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N°720 Décembre 2018

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S'installer à tout prix ?

Par Eric Marquand , Gérant de Amanöa Spa Beauté
N°671 Juin 2014
S’il est une attitude à avoir dès maintenant à la faveur du désir de créer sa société, c’est bel et bien de ne pas se bercer d’illusions ! La vie du créateur d’entreprise est loin, bien loin, d’être un long fleuve tranquille…

1 - ÉTAT DE MARCHÉ :
ENTRE CRISE ET CROISSANCE

Un long fleuve tranquille ? Pensez donc ! Le climat est morose (70 % des Français n'ont pas le moral, source Ifop janvier 2014). La crise frappe tous les secteurs, les Français épargnent au lieu de consommer.

Les faillites d'entreprises battent chaque année des records (environ 63 000 en 2013, soit une progression de 3,7 %, et d'ores et déjà au moins autant de prévues en 2014, soit près de 240 000 emplois détruits à venir, source Coface ‚), avec comme conséquence une explosion du chômage et de la misère (entre 8 et 10 millions de personnes vivraient actuellement en dessous du seuil de pauvreté en France en 2013, selon le Secours Catholique).

Côté beauté, les écoles d'esthétique versent sans état d'âme près de 25 000 esthéticiennes supplémentaires chaque année sur un marché saturé qui n'offre guère plus de 2 000 places disponibles. En dix ans, le nombre de centres de beauté en France a triplé, certes, mais pas au point d'en absorber le flux.

Les discounters ont envahi le secteur, fracassant les marges. Les charges d'entreprise représentent désormais quasiment sept mois de travail (ce qui constitue un véritable hold-up). Le statut d'auto-entrepreneur, lui, a cassé l'équité du métier avec des charges à la baisse, fragilisant un peu plus les instituts existants en organisant bien involontairement une concurrence quasi déloyale.

Et que dire d'Internet, des deals et des box dévoreurs de marges ?

Et puis, il y a aussi les administrations qui traquent les chefs d'entreprises avec un tel entrain qu'on se demande si la présomption d'innocence est encore en vigueur dans ce pays. Vous devez d'ores et déjà le savoir et assimiler cette injustice : face à l'administration, que vous puissiez créer de la richesse et de l'emploi, peu importe, la seule règle qui prévaut auprès des fonctionnaires de l'État, c'est que vous êtes coupable d'entreprendre ! Et ils vous le feront payer cher, très cher !

In fine, pour couronner le tout, la concurrence outrancière fait le reste : instituts, chaînes, discounters, esthéticiennes à domicile, praticiens de bien-être, apprenties ou anciennes esthéticiennes oeuvrant au black découpent un peu plus chaque année les parts du gâteau, de telle sorte qu'il ne reste trop souvent désormais que les miettes !

Alors face à un tel état des lieux, difficile de croire qu'il faille se lancer !

Et pourtant... Pourtant, le nombre d'installations sur le secteur de la beauté n'a eu de cesse de croître ces dernières années ! La crise n'y a rien changé, au contraire ! Malgré les faillites retentissantes de franchises du métier (Ethnicia par exemple ƒ), malgré les nombreux, très nombreux instituts de beauté qui n'ont jamais eu le temps de s'épanouir baissant le rideau avant le cap des trois ans, la tendance ne s'est jamais démentie !

Les faillites ne semblent pas décourager les candidates, persuadées qu'elles feront mieux que leurs ainées. Déni de lucidité ? À croire que s'il n'y a pas d'oeufs fêlés chez Lustucru, il y a des fêlées en veux tu en voilà dans l'esthétique ! «Heureux sont les fêlés car ils laissent passer la lumière.» Michel Audiard.

Faut-il donc une certaine dose de folie pour se lancer dans la grande aventure de la création d'entreprise ? Sans doute ! S'installer à tout prix dans un tel contexte relève de la gageure, que visiblement nombre d'esthéticiennes semblent prêtes à relever ! Alors, simple inconscience ou certitude absolue d'être à la hauteur ?

2 - EN AMONT :
ÊTRE SOI, ÇA VA DE SOI !

Le bilan de compétences

  • Suis-je vraiment capable de tenir les rênes de ma future société ?
  • Ai-je la maturité suffisante pour encaisser les chocs à venir, le recul nécessaire pour comprendre, analyser et agir si besoin sur les leviers de l'entreprise afin qu'elle soit gérée au mieux en toutes circonstances ?
  • Suis-je capable d'oublier dès maintenant mes réflexes de salariée, mes 35 h, mon salaire et mes 5 semaines de congés payés par exemple ?
  • Suis-je prête à sacrifier tout ou partie de ma vie de famille ?
  • Suis-je en mesure de faire tous les sacrifices financiers nécessaires à l'épanouissement de ma petite entreprise ?
  • Pourquoi je veux me lancer dans l'aventure entrepreneuriale ?

Autant de questions auxquelles il va falloir très vite apporter une réponse.

Bien souvent l'enthousiasme et l'auto-persuasion que l'on sera à la hauteur, font qu'on néglige ces «quelques détails» ! Sauf que ces menus détails en question ne tardent pas rapidement à revenir à la surface, et à vous exploser à la figure tôt ou tard ! Beaucoup d'esthéticiennes se lancent par défaut, n'ayant pas trouvé d'emploi, et sont souvent insuffisamment préparées à ce qui les attend.

Créer son entreprise est à peu près aussi compliqué que de partir en mer avec un bateau ! Il faut être capable de savoir lire les instruments de bord, et voguer en pleine tempête avec la fermeté et l'assurance d'un vieux loup de mer ! Tout cela ne s'improvise pas !

Alors, au préalable, un petit bilan de compétences, rien de tel pour évaluer là où vous en êtes réellement, afin de savoir si vous êtes bel et bien en mesure d'affronter les situations qui vont se présenter à vous. Il existe nombre de sociétés susceptibles de jauger votre capacité professionnelle, d'évaluer vos compétences, votre personnalité, vos envies, vos rêves et votre rigueur face à la réalité.

L'introspection

En complément, il y a nécessairement un travail d'introspection à faire. Vous connaissez ? En psychologie, l'introspection consiste en une méthode d'observation et d'analyse de soi, en vue d'étudier sa propre personne et d'acquérir ainsi une certaine connaissance de soi.

Faisons simple pour en comprendre les subtilités : si 10 personnes vous disent que vous faites vraiment trop «Barbie» et que ça véhicule une image de vous détestable, vous avez plusieurs manières de réagir. Soit vous décidez de ne pas prendre en compte les jugements des autres, considérant qu'elles sont stupides et jalouses, soit vous vous remettez en question, en vous disant que si autant de personnes pensent la même chose de vous, c'est peutêtre qu'elles n'ont pas tort !

Reste ensuite à vous demander si vous devez assumer cet état de fait, ou bien en changer... On n'a pas toujours conscience de l'image qu'on renvoie aux autres. Et ça peut être redoutable parfois ! Il faut donc commencer par être honnête avec soi-même.

«Mens sana in corpore sano.» Se connaître soi-même au travers du regard des autres, être capable de mieux se comprendre, de mieux s'analyser en toutes circonstances, cela permet de mieux être en mesure d'affronter le quotidien, si tant est que vous y soyez exposée !

Et dans le cadre d'une création d'entreprise dans le secteur de la beauté, nul doute que votre image sera exposée, voire surexposée ! Il est donc important de bien savoir quel regard vous devez porter sur vous-même afin d'être en harmonie avec le regard que vos futures clientes vous porteront ensuite !

3 - ÉTUDE DE MARCHÉ :
OUBLIEZ TOUT POUR NE RIEN OUBLIER !

«Le peu que je sais, c'est à mon ignorance que je le dois !» Sacha Guitry. La première des vérités est d'oublier tout ce que vous êtes ! Ne partez pas avec la certitude de tout savoir, de vous croire au dessus de la mêlée !

En d'autres mots, évitez de préférence le pêché d'orgueil ! D'entrée de jeu, il convient de vous poser les bonnes questions, de faire fi de ce que vous savez afin de tout assimiler au mieux, et de vous préparer à une épreuve humaine au long cours !

Business plan : vous avez vos papiers ?

Le business plan, qu'est-ce donc ? C'est un peu comme quand vous partez en voyage, vous préparez les cartes ! Là, c'est pareil : il s'agit en effet d'une véritable cartographie de faisabilité de votre projet. Ce doit être une vision réaliste et pertinente, de où, quand, comment, pourquoi vous vous implantez ! C'est donc en quelque sorte le manuel de votre future installation, celui là même qui va convaincre en théorie les banquiers du bien fondé de votre volonté d'entreprendre !

Prévoyez donc un solide dossier comprenant au minimum :

  • un état de marché,
  • une étude de marché,
  • un compte de résultats prévisionnel sur cinq ans,
  • un bilan prévisionnel,
  • un plan de financement,
  • un plan de trésorerie.

Qui peut vous aider à faire cela ?

Pour préparer ce dossier, si vous n'en avez pas les compétences, adressez-vous directement à un centre de gestion agréé ou bien encore à un cabinet comptable. Voyez aussi du côté des chambres de commerce et des métiers, ainsi qu'auprès de la CNAIB, et bien entendu, lisez Les Nouvelles Esthétiques !

Le silence est d'or, mais l'argent est le moindre des maux !

Soyons honnêtes, entre vous et moi, aujourd'hui les banquiers sont plus des prêteurs sur gage que réellement des banquiers ! Si vous avez deux euros, ils vous en prêteront un, pour peu qu'au final, ils en récupèrent trois et qu'ils enaient quatre en garantie, mais n'espérez pas venir leur soutirer de l'argent juste avec un beau projet si vous avez les poches vides ! Sans caution ni hypothèque, bien souvent, vous trouverez porte close !

Mieux vaut donc prévoir de suite un apport correspondant à 30 % du montant total de l'investissement requis pour espérer attirer l'attention du banquier. Prévoyez également en plus une réserve destinée à alimenter l'indispensable fonds de roulement.

Pour les gros dossiers d'investissement, prévoyez de vous garantir en amont, coupant ainsi l'herbe sous le pied des banques. Ainsi, contactez d'une part le réseau Entreprendre en France et le réseau France Active Création.

Pour ces deux réseaux, et si votre dossier est bon, un prêt à taux zéro viendra soulager votre prêt bancaire !

Enfin, pour une meilleure négociation avec votre banquier, tentez tant que faire se peut directement auprès d'Oséo d'obtenir le cautionnement de vos projets. Sans risque, le banquier n'aura d'autres choix que celui de vous dire «oui» !

Enquêtez !

Mais quittons donc un instant les requins de la finance pour revenir à nos moutons : pour votre business plan, une étude de marché sérieuse s'impose, enquêtes à l'appui, afin de balayer au mieux le secteur d'activité, la zone de chalandise, la concurrence, l'emplacement idéal, le financement, et surtout les possibilités de vous implanter, et avec quel statut !

Ne négligez aucun détail : questionnez un maximum de monde (professionnels du secteur, professionnels d'autres secteurs, voisins, clients potentiels, prospects).

  • Renseignez- vous auprès des chambres consulaires, des centres de gestion agréés, de votre Fédération de référence, des organismes bancaires, des comptables ! Faites des salons professionnels.
  • Recoupez les infos, les résultats, les statistiques.
  • Enquêtez, faites des sondages partout sur votre secteur concerné.

Mieux vaut parfois être celle qui se pose les bonnes questions, que celle qui croit déjà connaître les réponses !

Chaque chose à sa place, vous y compris !

Faut-il le redire : ne partez jamais sur des certitudes avant même de vous être renseignée ! Rien de pire que la suffisance, le mépris, le narcissisme, l'orgueil et la prétention face aux dures réalités de la vie ! Ne jouez pas les précieuses ridicules ! Pour peu qu'il soit pourvu d'intelligence, chaque être humain a toujours l'impression qu'il en a plus que les autres, vu que c'est avec ça qu'il juge !

Malheureusement, cela peut conduire à de sérieuses et coûteuses déconvenues !
Car au-delà de l'envie, il faut aussi parfois être capable de renoncer. Et c'est quelquefois la décision la plus intelligente qui soit !

J'en veux pour preuve cet exemple : vous êtes persuadée d'avoir trouvé l'emplacement idéal, vous en êtes convaincue ! Vous signez avec le propriétaire, puis vous vous engagez financièrement auprès d'une banque, vous réalisez de coûteux travaux, et une fois votre ouverture faite, vous constatez une semaine plus tard que votre rue est désormais fermée, en travaux pour dix huit mois !

Eh oui, vous aviez oublié de demander aux services techniques de la ville si des travaux étaient prévus dans le quartier ! Au final, un an et demi minimum sans clients, et les charges qui tombent ! Bye, bye les rêves, bonjour le dépôt de bilan ! La preuve qu'il faut rester lucide et curieuse en toutes circonstances, afin de prévenir au mieux tous les aléas.

Pour ce qui est donc de votre installation, en ces temps difficiles, ne vous rajoutez pas une difficulté supplémentaire ! Privilégiez les emplacements visibles, faciles d'accès, de plain pied et au voisinage serein ! Renseignez-vous au préalable sur le quartier, sur son développement à venir. Faites connaissance, imprégnez-vous du lieu. Faites valider la pertinence de ce choix par votre entourage.

Admettons donc que vous avez bien tout préparé en amont : une fois votre emplacement et votre zone de chalandise déterminés, il vous faut mettre en place vos tableaux de bord avec votre comptable afin de dresser le prévisionnel. Et dans celui-ci, il va falloir ne pas négliger l'importance du nécessaire, que dis-je, de l'indispensable fonds de roulement !

Le fonds de roulement, ça roule !

C'est un poste souvent négligé à tort. Gérer, c'est prévoir ! On s'imagine bien trop facilement qu'on a le plus grand talent, le meilleur concept, et que la clientèle va affluer directement, là tout de suite vu toute la famille qu'on connait, les amies, les voisines, les belles promesses des unes et des autres, etc., etc. ! Il n'en est rien dans 99 % des cas ! La clientèle ne vient pas à vous, c'est à vous d'aller la chercher !

Vous avez un savoir-faire, il va falloir le faire savoir ! Alors, qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie qu'il va falloir trouver rapidement des fonds pour tenir, le temps de la montée en puissance de la société ! C'est ce qu'on appelle le fonds de roulement. C'est en quelque sorte l'argent en réserve qui va être l'oxygène salvateur présent le temps de se constituer un fichier clientes suffisant pour pouvoir enfin en vivre !

Mieux vaut le prévoir à l'avance, car ne comptez pas sur les banques pour vous le financer ! Il faudra donc entrer dans votre prévisionnel une réserve d'argent propre à tenir un, deux ou trois ans, suivant votre estimation. À ne pas confondre avec votre capital social si vous êtes en
société !

4 - DU RÊVE À LA RÉALITÉ,
UN RÉVEIL DOULOUREUX ?

«On considère le chef d'entreprise comme un homme à abattre, ou une vache à traire. Peu voient en lui le cheval qui tire le char.» Winston Churchill.

Vous n'avez pas renoncé, vous voilà désormais patronne ! Après tout, le seul moyen de savoir de quoi vous êtes réellement capable, c'est bel et bien d'essayer ! Pour autant, ce doit être un choix voulu et non imposé !

Trop d'esthéticiennes se lancent dans un choix par défaut, n'ayant pas trouvé d'emploi et ne voulant pas renoncer à leur passion. C'est là que ça devient alors particulièrement dangereux, car c'est souvent reculer pour mieux sauter avec à la clef une perte financière conséquente !

Monter sa boîte ne s'improvise pas, il n'y a pas de place pour l'à peu près et l'amateurisme. C'est un travail de tous les instants. Et oublier les privilèges de salariée est une nécessité absolue sous peine de déprime totale ! Dont acte...

Chef d'entreprise, un métier aux multiples facettes...

Il faut bien vous mettre ça en tête : vous ne pouvez être esthéticienne à votre compte sans être nécessairement aussi chef d'entreprise ! Alors, admettons que votre étude de marché soit bonne, cohérente et satisfaisante, qu'elle laisse place à une lueur d'espoir, que vous soyez parfaitement motivée, que votre business plan réponde aux attentes du banquier tout autant qu'aux vôtres, reste désormais à prendre en compte quelques données essentielles à terme car il vous faudra aussi :

  • gérer la pression au quotidien,
  • choisir le bon statut d'entreprise,
  • trouver le financement,
  • trouver le bon emplacement au meilleur prix,
  • assurer le suivi de chantier,
  • maîtriser les coûts,
  • recruter (si nécessaire),
  • vous préparer à manager une équipe ou à vous manager si vous êtes seule,
  • faire et comprendre votre comptabilité, savoir lire votre bilan, connaître vos chiffres,
  • dresser vos tableaux de bord,
  • maîtriser le marketing et la communication,
  • prospecter,
  • assurer l'accueil et la vente,
  • fidéliser votre clientèle,
  • marquer votre différence.

Si vous n'avez pas la maîtrise de tous ces postes, il vous faudra payer des professionnels pour pallier vos déficiences, et cela fragilisera un peu plus votre entreprise !

Avouez que tout cela est enrichissant sur le plan personnel car c'est au final la meilleure école d'apprentissage qu'il vous soit donné de fréquenter ! Et croyez-moi, si vous n'étiez guère motivée à l'école et chez votre patronne en apprentissage, là vous n'avez d'autres choix que de montrer le meilleur de vous-même sous peine de ne faire qu'un feu de paille de votre petite entreprise !

Et puis si on ose ici une métaphore, prenez un pilote d'avion. Croyez-vous qu'il se contente de tenir le manche sans connaître par coeur tous les tableaux de bord qui s'affichent devant lui ? Vous devez avoir ce même seuil d'exigence !

Le temps, c'est de l'argent, mais l'argent n'est pas le moteur de l'esthétique !

Il faut le dire haut et fort : si vous rêvez de faire fortune, ce n'est guère dans cette profession que vous y parviendrez ! Certes, il existe des esthéticiennes ça et là qui gagnent encore confortablement leur vie, mais elles sont en minorité ! Le contexte actuel fait que la profession dans son ensemble est en très grande souffrance. Que ce soit financière, humaine, intellectuelle, elle va mal !

L'argent ne sera donc pas votre moteur de réussite, et si tant est que vous pensiez le contraire, vous risquez de très vite déchanter ! Si c'est votre passion, vous en prendrez votre parti, pour peu que vous ayez les moyens de l'assumer.

Ainsi, pour la survie de votre société, mieux vaudra, dans un premier temps pour vous, vous sacrifier financièrement parlant, en prévoyant dans votre prévisionnel de business plan un salaire modéré, que de fragiliser d'entrée vos comptes !

La naissance d'une entreprise, c'est comme la naissance d'un bébé : quelle mère irait subtiliser le biberon de son bébé histoire de se gaver, au risque de le voir mourir ensuite de faim ? C'est la même chose pour une entreprise !

Combien de fois a-t-on pu voir ces nouveaux «boss» bombant le torse ou la poitrine, s'offrir une belle voiture de fonction, un beau salaire, se faire de belles cartes de visite estampillées «P-D.G.» ou «Gérant» puis... mettre la clef sous la porte quatre matins après ? Souvent, trop souvent ! Alors, soyez vigilante ! Prudence est mère de sureté !

Une carte au menu, un menu à la carte ?

Il vous faudra avant toute chose concilier savoir-faire et seuil de rentabilité ! Il ne faut pas vous lancer sans un minimum de réflexion quant à la pertinence des choix proposés. C'est ainsi que vous devrez offrir à votre clientèle une carte en parfaite cohérence avec votre savoir-faire d'une part, mais encore avec votre seuil de rentabilité d'autre part !

Difficile en effet de proposer des soins à perte, sous couvert de vouloir répondre à la demande ambiante du «toujours plus bas» lié à la crise ! N'oubliez pas que travailler à perte, c'est creuser votre tombe ! Il faut savoir parfois arbitrer des choix douloureux, mais nécessaires quant à la pérennité de votre entreprise !

Ne cédez pas non plus systématiquement aux effets de mode. La mode par nature est ce qui se démode le plus rapidement ! Vous lancer dans un achat coûteux de matériel pour le voir ensuite obsolète six mois plus tard, alors que vous avez un emprunt sur 36 mois, c'est vous mettre d'emblée en difficulté !

Réfléchissez donc en amont à la pertinence de tel ou tel investissement au travers d'une simple question : «Combien ça me rapporte pour combien ça me coûte ?». En matière de bonne gestion commerciale, on n'investit un euro que si on a la certitude que ça peut vous en rapporter 3 ! Un peu comme votre banquier en somme...

Hygiène et professionnalisme : le savoir-faire et le faire savoir !

S'il est une chose d'importance à ce jour dans un métier de plus en plus dévalué, c'est bel et bien d'afficher un savoir-faire et une hygiène sans faille ! Ne cédez pas à la tentation de rogner sur ces deux points sous prétexte de quelques économies, si d'aventure vous étiez en difficulté ! C'est dévastateur en terme de publicité ! Privilégiez plutôt des économies ça et là sur des postes accessoires.

Mieux vaut, par exemple, passer sur une qualité inférieure pour les chaussons jetables ou sur les slips jetables, mettre l'éclairage en basse consommation ou encore renégocier les tarifs Pages Jaunes, le loyer, les charges bancaires, les frais comptables...

Rien de pire que certains scénarios catastrophes vus ça et là, comme vouloir faire l'économie des draps jetables en laissant un drap coton sur la table de massage toute la journée, ou encore de ne pas changer l'eau de la balnéothérapie du matin au soir, ou de redonner des tongs à plusieurs personnes de suite dans la journée !

Avouez que les conséquences tant d'hygiène que d'image peuvent être fâcheuses ! À l'heure du tout et n'importe quoi, cette profession vire parfois au grand bazar et se discrédite chaque jour davantage.

Offrez donc d'entrée la vision cohérente d'un professionnalisme sans faille, et faîtes-le savoir via les réseaux sociaux, le bouche à oreille, la publicité, et surtout via les meilleurs ambassadeurs à votre disposition : vos clientes ! Alors, comment vous démarquer ?

Très simple : remplissez la balnéo devant elles par exemple, remettez-leur à leur arrivée un peignoir sous sachet, dépliez un drap jetable devant elles sur la table, lavez-vous les mains avant chaque soin (ça devrait être une évidence !), fournissez-leur des chaussons et slips jetables à usage unique. Ce sont autant de preuves et de signaux forts envoyés à vos clientes !

Le facteur chance ne sonne pas toujours deux fois

À l'heure d'une crise sans précédent qui se veut plurielle, il est un point sur lequel vous ne pouvez influer, celui du facteur chance ! Que vous soyez bonne gestionnaire, bonne professionnelle, bien située, à la pointe des innovations du métier, avec une hygiène rigoureuse et un sens commercial aigü, ne vous met pas à l'abri de la grande faucheuse qui sème la panique au sein des entrepreneurs de ce pays !

La règle en la circonstance est qu'il n'y a pas réellement de règles !
Bien entendu, avec un postulat de départ positif, vous aurez de meilleures dispositions pour vous en sortir, mais à cet instant ce ne sont pas forcément toujours les meilleurs qui s'en sortent. Parfois ce sont seulement ceux qui ont le plus de moyens à disposition !

L'écrémage n'offre pas la certitude d'une équité et d'une justice. Assurez-vous donc d'avoir fait votre maximum pour avancer en toutes circonstances sans nourrir de regret. Ne considérez jamais comme acquis le fait que vous puissiez être la meilleure, car souvent c'est à ce moment qu'on baisse sa garde et qu'on oublie de se remettre en question, ce que ne fera jamais un challenger toujours en quête de franchir l'ultime marche qui va le mener au «sommet» !

Face à un scénario qui n'est pas écrit d'avance, comme on a pu le voir dans les différents points évoqués ci-dessus, c'est à vous de jouer, d'abattre vos meilleurs cartes, et de faire en sorte que cette partie vous soit favorable !

CONCLUSION : S'INSTALLER À TOUT PRIX,
BONNE OU MAUVAISE IDÉE ?

Le scénario n'est jamais écrit d'avance, pire, il n'est pas immuable ! Il est donc difficile de prévoir ce qu'il adviendra de telle ou telle installation. Ce que l'on sait par contre, c'est que si il y a beaucoup d'appelées, il y aura au final peu d'élues ! Et les élues d'aujourd'hui seront peut-être les perdantes de demain ! Le turn-over est légion dans cette profession, et s'il n'est pas quantifié statistiquement, il n'en est pas moins de visu alarmant.

Malheureusement pour toutes celles qui vont perdre la partie, c'est un drame humain qui va bien au-delà d'une simple faillite financière, car cela remet singulièrement en cause la passion qui les anime ! Et cela, ça n'a pas de prix !

Alors, faut-il s'installer à tout prix ? Sûrement pas sans en avoir mesuré toutes les conséquences ! Ce n'est pas un choix à prendre à la légère !

On aimerait voir des organismes de contrôle valider en amont le bien-fondé des installations à l'instar de ce qui se pratique avec les pharmacies ou les taxis.

Ne nous berçons pas d'illusions, le chemin qui mène à la sagesse de cette profession reste encore bien trop long et tortueux ! «Les illusions tombent l'une après l'autre comme l'écorce d'un fruit, et le fruit c'est l'expérience, sa saveur est amère.» Gérard de Nerval.

Eric Marquand, Amanöa Spa Beauté,
43 av. Jean Jaurès, 89000 Auxerre. Tél. 03 86 46 89 67.
www.amanoa.fr E-mail : strespa@orange.fr

Cliché Olly Fotolia.

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