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N°728 Septembre 2019

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Esthéticiennes, chef d'entreprise

Par Chantal Desjardins
N°647 Avril 2012
Le secteur esthétique et bien-être connaît un développement incroyable. Qui se cache derrière ces ouvertures ? Qui sont ces femmes, jeunes ou moins jeunes ? Qu’est-ce qui les motive, les pousse, les fait tenir ?

Le secteur esthétique et bien-être connaît un développement incroyable. 18 000 instituts ? 2 000 spas ? On ne sait pas vraiment mais beaucoup et de plus en plus ! Malgré l'absence de chiffres récents précis, il reste que les créations explosent et que les instituts et les spas poussent comme des champignons.


Qui se cache derrière ces chiffres ? De l'humain, des femmes pour la plupart ! Qui sont-elles ces femmes, jeunes ou moins jeunes, issues de la filière classique ou reconverties, seules ou en duo qui, en ces temps de grisaille et d'incertitudes économiques, de réticences bancaires, décident un jour d'entreprendre et de se lancer dans ce parcours de la combattante pour réaliser leur rêve.

Equatoria (anciennement Comptoir du Spa) marque qui est née et grandit avec, pour et par les spas, en a séduit un certain nombre et vous propose une galerie de portraits au travers de l'interview de trois de ces aventurières modernes qui racontent leurssatisfactions et leurs difficultés sur le parcours qui va du projet à l'ouverture. Les mêmes questions ont été posées à chacune d'elles.

  • Comment l'idée vous est-elle venue de vous installer à votre compte ?
  • Quel a été le déclic pour vous lancer dans l'aventure de la création d'entreprise ?
  • Les étapes les plus difficiles ?
  • Comment les surmonter, les traverser ?
  • Combien de temps entre la décision et l'aboutissement du projet ?
  • Avez-vous eu besoin d'être épaulée ? Par qui ?
  • Qu'avez-vous trouvé de grisant ? Vos meilleurs moments avant ?
  • Et le choix de la marque, pourquoi ?
  • Quid de la période d'ouverture de J - 5 au jour J ?
  • Émotions, craintes, joies ?
  • Le plus important pour réussir l'ouverture ?
  • Un premier bilan ?
  • Comment voyez-vous l'avenir ?

PARTONS D'ABORD DANS LE NORD DE LA FRANCE À LA RENCONTRE DE LAURE

Laure del Giglio, 32 ans, est seul maître à bord du navire amiral Aqualora à Charleville-Mézières.

La capitale des Ardennes peut se féliciter désormais d'abriter un des plus grands spas indépendants de France ! Avec ses 880 m² consacrés à la détente et au bien-être, Laure a vu les choses en grand pour répondre à toutes les demandes de relaxation et de remise en forme.

Le nom «Aqualora» marque la large place donnée aux soins d'eau :
aquagym et aquabiking, pratiqués dans la superbe piscine de 8,50 m de long sur 5,5 m de large, mais aussi jacuzzi, hammam, sauna, balnéo, douche à affusion.

Côté détente, on trouve un grand espace tisanerie, plusieurs cabines de soins, dont une cabine duo, bénéficiant chacune d'une décoration personnalisée imaginée par Laure, passionnée de déco.

Le vaste espace d'accueil avec ses tons taupe affiche la couleur de la douceur, de l'ambiance très cocooning de ce temple du bien-être.

La disposition des cabines, dispersées en cercle autour de l'immense espace central où trône le bassin, permet une circulation fluide et une confidentialité des pôles de soins.

Les travaux et l'administratif, c'est dur, ça démotive !

Depuis le 15 octobre 2011, le rêve de Laure est ainsi devenu une réalité avec son offre spa complète, pour le plus grand bonheur des Carolomacériens qui se sont précipités chez Aqualora dès le premier jour d'ouverture !

Quatre esthéticiennes sélectionnées après un véritable casting d'une trentaine de professionnelles dispensent les 13 rituels de la carte Equatoria.

Comment m'est venue l'idée d'entreprendre ?

C'est une bonne question !
En fait, j'ai toujours voulu être à mon compte. J'ai choisi l'esthétique
pour ça ! Je crois que c'est génétique, c'est de famille ! Chez nous, on a tous, toujours besoin de créer, de gérer. C'est comme ça !

Pour passer à l'acte,

plus qu'un déclic, il y a eu une occasion. La société où je travaillais allait fermer, c'était le moment de me lancer, d'autant que j'avais les encouragements appuyés et concrets de mon père pour me pousser à le faire !

Il y a eu deux étapes particulièrement difficiles

  • La première a été la construction. Je suis partie d'un terrain vide pour faire sortir un bâtiment de terre. J'ai assuré la gestion du chantier, de toutes les réunions de chantier. Mettre en oeuvre toutes les idées que l'on a en tête en tenant compte des contraintes de tout ordre, ce n'est vraiment pas simple ! J'ai tout choisi de A à Z, tout créé sans architecte, sans consultant. Bien sûr, toujours avec l'avis de mon père, mais s'il connaît le bâtiment il ne connaît pas l'esthétique. Nous avons beaucoup «négocié» !
  • La deuxième a été le recrutement et le choix de l'équipe. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais cela me stressait énormément !

Pour surmonter les moments difficiles,

Il faut être préparée et faire preuve de patience. Beaucoup de préparation et beaucoup de patience. Il faut accepter de discuter, négocier, expliquer, répéter, s'assurer qu'on a été comprise.
Il faut être claire, avoir un cahier des charges hyper complet et hyper
précis.

De la décision à l'ouverture ? Trois ans !

Une petite année pour la construction mais en amont deux ans de réflexion, de préparation, de recherches, de collecte d'informations, de validations.

J'ai bien sûr eu besoin d'être épaulée !

L'appui majeur, c'est mon père qui est mon associé, solide et fiable, dans le bâtiment depuis toujours, essentiel dans la phase amont et réalisation. Il faut avoir affaire à des professionnels de confiance, capables de répondre vite. On doit pouvoir compter sur eux ! J'ai fait appel aux entreprises locales, les entrepreneurs se sont impliqués et ont pris les choses à coeur.
Quant à mon conjoint, il me soutient aussi beaucoup. Nous avons fait une longue préparation psychologique ! Ça change son quotidien ; il fait plus de choses qu'avant à la maison et s'occupe plus de notre fils.
Il est bien !

Ce que j'ai vraiment aimé,

C'était d'élaborer les choses, discuter, négocier avec les intervenants pour donner forme à mes idées, trouver les compromis avec les réalités techniques sans dénaturer mes envies. J'aime bien !

Et puis j'ai adoré faire la déco ! Quand on en arrive là, «c'est trop bien» !
J'ai fait les choses à mon goût !
J'ai bien aimé aussi la formation faite avant l'ouverture, pour que l'on soit toutes opérationnelles dès l'ouverture. «On tournait une page, on entrait dans les soins, ça devenait concret, ça devenait vivant».

Quant à la marque, c'est un choix important !

Elle participe à notre identité. Depuis le départ, je cherchais «ma» marque. J'ai rencontré la dirigeante d'Equatoria. Dès que j'ai senti les odeurs des produits, j'ai craqué ! C'est vraiment une marque particulière et originale !

Et son dernier massage aux coquillages chauds est bien !

Avant l'ouverture, ma première grande crainte

Ma première grande crainte était que personne ne vienne. Ensuite, s'il y avait du monde, je craignais que ce soit difficile de recevoir le
public, de leur expliquer ce qu'on faisait. Je croyais que ça allait être dur !
Mon grand stress était que la technique me lâche, que la piscine ne chauffe pas et de ne pas arriver à gérer.
Le plus simple, le meilleur, c'est l'ouverture. Dès qu'on a ouvert «ça a été facile, agréable, fluide !» Tout fonctionnait et les gens étaient là ! En fait, ils nous attendaient !

Le bouche-à-oreille à hyper bien marché, les retours sont bons, le site est très bien visité, le compte facebook marche fort, le planning se remplit.
Ce qui marche le mieux pour l'instant, c'est l'aquabike ; ça attire vraiment le monde ! Je respire, je suis confortée dans mes choix !

Pour réussir son projet, c'est important d'avoir un bel endroit et
du bon matériel,

Mais le plus important c'est une bonne équipe, qui ait envie de travailler avec vous et qui soit bien formée ! L'humain doit être là, sinon c'est une coquille vide !

À ce jour, Laure est une femme heureuse qui envisage l'avenir avec confiance.

Elle prépare dans une excitation sereine, en sacrifiant encore soirées et week-ends, l'inauguration officielle de son spa.

PARTONS MAINTENANT À QUELQUE 80 KM DE PARIS, POUR ÉCHANGER AVEC SOLENNE !

Solenne François, 27 ans, s'est installée en Île-de-France.

C'est dans le centre-ville de Meaux, coquette sous-préfecture de la Seine-et-Marne, lieu de nombreuses manifestations artistiques, que cette jeune femme, réfléchie et passionnée, a choisi de se consacrer à l'art du bien-être et d'ouvrir son institut spa.

So Spa, avec son nom qui joue avec le terme so (tellement) et le diminutif de son prénom, est un spa urbain qui veut offrir aux Meldois et aux Meldoises un espace d'évasion ou faire un voyage immobile, ou s'offrir une parenthèse de rêve parce que, dit-elle, «Faire rêver, c'est important !».

Il s'agit d'une création complète. Dans un ancien salon de coiffure, elle a tout cassé, tout redessiné, tout réagencé pour créer un lieu de détente apaisant et raffiné qu'elle avait en tête. 90 m² : une surface à taille humaine et à la mesure de ses moyens.

Il faut faire avec ses moyens mais attention fausses économies.

Un grège sombre rehaussé, égayé par des touches de vert anis, constitue le cadre chromatique à la réalisation des rituels du monde
inscrits à la carte. Ils peuvent être enrichis d'une séance dans un coquet hammam privatif et se terminent tous par un massage ethnique aux huiles odorantes.

Solenne a dédié le budget et le temps de formation nécessaires à l'acquisition de ces savoir-faire spécifiques.

Son projet, elle l'a porté longtemps ! Cet institut spa, c'est son bébé !

C'est selon ses propres mots «l'engagement de toute sa vie, son projet de vie !»

Elle y a mis tout son coeur et toute son âme ! Tout est fait et choisi avec attention ! Rien de tape-à-l'oeil, pas de faux exotisme mais un lieu chic et zen. Le soin apporté à chaque détail se retrouve jusqu'au pliage des serviettes, qui, entre ses mains devenues habiles comme celles des Balinaises, se présentent comme des sculptures en éponge !

M'installer à mon compte ? C'est ce que j'ai toujours voulu faire.

Dès le début de mes études, c'était mon but ! Au cours de mes stages en instituts, je trouvais qu'il manquait toujours quelque chose. J'étais plus intéressée par la détente, le bien-être, le corps, que par l'esthétique classique.
Je pouvais faire ce que je voulais ! C'était la seule option pour être maître de soi et proposer des choses qui correspondent à ma personnalité et à mon ressenti !

C'est l'occasion, vécue comme une opportunité

qui m'a incitée à me lancer.
Après l'obtention de mon BP, j'ai été embauchée par l'institut où j'avais fait mon stage. Au bout de deux mois, l'institut ne tournait pas très bien et j'ai fait l'objet d'un licenciement économique. J'ai positivé et me suis dit «Ça tombe bien, c'est maintenant ! Je vais
pouvoir prendre le temps de monter mon dossier et me lancer !».

Le plus difficile a d'abord été de trouver un local :

le bon endroit, la bonne surface avec la possibilité de faire les travaux et les agencements que je voulais.
Ensuite, il a fallu trouver les personnes de confiance, qui vous comprennent, et surtout passer outre celles qui vous découragent, vous mettent le doute ou la pression.

C'est le cas avec les banques notamment ; plus encore quand on a un homme comme interlocuteur !
Dans cette aventure, c'était important d'être soutenue, au moins par mes proches, des personnes qui me connaissaient et qui croyaient en moi ! Au final, il reste peu de monde !

Ma famille m'a apporté une aide financière mais en restant loin du projet.
Mon grand soutien, ce fut mon «amoureux» toujours présent pour échanger, pour me soutenir, pour m'aider concrètement mais aussi et surtout psychologiquement !

À la première période «creuse», quand le doute arrive c'est essentiel d'avoir quelqu'un qui porte un regard extérieur, qui relativise, replace les choses dans un contexte plus objectif.

J'ai apprécié aussi le soutien des commerçants qui me connaissent. Ce sont eux qui m'ont donné les bons tuyaux, les bons contacts et qui aujourd'hui encore relaient ma communication !

J'ai également trouvé un appui appréciable auprès de AFILE 77, association d'aide à la création, à l'accompagnement et au financement d'entreprises qui a retenu mon dossier, m'a accordé un prêt d'honneur, à taux zéro, et permis de bénéficier, avec l'ACCRE, d'une exonération de charges pendant un an ! C'est important d'être bien renseignée, souvent on ne nous dit rien sur les aides possibles !

 

Entre la décision de me lancer et l'ouverture, il s'est passé longtemps.

J'ai résisté à tous ceux qui me poussaient à aller vite. Je me suis dit : «Ça va être toute ma vie, après je vais être absorbée, je ne vais pas m'arrêter avant longtemps», alors je me suis reposée, je me suis posée. Ça m'a permis de mûrir mon projet, de me poser toutes les questions, de me conforter !

Par-delà les problèmes divers rencontrés,

ce qui reste grisant, c'est de voir le projet se réaliser petit à petit. C'est chaque étape aboutie ! C'est merveilleux de pouvoir dire «Ça y est» ! On a signé le bail, cassé les murs, repeint, les meubles sont arrivés, les produits ont été livrés, on a ouvert, les clients sont là !»

Pour choisir ma marque j'avais vraiment envie du côté voyage.

De faire «partir les gens» ! Je voulais d'une marque de produits qui fassent rêver par les noms, les senteurs, qui soient inscrits dans des rituels autour du monde. Peu de marques offrent ça ! Au final de mes recherches, il en restait deux et j'ai choisi Equatoria. J'ai trouvé des produits qui véhiculent ce que je veux faire passer : porteurs d'évasion, simples et raffinés, 100 % naturels, beaux, qualitatifs... Du rêve en ville !

À quelques jours de l'ouverture, j'avais des peurs :

Peur de ne pas être prête, de ne pas être dans les temps, qu'il y ait un problème technique, peur qu'il n'y ait personne... Une de mes craintes s'est vérifiée, puisque la ventilation ne fonctionnait pas et que j'ai dû changer le générateur de vapeur à la dernière minute (obsolète, pas adapté, déficient !).

Mais la bonne surprise, le soulagement, c'est que, dès le premier jour, il y avait du monde ; des gens qui attendaient l'ouverture, qui suivaient l'évolution des travaux pour être là le jour J ! Bizarrement, le plus simple et le meilleur, c'est une fois qu'on s'est lancée,
que ça tourne, qu'on fait son travail et puis la reconnaissance des clientes qui viennent et reviennent.

Pour mener à bien son projet jusqu'à l'ouverture,

il faut être prête dans sa tête, se préparer et se faire confiance. Il faut écouter mais pas trop, ne pas se laisser influencer, se laisser décourager. Il faut savoir mesurer les conseils, faire le tri.
Il faut se méfier tout le temps des travaux. On répond souvent «Oui, on peut» à vos demandes mais derrière, c'est de la bricole ou ce n'est pas sérieux ! Il faut faire avec ses moyens mais faire attention aux fausses économies !

Au bout de quelques mois d'existence, si je dois faire un premier
bilan, je suis contente et fière d'avoir créé ma société,

d'avoir réalisé ce que j'avais en tête. Je n'ai pas fait quelque chose d'extraordinaire mais quelque chose qui est sorti de ma tête, selon mes convictions pour m'épanouir. Je suis bien ! Chaque matin, j'arrive avec la pêche, j'avance sans me poser trop de questions. Je suis plutôt confiante en l'avenir mais reste un peu en retenue. Je serais vraiment heureuse quand ça tournera un peu plus, quand je pourrai me verser un salaire et je serai vraiment rassurée quand j'aurai franchi le fameux cap des trois ans d'existence.

LA DERNIÈRE ENTREPRENEUSE NOUS ENTRAÎNE AU BORD DE L'ATLANTIQUE

C'est là que se trouve le «phare du bout du monde», à La Rochelle, préfecture de Charente-Maritime. C'est en périphérie de la ville qu'Adeline Blain, 26 ans, jeune femme dynamique, propose, depuis peu, un grand bol d'air aux Rochelais et aux Rochelaises, un lieu où s'oxygéner le corps et la tête, grâce à son centre de bien-être, O2spa.

160 m² qui laissent une belle surface aux soins d'eau : sauna, hammam, jacuzzi, voisins d'un bel et sobre espace repos, d'une tisanerie et de cabines de soins dont une double. Un lieu spacieux à la décoration «style city» aux tons de gris rehaussé de touches blanches et noires : un parti pris créatif payant puisque le lieu séduit aussi la population masculine.

C'est le compagnon d'Adeline, architecte d'intérieur, qui s'est occupé, avec elle, de cet aspect du projet. Adeline est «au taquet», motivée à bloc. Motivée à bloc, c'est son leitmotiv. Au cours de l'entretien, l'expression est revenue une bonne dizaine de fois dans la bouche de cette jeune femme passionnée et impatiente !

Motivée et patiente, pourtant, il a fallu qu'elle le soit pour aller au bout de son projet !

Si j'ai voulu m'installer à mon compte,

C'est sans doute parce que mes parents sont patrons ! Je suis née dans ce milieu, avec les valeurs qui vont avec. Leur exemple et leur réussite sont pour beaucoup dans mon choix. Mes expériences vécues comme salariée se sont moyennement passées. Je ne voulais plus recevoir d'ordres et faire des choses auxquelles je n'adhérais pas. Je suis trop passionnée par mon métier pour le faire sans conviction, d'une façon qui ne me convient pas. Je veux faire les choses à mon idée !

Pour passer à l'acte, c'est l'occasion qui a fait déclic.


Chez ma dernière patronne, les affaires ne marchaient pas trop bien, elle envisageait un licenciement économique ; alors je me suis dit «C'est LE moment».

En plus, mon ami m'a beaucoup poussée ; il disait que c'était le plein boom du spa et qu'il fallait y aller maintenant !

Les étapes difficiles ? Presque toutes. En fait rien n'a été vraiment facile.

La recherche du local d'abord, car ils sont rares et la demande est importante sur La Rochelle. J'ai commencé à chercher pendant que
j'étais encore en poste. Il a fallu monter le dossier pour la banque. J'étais sur le projet à chaque instant, les samedis, le soir après ma journée de travail, parfois la nuit. Trouver le local et le financement, ça n'a pas été simple, mais le plus dur ça a été les travaux et l'administratif.

Mon établissement a un étage et avec les nouvelles lois qui arrivent pour l'accueil des handicapés, j'ai dû installer un ascenseur. Le dossier administratif avec la mairie a été long, une vraie galère ! Le chantier a dû être arrêté pendant deux mois pour attendre les autorisations nécessaires qui tardaient.

Vraiment les travaux et l'administratif, c'est dur ! Ça démotive ! On se demande souvent comment y arriver si on nous met autant de bâtons dans les roues, on craque parfois !

  • Alors pour tenir le choc, il faut avoir du soutien. Pour moi c'est la famille, les amis et mon ami. Sans soutien on ne tient pas !
  • Entre ma décision et l'ouverture, ça a été très long. De septembre à mars, j'ai cherché : le local, les finances, les fournisseurs et, de mars à septembre, ça a été les travaux. Tout le monde me dit que c'est court et rapide comparé à la plupart, mais moi j'ai trouvé ça long !
  • Le moment grisant, c'est l'aboutissement, c'est la concrétisation, le plus personnel du projet. Le moment agréable, c'est l'aménagement et la déco surtout faite avec mon ami : une réalisation à deux.
  • Quant au choix des marques, j'en voulais deux ; une plus esthétique et une spéciale corps ! J'ai choisi la marque Equatoria pour ses rituels, l'invitation au voyage qu'ils contenaient et pour les senteurs.
    Pour les débuts, j'ai pris trois de leurs rituels et je ne le regrette pas.
    Lorsque j'ai fait sentir les odeurs aux clientes, ça a marché ! J'ai aussi aimé leur formation ; on s'y sent appuyée, à l'écoute.
    J'avais choisi ma 2ème marque. Quand «ils» ont vu mon centre, ils m'ont proposé d'être leur centre pilote pour la région Ouest. J'étais d'accord pour le partenariat, à condition de pouvoir conserver ma marque rituels
    et corps. OK, accepté ; tout avait l'air simple. Après la signature du contrat, tout a changé. Tout devait être choisi et validé par eux, de la plaquette au mobilier. Je ne pouvais plus rien dire. Je n'étais plus maîtresse chez moi, alors j'ai dit «J'arrête tout !». Mais j'avais signé. Bien que la signature soit toute récente, que rien n'ait encore été engagé, à part la première livraison de produits, ils ont refusé. J'ai dû prendre un avocat. Ils ont finalement accepté la rupture moyennant plusieurs milliers d'euros : une somme substantielle à mon niveau.

J'ai résisté à tous ceux qui me poussaient à aller vite.

À quelques jours de l'ouverture,

J'avais plein d'angoisses ; je cumulais les soucis. Trois semaines avant l'ouverture je n'avais pas d'électricité et je ne savais donc pas si mes appareils marchaient !

EDF avait perdu mon dossier. C'était le mois d'août, tout le monde était en vacances ! J'ai eu deux mois et demi de retard pour la réalisation et l'installation de mon enseigne ! À J-5, les peintures n'étaient pas finies ; il restait plein de petits travaux à terminer, je me disais que je ne pourrais jamais ouvrir le jour prévu !

Finalement, le jour d'ouverture, c'était la fête du Grand Pavois, la grande fête rochelaise ! J'avais préparé un grand truc et j'ai eu peu de monde. Forcément, j'ai été déçue. Mais le monde est venu après.

Et ça c'est le plaisir. Recevoir les clients, leur faire bon accueil, leur faire partager ma passion du métier, les sentir, les entendre apprécier, c'est simple mais c'est ce qui me booste !

Au final pour réussir mon projet et aller à son terme, je devais
être motivée,

vraiment motivée, hyper motivée ! Sans la motivation, je n'y serais pas arrivée. Avec toutes les difficultés, les bâtons dans les roues, les retards, la confiance mal placée... Il faut vraiment être à bloc, aimer son métier et avoir le soutien de ses proches. Il ne faut pas lâcher, être à fond tous les jours. Ah, aussi garder un peu de sous pour communiquer. Moi, j'ai tout mis dans les travaux, je n'avais plus de budget pour l'ouverture ! Mais ensuite, j'ai pu faire ma première publicité !

Pour l'avenir, les débuts sont encourageants mais c'est long !

Il faut du temps pour se faire connaître ! Ça va quand même ! Les premiers retours sont très bons. La clientèle est ravie. Les gens aiment la déco, le professionnalisme, l'accueil. Je commence à avoir mes premiers clients fidèles qui viennent régulièrement. Beaucoup d'hommes... Ils disent se sentir bien dans cet univers pas trop féminin, qui les accepte.

Une opportunité de développement puisque nous ne sommes que deux établissements à les accueillir à La Rochelle ! J'ai des projets et des contacts pour développer des partenariats avec des sociétés locales, alors j'y crois. Je reste motivée à bloc !

*
Elles ont ouvert, une autre aventure commence, et elles y croient ! Elles ont raison car «L'avenir est à celles qui ne sont pas désabusées». «À coeur vaillant rien n'est, dit-on, impossible !».

 

SYNTHÈSE

Les projets, leur taille, leur lieu diffèrent mais les histoires se ressemblent ! La vie de l'entrepreneuse n'est pas un long fleuve tranquille !
Pour arriver à bon port, une feuille de route se dessine articulée autour de cinq items : Passion, Préparation, Patience, Persévérance, Partage (d'expériences et des soucis). On peut passer à sept et ajouter Précautions et Préservation !

La première condition sine qua non c'est d'être habitée par son projet, un projet de vie, un bébé professionnel qu'il va falloir porter avec joie et lourdeurs, mais vécu comme une sorte d'évidence avec l'envie profonde et déterminée de faire son chemin, à soi, à sa façon.

Être salariée semble trop réducteur : réducteur de personnalité, d'ambitions, de passion. Si l'exemple ou le «gêne» familial semble un plus, il n'est pas indispensable !

En revanche, une personnalité affirmée, une vision personnelle et claire de son métier, et l'amour de ce métier sont des pré-requis essentiels. Les nouvelles entrantes ne sont pas satisfaites des modèles existants, à l'ancienne, et veulent faire évoluer les contours et le savoir-être du métier, être actrices du changement. Elles ont raison puisque c'est souvent les difficultés, voire les cessations d'activité qui leur servent de tremplin ! Le malheur des unes faisant le bonheur des autres !

Encore faut-il y voir une opportunité et la saisir ! Ne pas passer à côté du «bon moment», de la «bonne occasion» de se jeter à l'eau.
La confiance en soi est essentielle pour pouvoir à la fois consulter et écouter les avis et conseils utiles, sans se laisser décourager ou détourner de son projet par les oiseaux de mauvais augure, les jaloux, les craintifs.

Persévérance, voire ténacité, sont indispensables pour tenir le cap malgré les embûches et les retards incontournables.
Plus que la recherche et collecte de fonds auprès des banquiers et assimilés, pourtant pas simples, le point noir, l'étape difficile reste pour toutes «les travaux» ; pas la poussière ou le bruit mais la question de la confiance, de la qualité des prestations fournies, les fausses promesses, les matériels inadéquats, les délais non tenus...

Cela pose la question plus globale des différents acteurs et partenaires. Pour le meilleur ou pour le pire. De l'associé déterminant, à l'association d'aide facilitatrice, au prestataire indélicat, des entrepreneurs ou commerçants solidaires, jusqu'au partenaire qui devient ennemi, tout est possible. À défaut de méfiance paranoïaque, la vigilance, la précision et la lecture et rédaction des écrits sont indispensables.

Par-delà les aides matérielles et professionnelles nécessaires et importantes, il est vital d'avoir le soutien d'un proche, en particulier celui de l'homme de sa vie qui est forcément concerné et impacté par cette réalisation. Il faut être passionnée et impliquée pour accepter les efforts et les conséquences de ce qui est un choix de vie, en termes financiers (pas de salaire souvent pendant un certain temps) et en termes de disponibilités (horaires à rallonges, peu de week-ends et de vacances).

Attention toutefois, les entrepreneurs qui ont réussi conseillent vivement de veiller à conserver un minimum de vie privée, amoureuse ou familiale ou sociale, et un minimum de repos pour se ressourcer, ne pas se laisser engloutir, perdre ses forces et le recul nécessaires, garder le moral et sa belle énergie !

 

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