Les hommes reviennent de plus en plus en institut

Lorsque j’ai ouvert mon premier institut en 2004, je voyais passer un ou deux hommes par mois, rarement plus. Ils arrivaient sur la pointe des pieds, presque honteux d’être là, Ils demandaient surtout à ne pas croiser d’autres clientes. À l’époque, le bien-être masculin était un territoire presque clandestin.

Quand j’ai fermé mon dernier institut en 2018, ils étaient un à quatre hommes par jour. Pas par hasard. Ce n’était plus le même homme. Ce n’était plus le même monde. Et surtout : ce n’était plus le même regard qu’ils portaient sur eux-mêmes.

Cette évolution n’est pas anecdotique : les hommes ont, eux aussi, été broyés par les injonctions de performance, par l’hyperproductivité, par un modèle viril qui les a coupés de leur propre corps. Et ils ont commencé à chercher ailleurs un espace pour respirer. Ils l’ont trouvé chez nous.

Les hommes en institut : des années de retenue

Pendant des décennies, on a appris aux hommes à vivre dans une rationalité froide, dans une posture droite mais rigide. Ce conditionnement a créé une génération d’hommes déconnectés : du toucher, de leurs émotions, des signaux internes de leur système nerveux.

Pourtant, les hommes sont comme nous, les femmes et les neurosciences confirment que leur besoin de régulation émotionnelle est aussi fort que celui des femmes.

Quand les premiers hommes sont venus se faire masser dans mon institut, je sentais dans leurs tissus cette tension ancrée de longue date. Le soin devenait alors un acte presque éducatif : il fallait leur montrer comment habiter leur corps, comment redescendre de cette armure devenue permanente.

L'instut : un lieu de détente autant pour la femme que pour l'homme

C’est peut-être cela qui a tout changé. Les hommes ont réalisé que l’institut était l’un des rares lieux où ils pouvaient déposer le masque. Pas besoin de prouver, de performer, d’être à la hauteur. Dans nos cabines, il n’y a pas de compétition, pas d’évaluation, pas de hiérarchie implicite. Il n’y a que la présence, le geste, le souffle.

Le toucher non sexualisé - quasiment absent dans la vie des hommes et dans notre société malheureusement - agit comme un régulateur puissant. Les neurosciences affectives montrent que ce toucher calme, répétitif, structuré, active l’ocytocine et diminue l’activité de l’amygdale. Autrement dit : il diminue le niveau de danger, la sensation de menace permanente. Et cela, pour beaucoup d’hommes, est une expérience totalement nouvelle.

Je me souviens de certains d’entre eux qui, après un massage, ne parlaient pas. Ils restaient assis, silencieux, comme décontenancés. Ils disaient : «Je ne savais pas que ça faisait ça».

Refuser les hommes : une perte énorme pour l’institut… et souvent une peur mal placée

Pendant des années, j’ai vu trop d’esthéticiennes refuser les hommes par crainte des gestes déplacés et par appréhension de ne pas savoir comment se positionner. Elles se coupaient d’une clientèle entière, persuadées que “ça n’en valait pas la peine”.