Comprendre la biologie cutanée pour mieux choisir ses soins : entretien avec Cyrille Laurent
La compréhension scientifique du vieillissement cutané progresse-t-elle ?
Oui, mais, paradoxalement, cette recherche reste encore trop éloignée de la cosmétique. Pendant longtemps, les travaux se sont surtout attachés à décrire le vieillissement : ce qui change à 30 ans, à 40 ans, à 50 et à 60 ans. En revanche, on s’est beaucoup moins intéressé à la compréhension des mécanismes biologiques qui l’expliquent. Aujourd’hui, la compréhension des processus cellulaires permet de développer des soins réellement plus performants.
Vous définissez souvent la peau comme bien plus qu’un simple support esthétique. Pourquoi ?
Parce que la peau est l’un des organes les plus complexes de notre corps. Pour moi, la peau est d’abord un organe immunitaire majeur. Elle protège l’organisme, régule les échanges, contrôle les micro-organismes qui vivent à sa surface et participe en permanence à notre équilibre biologique. Elle joue également un rôle essentiel dans la thermorégulation et surtout dans la prévention de la déshydratation. Enfin, la peau entretient un dialogue permanent avec le système nerveux. Tous deux partagent une origine embryonnaire commune, ce qui explique les liens très étroits entre réactions cutanées, émotions et stress. Certaines poussées d’eczéma ou de sensibilité illustrent parfaitement cette interaction. Pour moi, réduire la peau à un simple support esthétique revient à ignorer une grande partie de sa biologie.
Le biomimétisme est devenu très présent en cosmétique. Que recouvre réellement cette notion ?
Le biomimétisme n’est pas un concept nouveau. L’idée consiste à s’inspirer du vivant pour reproduire certains de ses mécanismes biologiques. Le problème est que le terme est aujourd’hui largement galvaudé. Certaines marques observent qu’un actif stimule une voie biologique lors d’un test in vitro et parlent aussitôt de biomimétisme. Pour moi, cela relève davantage du marketing que de la biologie. Le véritable biomimétisme consiste à s’inspirer du vivant et à reproduire par mimétisme des mécanismes naturels de la peau. L’objectif n’est pas d’utiliser des ingrédients artificiels, mais à reproduire au plus près ceux que la peau fabrique naturellement, en respectant leurs proportions et leurs équilibres. Si la nature les a ainsi conçus, ce n’est pas un hasard.
Comment appliquez-vous cette approche ?
Lorsque j’ai développé ma propre marque, je suis parti de cette idée : repartir de la biologie plutôt que d’une simple liste d’ingrédients. Prenons l’exemple des facteurs naturels d’hydratation (NMF). La peau ne produit pas un seul humectant, mais un ensemble de molécules (acides aminés, minéraux, urée, acide lactique…) présentes dans des proportions très précises. Mon objectif n’était pas d’ajouter un ingrédient isolé, mais de reproduire cet équilibre biologique. La même logique s’applique aux céramides.
On dit souvent qu’il suffit d’en incorporer dans une formule pour réparer la barrière cutanée. Or, les publications scientifiques montrent que les céramides n’agissent correctement que lorsqu’ils sont associés au cholestérol et aux acides gras (ils forment une espèce de «colle» entre les cellules) dans des ratios bien définis. Si cet équilibre est rompu, leur efficacité diminue, voire disparaît. En biologie, rien n’est laissé au hasard. Si un mécanisme existe, c’est pour une raison.
Les notions de réparation, de régénération ou de renouvellement cellulaire sont omniprésentes. Comment les expliquer simplement ?
- Le renouvellement cellulaire correspond au processus naturel par lequel les cellules de l’épiderme se renouvellent en permanence grâce aux cellules souches situées dans la couche basale (couche entre la base du derme et de l’épiderme, où naissent les nouvelles cellules de la peau). C’est un phénomène continu qui ralentit progressivement avec l’âge.
- La régénération cellulaire correspond à la capacité d’un tissu à retrouver totalement son état d’origine après une agression. Une petite coupure qui disparaît sans laisser de trace illustre ce phénomène. C’est revenir à l’état initial.