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N°731 Décembre 2019

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Esthétique et Cancer : le rôle de l’esthéticienne en ville

Par Marie-Anne Conorgues , Socio-esthéticienne, Formatrice, spécialisée en ca
N°726 Juin 2019
De plus en plus de femmes atteintes d’un cancer se tournent vers les esthéticiennes pour les aider à traverser cette épreuve. Mais les soins esthétiques sont-ils autorisés et si oui, lesquels ? Êtes-vous prête à accueillir ces clientes ?

Marie-Anne Conorgues : Je suis socio-esthéticienne depuis 17 ans, je travaille dans une clinique de cancérologie dans le Sud-Ouest de la France à Pau. Je suis également formatrice et je dirige un organisme de formation en socio-esthétique, Esthétique et Santé.

Christelle Ly : Je suis installée dans une configuration un peu particulière, dans une maison de santé avec des professionnels médicaux et paramédicaux, et je suis confrontée à rencontrer des malades en post-traitement de cancer.

Carole Lagorce : Je suis estéticienne depuis 26 ans, j'ai créé mon institut il y a 15 ans à Biarritz et, en parallèle, je suis formatrice en techniques manuelles de bien-être.

Etat des lieux sur le cancer

- Nous assistons à une augmentation croissante du nombre de malades. L'Institut National du Cancer a prévu, entre 2015 et 2030, le double de patients en France !

- Le système de soin aujourd'hui en France amorce ce que l'on appelle un virage de l'ambulatoire, c'est-à-dire une externalisation des soins pour des raisons économiques.

- Les médicaments sont administrés de plus en plus par voie orale. Le cancer, grâce à l'évolution des traitements anti-cancéreux, devient une maladie chronique, ce qui nous amène à penser que demain les esthéticiennes en ville seront de plus en plus confrontées à des personnes malades.

L'esthéticienne face au cancer

Nous exerçons dans des services de cancérologie mais nous n'avons pas toujours des temps pleins à l'hôpital. Et, d'autre part, nous sommes principalement actives sur la période «en cours de traitement». Donc, ça veut dire que lorsque le traitement s'arrête, nos patientes nous quittent et redeviennent vos clientes.

Je vais vous citer le cas de Mme X qui est venue en séances de socio-esthétique à la clinique où je travaille et qui m'a raconté être allée avec son mari faire une thalasso en Bretagne pour s'offrir une trêve dans la maladie. Lorsqu'elle s'est présentée au spa de la thalasso, l'esthéticienne a refusé de l'accueillir parce qu'elle était malade !

Christelle Ly: Ma première rencontre avec une personne atteinte du cancer a été avec le mari d'une cliente. Ma cliente constatant les effets indésirables dus à son traitement, il souffrait et se plaignait d'avoir des douleurs. Elle voulait que je lui propose un massage. Aujourd'hui, j'ai honte, car, à l'époque, je lui ai dit non.

Je ne pouvais pas lui faire de massage au risque de faire migrer les cellules cancéreuses. Je sais aujourd'hui qu'il n'y a pas de recherches qui le prouvent mais, sur le moment, je me suis sentie un peu perdue.

Carole Lagorce : J'ai eu la douloureuse expérience d'avoir une de mes clientes, dont je m'occupais depuis longtemps, qui est arrivée en me disant qu'elle avait un cancer du sein. Ça a été terrible pour moi car c'était une amie. Je ne pouvais pas m'occuper d'elle, je ne pouvais pas lui faire de massage, je ne pouvais pas l'épiler, et je ne pouvais pas la guider...

Quand on passe son CAP d'Esthétique, on nous dit qu'on ne doit faire de soins qu'à des gens sains et qu'on ne doit pas toucher à des personnes malades. Ça a été terrible pour moi. Donc, je me suis renseignée pour savoir ce que je pouvais lui faire, et j'ai découvert Marie-Anne.

Qu'apporte un soin esthétique pendant un cancer ?

- Les patients sont amenés à vivre des effets secondaires avec des répercussions directes sur la peau, les ongles ou encore les cheveux. Donc, l'idée des soins esthétiques, c'est de pouvoir venir contrecarrer ces effets secondaires, ou peut-être aussi les prévenir.

- Nous avons une expertise en massage. Le but est de pouvoir accompagner les patients qui sont face à des situations d'anxiété et de réelles situations de douleurs, qu'elles soient morales, émotionnelles ou physiques.

Par expérience, encore une fois, même si nous manquons en France cruellement d'études cliniques, nous savons très bien que les massages peuvent accompagner justement ces situations d'anxiété ou de douleurs.

- Les soins esthétiques permettent à toutes ces femmes de conserver une part de féminité en les accompagnant avec des conseils autour du maquillage correcteur ou en leur apprenant à nouer leur foulard.

Nous devons absolument éviter d'avoir à refuser une cliente malade à l'institut. C'est déjà assez stigmatisant de tomber malade, alors si en plus la cliente malade va voir son esthéticienne pour continuer ses soins et que vous la refusez, en plus de la stigmatisation cancéreuse, il y aura une stigmatisation qui va tourner vers un isolement social.

Nous, socio-esthéticiennes, nous en avons bien conscience : tous les patients n'ont pas envie de faire leurs séances de soins médicaux à l'hôpital.

Certaines patientes souhaitent rester dans la vie et continuer à avoir des activités quotidiennes normales, aller au restaurant, au cinéma, et, pourquoi pas, retourner dans leur institut de beauté ?

Des conseils pour les esthéticiennes face au cancer

Marie-Anne Conorgues : Aujourd'hui, tout laisse à penser que l'esthéticienne en ville, sans forcément devenir socio-esthéticienne, doit pouvoir évoluer au niveau de ses connaissances pour mieux faire face à cette clientèle malade.

Ainsi, avant le début du traitement, il faudrait que vous puissiez donner des conseils à votre cliente à l'institut sur, par exemple, l'hygiène, l'hydratation, la photo-protection...

Tout simplement, il s'agit d'expliquer à vos clientes qu'il faut utiliser un savon adapté, qu'il faut surtout choisir une hydratation du corps très rigoureuse, car les traitements médicaux assèchent la peau, se protéger du soleil car de nombreux traitements anti-cancéreux sont photo-sensibilisants, et, surtout, vous devez les éduquer, les conseiller.

POURQUOI VOS CONNAISSANCES DOIVENT-ELLES ÉVOLUER ?

Il y a de plus en plus de malades chroniques qui prennent leurs médicaments à la maison. Elles ne vont pas guérir de leur maladie mais, sûrement, elles vont vivre encore 5-10-15 ans avec leur maladie. Si elles viennent vous voir à l'institut, et qu'elles ont, par exemple, des métastases osseuses, il faut que vous sachiez agir car les métastases osseuses fragilisent énormément les os, le système osseux de votre cliente malade.

Il existe des traitements anti-cancéreux qui entraînent des onycholyses, c'est-à-dire un décollement de la plaque des ongles à cause de certains médicaments. Dans ce cas, il ne faut pas faire de traumatismes aux ongles afin de ne pas risquer d'accentuer l'onycholyse. Alors, attention, avec le bâtonnet en buis pour repousser les cuticules. Il ne faudrait pas que ça devienne une manucurie traumatisante.

Je voudrais attirer votre attention sur le cancer du sein, et sur le risque d'apparition d'un lymphœdème. En cas de cancer du sein, lorsqu'on enlève la tumeur, il peut y avoir une atteinte des ganglions lymphatiques du bras, par des cellules cancéreuses. Le risque c'est que même 10 ans après le cancer, il est possible de développer un lymphœdème.

Dans ce cas, les médecins conseillent à leurs patientes d'éviter les chocs, les brûlures, les piqures, les effractions cutanées. Alors se pose la question de la pratique du massage, car il y a de l'appui, la question de l'épilation car il y a de la chaleur, la question de la manucurie car il peut y avoir une blessure... Encore une fois, on peut s'interroger sur le risque que votre cliente encourt lorsqu'elle est dans votre institut.

UNE INDISPENSABLE FORmATION

Alors, justement, par rapport à toute cette problématique, nous avons conçu une formation spécifique pour les esthéticiennes de ville, qui se déroule sur deux jours, et est prise en charge par le FAFCEA. Son but est tout d'abord de dédramatiser la maladie afin que vous puissiez accueillir vos clientes à l'institut, de façon plus secure et plus légère.

à retenir

Marie-Anne Conorgues : La prise en charge esthétique est indispensable pour optimiser le parcours de soin des personnes touchées par la maladie. Cette prise en charge esthétique est vraiment capitale dans la réhabilitation post-cancer, c'est-à-dire dans la période «après-maladie». Les soins esthétiques permettent de répondre à de réelles souffrances exprimées par les personnes touchées par la maladie.

Vous devez pouvoir être opérationnelle face à vos clientes qui tombent malades. En étant formée sur cette thématique, vous pourrez garantir des soins en toute sécurité et des soins de qualité. Vous vous sentirez plus à l'aise aussi sur l'approche relationnelle, comment vous positionner et comment vous comporter.

Il faut retenir une chose capitale : c'est que l'après-cancer est plus rude que le traitement lui-même pour 61 % des patientes.

C'est justement quand elles ont le plus besoin d'être écoutées ou accompagnées qu'elles ne sont plus dans les murs de l'hôpital. Je pense que vous avez un rôle majeur à jouer dans la réhabilitation post-cancer de vos clientes touchées par la maladie.

Par Marie-Anne Conorgues , Socio-esthéticienne, Formatrice, spécialisée en ca
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Commentaires

  • Anonyme 21/06/2019
    Super article qui dit la vérité sur l'actualité et le monde actuelle de cette "maladie qui touche de plus en plus de personne. Comment peut -on vous contacter Marie-Anne?? Élodie du 31 ( Toulouse )
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