiques, on trouve les vernis dits «à l‘eau». Dépourvus de nitrocellulose, formaldéhyde, toluène, phtalates, xylène, colorants pétroliers (FD&C et D&C, des allergisants, irritants et cancérigènes), ces vernis écolo sont essentiellement composés de pigments naturels non toxiques et de polymères acryliques, c'est-à-dire des résines non agressives.

Sans odeur et nettement moins toxiques que leurs homologues classiques, ces vernis hydratent les ongles tout en réduisant considérablement les risques d'allergie.

Encore peu répandus en France, certains n'ont toutefois pas toujours la tenue escomptée.

LA NOUVELLE GÉNÉRATION D'ÉCO-DISSOLVANTS

Pour éliminer le vernis à ongles, il est nécessaire d'utiliser des ingrédients ayant de bonnes propriétés de solvant. L'acétone, peu chère et très efficace est la plus largement utilisée, mais ses effets desséchants pour la peau et les ongles, ainsi que sa haute volatilité, qui la rend irritante pour les yeux et les voies respiratoires en plus d'être fortement inflammable, poussent de plus en plus les fabricants à proposer des dissolvants «sans acétone». La plupart de ces derniers sont à base d'acétate d'éthyle, solvant lui aussi très volatil et qui a donc des inconvénients similaires.

Certains éco-dissolvants proposés sur le marché sont constitués de lactate d'éthyle, solvant lui aussi inflammable, mais beaucoup moins volatil que l'acétone et l'acétate d'éthyle, ce qui minimise les risques d'inflammation et d'irritation par les vapeurs pour les yeux et les voies respiratoires. Il est de plus beaucoup plus doux pour la peau et les ongles. Il peut être 100 % d'origine végétale, dérivé par exemple de la fermentation de sucre (issu du maïs), facilement biodégradable et produit par un procédé écologique.

CONCLUSION

Peu convaincants jusqu'à ces derniers temps, nombre de vernis écologiques offrent désormais une alternative très intéressante aux vernis traditionnels, en proposant des résultats probants susceptibles de répondre aux exigences des consommatrices, tout en prenant soin de leur santé.

Sachez que les effets indésirables des vernis traditionnels, qui, à répétition, peuvent provoquer ce «fameux cocktail», lequel peut induire des affections chroniques, sont dans la ligne de mire de vos clientes. En conclusion, choisissez des marques capables d'en faire voir de toutes les couleurs à ces dernières, sans pour autant vous faire virer au noir !

Par Sophie Macheteau

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