Cosmétique française : export, réglementation, concurrence… les enjeux clés de la filière
C’est dans ce cadre que s’est tenue, le 3 février, à Bercy, la sixième réunion du Comité de filière cosmétique.
Organisée par le pôle de compétitivité Cosmetic Valley et la Fédération des Entreprises de la Beauté (FEBEA), cette rencontre a rassemblé une trentaine de dirigeants représentatifs de l’ensemble de la chaîne de valeur de la filière (ingrédients, production, emballage, marques…), couvrant toutes les entreprises du secteur des PME aux grands groupes.
Un secteur stratégique pour l’économie française
Ce Comité de filière a confirmé le rôle stratégique que joue l’industrie cosmétique pour l’économie française. Avec près de 300 000 emplois directs et indirects, elle constitue un des piliers industriels majeurs de la France, contribuant à la souveraineté productive, à l’investissement dans les territoires et au rayonnement international du savoir-faire de notre pays.
De fait, malgré un environnement international défavorable, l’industrie cosmétique demeure un atout essentiel pour notre balance commerciale. En 2024, elle a dégagé un excédent commercial de 17 milliards d’euros. Si ses exportations sont aujourd’hui fortement affectées par la hausse des droits de douane américains - induisant une perte estimée à environ 500 millions d’euros sur le marché US en 2025 -, la filière n’en continue pas moins d’innover, d’investir et de créer des emplois qualifiés sur l’ensemble du territoire.
Des défis économiques, commerciaux et réglementaires structurants
Au cours de la discussion, les représentants de la filière ont évoqué leurs préoccupations suscitées par des perspectives économiques devenues incertaines en raison de l’exacerbation des tensions commerciales internationales générées, notamment, par la hausse brutale des droits de douane américains et le renforcement de la concurrence internationale, singulièrement celle de la Corée.
Dans ce cadre, la diversification des marchés d’exportation de la cosmétique est un objectif essentiel. La signature de l’accord commercial avec l’Inde, incluant une baisse annoncée des droits de douane, constitue à cet égard une évolution positive.
La profession a également appelé à un renforcement du partenariat public-privé à l’export afin de préserver le leadership mondial de la filière. La mise en place d’un comité de filière spécifiquement dédié à l’export permettra d’en définir les contours.
Les marques cosmétiques étant en outre fragilisées par le développement de la contrefaçon en ligne (commande sur les plateformes Internet, paiement dématérialisé, acheminement par colis) et, de manière encore plus dissimulée, par le phénomène des «dupes» qui inondent le marché européen via des acteurs souvent établis dans des pays tiers.
Sur le plan européen, l’inflation normative constitue, évidemment, un frein croissant à la compétitivité et à l’innovation. De ce point de vue, le projet Omnibus VI, actuellement en discussion à Bruxelles, prévoit des évolutions très attendues par la filière. Il s’inscrit dans une approche pragmatique et concrète de simplifications susceptibles de permettre un gain de compétitivité estimé à près de 2 milliards d’euros pour l’industrie cosmétique française.
À l’inverse, certains textes européens font peser, sans fondement, des risques majeurs sur les entreprises françaises, en particulier la directive sur les eaux urbaines résiduaires, dont le coût pour les industries cosmétique et pharmaceutique, étonnamment seules visées, est évalué entre 513 et 633 millions d’euros par an, soit un niveau quatre à cinq fois supérieur aux estimations initiales de la Commission européenne.
Le nouveau règlement sur les emballages (PPWR) suscite également de fortes inquiétudes. La perspective d’une standardisation excessive des formats pourrait nuire à la liberté créative, à la valeur des marques et à la compétitivité, notamment des PME. De même, les normes européennes de recyclabilité à venir apparaissent particulièrement contraignantes pour les emballages complexes de la cosmétique, en particulier dans le maquillage, exposant selon une enquête sectorielle 92 % des entreprises à des problèmes de conformité.
C’est pourquoi la filière a sollicité l’appui du ministre afin que l’industrie cosmétique soit reconnue comme le quinzième écosystème industriel stratégique européen.
La filière appelle à un soutien plus visible et à une protection renforcée de la part des décideurs français et européens.
Des avancées concrètes et des engagements durables
Les discussions ont également permis de valoriser les nombreuses avancées collectives de la filière en matière d’innovation environnementale, de qualité et de sécurité de la production Made in France, mettant en lumière le travail engagé sur les pratiques industrielles, le dialogue renforcé et constructif avec la DGCCRF, une compréhension mutuelle améliorée des enjeux et l’application des Bonnes Pratiques de Fabrication dans l’ensemble du secteur.
Pour répondre à un contexte économique plus exigeant, les entreprises cosmétiques réaffirment leur volonté de leadership en matière de cosmétique durable, notamment à travers des initiatives structurantes pour la gestion de l’eau (Water4Cosmetics), de préservation de la biodiversité, de structuration de filières responsables et d’accompagnement des PME. La structuration de la filière des plantes à parfum, aromatiques et médicinales, avec le lancement de l’interprofession Plantes Actives, vise précisément à valoriser les ingrédients naturels, les savoir-faire agricoles et l’ancrage territorial de la cosmétique française.
Plus largement, la filière s’inscrit dans une trajectoire de transformation visant à assurer sa régénération dans un monde en mutation, en combinant investissement dans la recherche et l’innovation, modernisation de l’outil industriel, anticipation des besoins en compétences et développement de solutions durables pour l’emploi.