Esthéticienne : comment accompagner vos clientes en préménopause ?
bou. La ménopause, qui survient généralement entre 45 et 55 ans, est bien souvent une période de la vie des femmes plutôt subie que pleinement accueillie. Avant qu’elle ne s’installe pleinement, on parle de pré ou péri ménopause. C’est l’étape qui précède la ménopause. Et elle commence dès trente cinq ans chez certaines femmes.
Des signes proches de ceux de la ménopause…
Ses symptômes sont, pour certains, semblables à ceux de la ménopause. «Le signe numéro un, c’est le changement des règles» précise Héloïse Caillaux, docteur en pharmacie et co-fondatrice de Ginama. On observe également des cycles qui raccourcissent ou s’allongent, et des règles plus abondantes ou plus espacées.
«Ensuite, beaucoup rapportent des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes, un sommeil plus fragile avec une fatigue inhabituelle, une humeur plus fluctuante avec irritabilité ou anxiété, une baisse de libido, une sécheresse intime ou un inconfort pendant les rapports. Certaines décrivent aussi une prise de poids plus facile, une sensation de “métabolisme qui ralentit”, une peau plus sèche, ou des douleurs articulaires plus présentes» ajoute l’experte.
Ces signes sont la conséquence d’une irrégularité de la sécrétion de progestérone et d’œstrogènes, avant toute modification franche des cycles menstruels.
…et pas toujours identifiés par vos clientes
La préménopause demeure une phase floue, encore peu reconnue tant par les femmes que par les professionnels.
«Les signes qui lui sont propres sont parfois invisibles, variables, et ressemblent à des choses “classiques” de la vie adulte : stress, charge mentale, manque de sommeil. Et comme la périménopause est encore peu identifiée, on entend facilement “c’est normal” sans aller plus loin. Or “c’est fréquent” ne veut pas dire “il faut subir”. Quand ça impacte la qualité de vie, cela mérite une vraie prise en charge» souligne Héloïse Caillaux.
Comme le précise Lionel Breton, docteur spécialisé en microbiologie cutanée et intestinale, co-fondateur de Telostim :
La préménopause est souvent invisible médicalement car les dosages hormonaux standards restent dans les normes. Les fluctuations sont intermittentes, non captées par une prise de sang isolée, alors que les symptômes fonctionnels (fatigue, douleur articulaire, peau, humeur) sont déjà présents.
Des femmes sereines… ou pas à l’approche de la ménopause
Quotidiennement en contact avec des femmes de tous âges dans son institut de beauté, Rayon de Soleil, Aline Frambourt remarque qu’à la périménopause, ses clientes agissent de deux façons :
- soit elles se sentent perdues, ne savent plus quoi utiliser comme produits, vivent un vrai chamboulement en matière de bien-être,
- soit elles sentent l’ouverture d’un nouveau cycle, d’un renouveau.
«Tout dépend aussi de l’état émotionnel de la personne. Par exemple, certaines femmes sont attristées à l’idée de ne pas avoir pu enfanter. Ça va se ressentir sur le plan émotionnel et énergétique, mais aussi sur le physique avec un impact sur la peau» précise l’esthéticienne.
Déséquilibre du microbiote intestinal : une conséquence souvent ignorée de la périménopause
La périménopause amène son lot de symptômes. Mais certains sont silencieux. En effet, à cette période, le microbiote intestinal connaît un véritable déséquilibre.
Une partie du microbiote intestinal, appelée estrobolome, joue un rôle clé dans le métabolisme des œstrogènes.
Certaines bactéries intestinales permettent en effet de recycler une partie des œstrogènes éliminés par le foie, influençant ainsi le niveau d’œstrogènes actifs dans l’organisme. Lorsque cet estrobolome est équilibré, il contribue au bon équilibre hormonal et soutient de nombreuses fonctions : santé cutanée, métabolique, osseuse et immunitaire.
«En revanche, un déséquilibre du microbiote peut perturber ce mécanisme, augmenter la perméabilité intestinale, réduire la production de composés anti-inflammatoires et favoriser une inflammation chronique de bas grade. Ces perturbations sont aujourd’hui décrites comme impliquées dans la physiologie de la préménopause et de la ménopause, avec des répercussions visibles sur la peau et le bien-être général. La modulation du microbiote par l’alimentation, certains polyphénols et des probiotiques ciblés, apparaît ainsi comme un levier encore sous-estimé dans l’accompagnement de cette période de transition hormonale» explique Lionel Breton.
Une qualité de peau altérée lors de la préménopause
Il convient de noter que cette dysbiose au niveau intestinal a un impact direct sur la peau.
En effet, une dysbiose intestinale :
- favorise l’inflammation systémique,
- modifie l’immunité cutanée
- et influence directement l’équilibre du microbiote cutané,
- contribue à une perméabilité cutanée accrue «leaky skin» augmentant le risque d’irritations, d’imperfections et de dermatoses.
«Ce désordre cutané inflammatoire influence négativement l’homogénéité du teint et favorise l’apparition de rougeurs, provoque une sensibilité neurogénique accrue et indirectement un renouvellement et une cicatrisation plus lente. Enfin par des mécanismes plus complexes, il accélère également la dégradation du collagène et de l’élastine, favorisant ainsi le relâchement cutané» ajoute le spécialiste.
Carine Mudry, fondatrice de la marque Ekia, explique que le premier signe cutané pouvant indiquer la pré-ménopause est la sécheresse.
«Parce qu’en période de transition ménopausique, c’est la progestérone qui chute en premier, bien avant les œstrogènes, explique-t-elle. Le corps entre alors dans une phase d’hyper-œstrogénie relative, avec peu de symptômes typiques de la ménopause. La chute du taux de progestérone se traduit très concrètement par une peau plus sèche, plus inconfortable, parfois sans autre signe visible au départ. Elle peut s’accompagner de plus de sensibilité, voire de maladies de peau naissantes, car le film hydrolipidique se dégrade et joue moins bien sa fonction barrière.»