De maquilleuse à cofondatrice de DLA : le parcours de Déborah Azria
Entre mariages, télévision, célébrités internationales et accompagnement des femmes du quotidien, elle a su développer une vision singulière de son métier, fondée sur l’écoute, l’authenticité et l’exigence.
Une vocation née très tôt
Bien avant d’en faire son métier, Déborah éprouve du plaisir à embellir les autres. Adolescente, ses parents lui imposent un cadre strict, donc elle trouve une manière bien à elle de participer aux sorties de ses amies.
«Je maquillais et coiffais ma meilleure amie avant qu’elle sorte. Pour moi, c’était le meilleur moment de la soirée.»
Son intérêt naît sur le regard porté sur les autres. Très jeune, elle développe cette capacité à percevoir immédiatement le potentiel d’un visage, à imaginer comment le mettre en valeur grâce à une coiffure ou à un maquillage adapté.
Une intuition qui, avec le recul, apparaît comme le premier signe d’une vocation.
Son parcours avant le maquillage
Il y a vingt-cinq ans, les métiers de la beauté ne bénéficient pas encore de la reconnaissance qu’ils connaissent aujourd’hui. Si le maquillage reste une passion, Déborah ne l’envisage pas encore comme une carrière.
Elle s’oriente vers des études de sciences humaines, avec l’idée de devenir psychologue. Déjà, un fil conducteur se dessine, elle veut aider les autres à se sentir mieux dans leur peau.
Le déclic intervient lors de son mémoire universitaire. Le sujet ? Les lieux de sociabilisation. Déborah choisit un salon de coiffure.
«Je me sentais mieux dans le salon de coiffure qu’à la faculté. C’est là que j’ai compris que ma place était ailleurs.»
Elle décide alors de se réorienter et obtient un CAP Esthétique en un an chez Catherine Sertin. Une première étape importante mais qui ne répond pas totalement à ses attentes (manque de cours de maquillage). Pour approfondir sa spécialisation, elle travaille afin de financer sa formation à L’Atelier Maquillage, à Paris, où elle acquiert les bases qui feront d’elle une professionnelle reconnue.
Les premières expériences : apprendre sur le terrain
Alors qu’elle est encore étudiante, une rencontre déterminante change le cours de son parcours. Grâce à une connaissance familiale, elle rejoint Biguine Make-Up, enseigne créée par Laurence Alphandary, celle qui deviendra plus tard son associée.
Les week-ends, elle anime des stands dans les grands magasins et maquille une clientèle variée. Une expérience fondatrice.
«À l’école, on travaille entre élèves ou avec des modèles. Là, je maquillais des femmes de tous âges, de tous styles, avec des attentes différentes. J’ai énormément appris.»
Laurence la repère pour son potentiel et va rapidement lui confier davantage de responsabilités, jusqu’à assurer elle-même des formations pour la marque.
Après deux années enrichissantes, l’envie d’explorer d’autres univers la pousse vers l’indépendance. Soutenue par Laurence, elle développe progressivement son activité de freelance.
Entre mariages, télévision et célébrités
Pendant plusieurs années, Déborah construit sa carrière. À une époque où les réseaux sociaux n’existent pas encore, la notoriété se crée essentiellement grâce au bouche-à-oreille et à la qualité du travail accompli.
Elle multiplie donc les expériences et les mariages deviennent rapidement l’une de ses spécialités.
«J’ai toujours aimé maquiller les femmes du quotidien. Bien sûr, travailler avec des célébrités fait rêver, mais j’ai toujours eu un attachement particulier pour les «vraies» femmes.»
Parallèlement, elle intègre progressivement l’univers de la télévision. D’abord sur des chaînes du câble, puis sur France 2, avant de collaborer avec des artistes et des maisons de production (Universal Music).
«Je jonglais entre mariages, télé, shooting, people, clips de musique, c’était génial de voir l’envers du décor et d’y participer.»
L’un des moments les plus marquants de sa carrière reste sa collaboration avec Selena Gomez. Maquillage pour un concert parisien, tournages, campagnes publicitaires en Europe : une expérience aussi prestigieuse qu’enrichissante.
Au-delà du rêve, cette collaboration lui apporte surtout une véritable légitimité professionnelle.
«Cela m’a donné confiance en moi. Comme beaucoup de femmes, j’ai longtemps souffert du syndrome de l’imposteur.»
Sa signature : révéler plutôt que transformer
S’il fallait résumer l’approche de Déborah Azria en une phrase : révéler la beauté sans jamais masquer la personnalité.
Son style repose sur un principe simple, le maquillage doit rester au service de la femme et non l’inverse.
«Je préfère qu’on dise à quelqu’un : “Tu es belle” plutôt que “Tu es bien maquillée”.»
Cette philosophie se traduit par un travail minutieux du teint, devenu sa véritable signature. Des textures légères, lumineuses, imperceptibles, capables d’apporter éclat sans effet de matière.
Une approche qui explique naturellement son expertise reconnue aujourd’hui auprès des peaux matures.
Pour elle, il existe un lien évident entre maquillage de mariées et maquillage de femmes de plus de quarante ans : la recherche de lumière, de naturel et de subtilité.
Instagram : un tournant inattendu
Comme beaucoup de maquilleuses de sa génération, Déborah aborde Instagram avec prudence. À ses débuts, elle utilise le réseau comme une simple vitrine de son travail et obtient 10 000 abonnés.
Le véritable tournant intervient pendant la pandémie.
Privée de ses activités habituelles, elle décide de publier son premier tuto vidéo. Un exercice loin d’être évident pour celle qui se décrit comme discrète et réservée. Pour la première fois, Déborah, à 40 ans, apparaît face caméra, sans maquillage, devant plusieurs milliers de personnes.
«Faut oser ! Je me suis dit : ça ne va pas être évident cette histoire !» dit-elle en riant.
Les retours sont immédiats et extrêmement positifs. Sa bienveillance, sa pédagogie, sa douceur et son authenticité séduisent une communauté grandissante. Elle continue cette ascension en postant des looks, en faisant des lives et des concours.
Puis, en 2023, elle décide d’aborder un sujet encore peu traité dans l’univers du maquillage : les besoins spécifiques des femmes de plus de quarante ans.
Le succès est fulgurant. En un an, sa communauté gagne plus de 170 000 abonnées !
Créer du contenu à partir des besoins réels
Si les contenus consacrés aux peaux matures ont rencontré un réel succès, c’est aussi parce qu’ils s’inscrivent dans une démarche authentique. Déborah ne suit pas de stratégie de post figée, son inspiration naît de son quotidien, de sa créativité et des échanges avec sa communauté.
«Mes abonnées me demandent régulièrement «Comment choisir mon fond de teint ?», «Comment appliquer mon anti-cernes ?», etc. Ces demandes participent à la création de contenus.»
Déborah observe les tendances, suit des maquilleurs du monde entier et s’intéresse aux évolutions du secteur. Mais, sans reproduire ce qui existe déjà, elle cherche toujours à y apporter son regard et son expertise. Ses idées émergent aussi bien des questions qu’on lui pose, que des problématiques rencontrées lors de ses coachings ou de situations vécues sur le terrain. Cette source d’inspiration lui permet de proposer des contenus à la fois utiles, accessibles et ancrés dans les préoccupations réelles des femmes.
DLA : une marque née du terrain
L’idée de créer sa propre marque accompagne Déborah depuis longtemps. Mais c’est sa rencontre professionnelle avec Laurence et le développement de sa communauté qui rendent le projet possible.
Les deux femmes partagent une vision complémentaire : d’un côté l’expertise produit et industrielle de Laurence, de l’autre l’expérience terrain et la proximité quotidienne avec les clientes de Déborah.
Le point de départ de DLA s’impose naturellement : les pinceaux.
Depuis des années, lors de ses cours d’auto-maquillage, Déborah constate les mêmes difficultés chez ses clientes. Souvent, les produits sont corrects mais les accessoires sont inadaptés.
«Durant les cours, je tenais à travailler avec les produits que mes clientes possédaient déjà. Je ne voulais pas qu’elles repartent avec une liste d’achats interminable. Mais il y avait toujours UNE chose qui n’allait pas dans presque toutes les trousses : les pinceaux étaient soit absents, soit inadaptés ou de mauvaise qualité.»
Elle imagine alors une gamme de pinceaux professionnels, intuitive et accessible, pensée pour les femmes plutôt que pour les seuls professionnels.
Chaque détail est réfléchi : qualité des fibres, ergonomie, format adapté aux sacs à main et même indication de l’usage directement sur le manche.
«Les pinceaux sont le prolongement de la main du maquilleur. C’était le produit le plus logique pour commencer.»
Deux années de développement et de nombreux prototypes (sept, voire huit) seront nécessaires avant le lancement officiel.
«Nos expertises avec Laurence sont complémentaires car je savais ce que les femmes attendaient et ce qui leur manquait, et Laurence, grâce à son expertise de trente ans dans l’univers de la beauté, en tant que créatrice de marque, maîtrise parfaitement le développement produit, les tendances du marché et le réseau de fournisseurs.»
Une vision guidée par l’exigence
Aujourd’hui, DLA poursuit son développement avec une philosophie assumée : privilégier la qualité à la quantité.
Après le succès de ses pinceaux et de ses premiers produits de maquillage (le bronzer «Sun in the City» et le mascara «Marguerite»), la marque continue d’évoluer au gré des envies et des coups de cœur de ses fondatrices.
Aucun calendrier marketing imposé, aucune course aux lancements, Déborah et Laurence souhaitent garder un côté artisanal et créer à l’instinct et l’envie.
«Si je trouve mieux ailleurs, je ne vois pas l’intérêt de sortir un produit.»
Cette exigence, associée à un dialogue permanent avec ses followers, constitue selon Déborah la véritable force de DLA.
«Pour sortir un produit et savoir s’il est bon, c’est qu’il a trouvé sa place dans ma trousse et que c’est devenu un indispensable.»
Le maquillage comme outil de mieux-être
Au fil de son parcours, une constante demeure : la volonté d’aider les femmes à se sentir mieux.
À travers ses prestations, ses formations, ses contenus Instagram ou les produits qu’elle développe, Déborah poursuit le même objectif qu’à ses débuts.
Pour elle, le maquillage ne relève pas de la superficialité mais du soin de soi.
«S’occuper de soi, dix minutes le matin, peut changer la façon dont on va vivre sa journée.»
Les témoignages qu’elle reçoit quotidiennement de femmes en reconstruction après une maladie, un burn-out ou une période difficile, renforcent cette conviction.
«Quand je reçois des messages d’abonnées qui me disent «Grâce à vous j’ai repris confiance en moi, je me maquille mieux, je me trouve plus jolie…», cela m’émeut et conforte mon choix de carrière.»
Son conseil aux futurs MUA : ne jamais se laisser décourager
Si elle devait transmettre un message à celles qui rêvent aujourd’hui de devenir make-up artist, ce serait celui de la persévérance. Sans réseau et sans contact dans le milieu artistique, elle a construit sa carrière grâce à sa passion, son investissement et sa volonté constante de progresser.
«Rien ne résiste au travail. Soyez passionnée et donnez le meilleur de vous-même.»
Pour Déborah, les métiers esthétiques et artistiques méritent autant de respect et d’encouragement que n’importe quelle autre profession.
Son parcours en est la preuve : des premiers maquillages réalisés dans son immeuble, à la création de sa propre marque, en passant par les plateaux de télévision et les collaborations internationales, chaque étape a été franchie avec patience, travail et authenticité.
«Maquiller Selena Gomez ou collaborer avec des marques comme By Terry et Lancôme, je ne l’aurais jamais imaginé, et pourtant ces opportunités se sont présentées. Mon conseil est simple : écoutez-vous, faites-vous confiance et donnez-vous les moyens de vos ambitions. J’ai travaillé, économisé et multiplié les petits emplois pour financer mes formations. Rien n’arrive facilement, mais la passion et la persévérance finissent toujours par payer. Quand quelqu’un dit qu’il veut devenir dentiste, personne ne lui répond qu’il y en a déjà trop ; pour le métier de MUA, cela devrait être exactement la même chose.»
Ce parcours inspirant rappelle que le talent s’épanouit lorsqu’il est porté par une véritable mission : révéler la beauté, mais surtout la confiance en soi.