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SPASEPTEMBRE2008

La place des esthéticiennes dans les spas d’hôtels

Pour réussir dans la gestion des spas d’hôtels, les esthéticiennes bénéficient d’un atout majeur par rapport aux autres professionnels qui interviennent dans ces structures : leur formation leur a donné une polyvalence incomparable. Il serait cependant illusoire de ne compter que sur elles. Des efforts importants sont à fournir en management, en gestion et en langues.

Jean-Pierre Demeerlaere - Directeur du DJP Spa Consulting

Jean-Pierre Demeerlaere

 

Directeur du DJP Spa Consulting, Jean-Pierre Demeerlaere, qui animait la table ronde a fort bien cerné la problématique qui touche les esthéticiennes qui veulent se lancer dans la gestion d’un spa hôtelier. Il a mis en évidence le rôle des esthéticiennes dans les spas, un rôle qu’il a qualifié d’«extrêmement important à ses yeux». De même, il a rendu un hommage appuyé aux directeurs d’hôtels qui «depuis 10 à 15 ans, ont permis aux esthéticiennes de trouver du travail» dans ces nouvelles structures. «Je me souviens d’une époque où il n’était pas évident de trouver un poste d’esthéticienne dans un institut classique. Aujourd’hui, vous avez la possibilité de travailler dans les spas d’hôtels qui se sont multipliés de façon incroyable.» Il a notamment cité l’exemple de la chaîne hôtelière des Relais Châteaux qui a créé 150 spas au cours de ces dernières années. «Imaginez le fort potentiel que représentent 150 spas avec un minimum de trois personnes par spa. Et que dire si nous ne nous limitons pas aux frontières de notre pays, puisque le développement des spas est un phénomène mondial. La question se posera alors de savoir si l’on souhaite s’expatrier. C’est un choix mais «la mobilité constitue aujourd’hui une des clés de la réussite» a expliqué Jean- Pierre Demeerlaere.

 

LE SPA MANAGER, INTERFACE ENTRE LES ESTHÉTICIENNES ET LA DIRECTION DE L’HÔTEL

Le recrutement d’un spa-manager est une question qu’Eric Boonftoppel, directeur de l’Hôtel Fouquet’s Barrière, un établissement prestigieux situé sur les Champs Elysées à Paris, connaît bien. Comment a-t-il abordé cette question ? Réponse de l’intéressé : «La mise en place d’un spa, dans le monde hôtelier, n’est pas tout à fait naturelle. Nous avons donc eu besoin de nous entourer de compétences et d’être certains que le niveau de compétence des esthéticiennes que nous allions recruter était le bon. Pour cela, nous avons fait appel à une spa-manager qui venait du monde de l’esthétique de manière à ce qu’elle puisse, avec nous, verrouiller ce besoin». C’est donc un spa de 750 m2 qui a été ouvert au croisement de la plus belle avenue du monde et de l’avenue Georges V. «L’ensemble de nos points de vente, le spa compris, avec ses huit cabines, doit être à la hauteur. Nous avons conscience, en hôtellerie, qu’il ne faut pas disposer uniquement d’un produit mais aussi homdes hommes et des femmes qui le mettent en oeuvre : c’est la même chose dans l’univers du spa. Nous avons recruté dès le départ une dizaine de personnes pour faire vivre ce lieu afin qu’il ne soit pas uniquement un cocon agréable à regarder, mais aussi un ensemble très intéressant de services.»

Résultat : l’hôtel a recruté en tout premier lieu une spa-manager issue du monde de l’esthétique. Cette personne a été en charge du recrutement de tout le personnel de l’établissement.

C’est elle qui a mis en place tous les protocoles, les liens avec la marque qui est très importante dans le monde hôtelier, et qui s’est attachée à régler les questions logistiques, organisationnelles et de formation. «La spa-manager était l’interface entre l’équipe d’esthéticiennes et la direction de l’hôtel lors de la mise en place du spa» a souligné Eric Boonftoppel.

 

UNE ÉVOLUTION FANTASTIQUE DU MÉTIER D’ESTHÉTICIENNE

Selon Jean-Pierre Demeerlaere, il est remarquable «qu’un établissement prestigieux, haut de gamme, lorsqu’il crée un spa fasse appel à une spa-manager issue de la profession d’esthéticienne et lui donne la responsabilité de recruter. C’est une évolution fantastique du métier d’esthéticienne». Il en a profité pour ajouter «qu’effectivement de plus en plus de spa-managers sont formés et que les écoles font de gros efforts pour créer des modules de formation de spa-managers dont on manque énormément actuellement». Il a cependant insisté sur «l’exigence de qualité et de gens compétents».

S’adressant à Véronique Désarménien Guedj, chargée de recrutement et de formation chez DJP Spa Consulting, il l’a interrogée sur les raisons qui poussent les recruteurs à faire appel à des esthéticiennes qui ont gravi les échelons depuis la base au management et lui a demandé où, selon elle, se situait la place des esthéticiennes dans les hôtels.

Selon Véronique Désarménien, «En matière de recrutement de spa-managers, l’esthéticienne dispose au jourd’hui de la compétence la plus polyvalente, certes pour travailler en cabine, mais aussi pour comprendre les autres esthéticiennes si elles veulent devenir spa-managers. Le côté humain est très important. Il faut garder, occuper, cette place. Cela fait partie des évolutions possibles du métier d’esthéticienne et cela répond à une demande».

Ce à quoi Jean-Pierre Demeerlaere a listé les qualités nécessaires pour devenir spa-manager. «Or, a-t-il souligné, ces compétences, pour la plupart d’entre vous, vous ne les avez pas car vous n’avez pas été formées pour cela. C’est à travers votre évolution au sein d’une entreprise en démontrant vos qualités professionnelles, vos compétences et vos motivations que vous progresserez en remplaçant, par exemple, une spa-manager lors de ses jours de repos. Généralement, on fera appel à l’esthéticienne la plus ancienne ou la plus qualifiée et elle aura alors l’occasion de se faire remarquer, de valoriser ses compétences tant dans son travail que dans ses capacités d’encadrement ; on pourra alors lui proposer un poste d’assistante spamanager qui, tout naturellement, évoluera vers un poste de spa-manager dans un petit spa et ainsi de suite pour aboutir dans un grand spa.»

 

QUELS POINTS FORTS ET QUELLES FAIBLESSES ?

La place des esthéticiennes dans les spas d'hôtels - Stéphan Frankael

 Stephan Frankael

 

Sur les qualités, les points forts et les faiblesses des esthéticiennes dans le développement des spas hôteliers, le témoignage des dirigeants de l’école hôtelière de Lausanne a été fort intéressant mais a démontré que «Le mariage entre l’hôtellerie et le spa n’est pas toujours facile.» Pour Stephan Frankael, «Chacun a son image quand il parle de spa. De grands hôtels parlent de spa alors qu’ils n’ont que des salons de massage et une piscine ou un hammam. La tendance aujourd’hui est de fusionner les anciens salons de beauté installés dans les grands hôtels avec le bienêtre. Dans l’hôtellerie de luxe, la demande du client, c’est le bien-être. Même les hommmes d’affaires veulent profiter de ces structures au sein des hôtels. On a vécu la même évolution avec les spas qu’avec les restaurants des grands hôtels. Il y a quelques années, les restaurants des grands hôtels étaient un mal nécessaire car ils n’étaient pas des centres de profit. Ils le sont devenus. C’est la même chose pour les spas : on veut créer des endroits qui contribuent, non seulement au bien-être du client, mais aussi à celui de l’entreprise… Mais pour cela, on a besoin de gens compétents dans ce domaine. Or, un grand chef de cuisine n’est pas forcément un bon manager. Avec tout le respect que l’on doit à la qualité technique du travail des esthéticiennes, elles ne sont pas forcément de bons managers. L’inverse peut être également vrai. Il est important dans ces établissements d’avoir des gens compétents dans les deux domaines. Des formations complémentaires sont nécessaires. C’est pourquoi nous avons mis en place des modules, non pas pour obtenir un diplôme ou un titre supplémentaire, mais des compétences supplémentaires en finance, en marketing, en gestion en général… Or qu’est-ce qui est intéressant dans le fait d’être un manager, qu’est ce qui fait un grand manager ? C’est avoir de l’endurance, d’être capable de répéter des tâches pour que tout fonctionne correctement, comme une petite entreprise. Et pour cela, il ne faut jamais perdre de vue que l’on doit apprendre tout au long de sa vie que ce soit dans la grande hôtellerie ou dans un petit établissement».

 

FOURNIR UN GROS EFFORT SUR LA GESTION ET LE MANAGEMENT

Selon Jean-Pierre Demeerlaere, si on peut parfois, effectivement, reprocher aux esthéticiennes de ne pas être formées au management, à la gestion, au marketing ou à la comptabilité, c’est donc sur ces domaines qu’elles devront fournir un effort. C’est ainsi que les écoles d’esthétique proposent aujourd’hui des formations de spa-managers. Il a encouragé l’assistance nombreuse à travailler sur ces sujets. «Si, aujourd’hui vous n’avez pas ces connaissances, c’est parce que vous ne les avez pas apprises. Dire que vous ne pouvez pas le faire, c’est jourvous faire offense. Alors c’est à vous de prouver que vous pouvez le faire.

Pour être dans un hôtel de luxe, voire à l’étranger, il vous faudra absolument parler et maîtriser parfaitement l’anglais. Un anglais professionnel certes, mais aussi un anglais courant de qualité. L’anglais n’est pas important dans la formation, mais je vous encourage à vous former par tous les moyens possibles car lors de votre recrutement, la première question que l’on vous posera sera : parlez-vous l’anglais ?»

La place des esthéticiennes dans les spas d'hôtels - Eric Boonftoppel

Eric Boonftoppel

 

«Nous sommes dans une profession qui a 10 années de recul et nous avons tout à apprendre. Ne croyez pas que vous êtes les seules à devoir apprendre, les hôteliers ont, eux aussi, beaucoup à apprendre dans le domaine du spa» a déclaré Jean-Pierre Demeerlaere avant de redonner la parole à  sur cette question. Avec 18 mois de recul, le patron du Fouquet’s Barrière dresse un bilan plutôt positif puisqu’un gros point de vente a été créé. Concernant le recrutement de l’esthéticienne qui a choisi toutes les collaboratrices qui travaillent aujourd’hui dans le spa et mis en place de nombreux protocoles, il a indiqué qu’elle était «partie très rapidement pour de nouvelles aventures car, si elle avait bien sûr la dimension technique que l’on évoque, elle n’avait pas la dimension managériale et une connaissance suffisante de l’anglais pour évoluer dans un hôtel qui accueille maintenant 90 % de clients étrangers. »

 

PAS DE CURSUS PRÉÉTABLI, NI DE VOIE ROYALE

«En fait, il n’y a pas qu’un cursus, qu’une voie royale qui consisterait à être esthéticienne puis à passer responsable des soins et superviser le travail de collègues, et enfin, effectuer le pas de plus pour devenir spa-manager. Pour y parvenir, il faut une dimension supplémentaire d’animation qui ne se traduit pas que par une compétence technique. On parle alors d’autre chose, d’une capacité commerciale, d’une capacité à accueillir des clients, d’une notion globale de management Le directeur d’hôtel que je suis a besoin de s’appuyer sur des gens qui, justement, ont une vision globale et une responsabilité complète de leur point de vente. Et, comme cela a été également souligné, le spa n’est plus un mal nécessaire, quelque chose qu’il faut absolument avoir pour être à la hauteur des attentes de nos clients, mais bel et bien un outil de proposition, un outil de vie qui leur permet, non seulement de passer un agréable moment, mais qui permet également à l’entreprise de gagner de l’argent comme avec un restaurant ou la vente d’une chambre... Dans ce profil là, il est important de s’appuyer sur une véritable organisation avec des gens capables de la prendre en mains» a indiqué Eric Boonftoppel.

 

MISER SUR SA POLYVALENCE

Sur la polyvalence des esthéticiennes qui font d’elles des éléments majeurs du fonctionnement d’un spa aujourd’hui, Jean-Pierre Demeerlaere s’est révélé intarissable. « Une esthéticienne sait faire les mains, les pieds, les épilations, les soins du visage, les soins du corps, les massages, tous les soins d’hydrothérapie… Elles ont appris ces techniques pendant leurs études ou elles ont participé à des stages de formation sanctionnés par des diplômes qui leur reconnaissent des compétences tout à fait valables. Aussi, par rapport à d’autres professions qui officient dans des spas et qui sont très sectorisés, les esthéticiennes savent quasiment tout faire. Pourtant, parmi la multitude de spas qui existent, les spas urbains, les spas dans les hôtels, les destinations spa, l’approche de la clientèle, comme sa demande ne sont pas du tout les mêmes.»

«Cette polyvalence des esthéticiennes fait qu’elles peuvent être opérationnelles huit heures par jour en évitant la pénibilité du métier, la répétition des soins. Car imaginez que vous fassiez des massages huit heures par jour… Ce serait non seulement très pénible, mais la qualité ne serait pas forcément au rendez-vous en fin de journée. Heureusement, la polyvalence des esthéticiennes leur permet d’alterner les soins visage, les soins d’hydrothérapie, les enveloppements ; une alternance qui fera que le métier ne sera ni lassant, ni pénible. Aujourd’hui, je ne vois pas quelle profession est capable de prendre votre place et de faire toutes ces activités dans un spa » a conclu Jean-Pierre Demeerlaere.

 

SE RENOUVELER EN PERMANENCE ET FAIRE ÉVOLUER L’OFFRE

La place des esthéticiennes dans les spas d'hôtels - Brigitte Caron

Brigitte Caron

 

Femme de terrain qui a beaucoup d’expérience des spas, Brigitte Caron se dit parfaitement d’accord sur cette polyvalence qui, aujourd’hui, peut garantir la rentabilité à un employeur exploitant un spa hôtelier. «Elle va vous permettre d’avoir un métier qui ne sera pas routinier et avec lequel vous allez pouvoir apprendre continuellement car dans l’univers du spa, de nouvelles techniques, de nouveaux protocoles, de nouvelles marques apparaissent tous les jours. Vous allez être sollicitées, notamment dans les spas hôteliers qui ont besoin d’être à la pointe de la tendance car ils évoluent dans un univers concurrentiel très fort. Ils vont avoir besoin de personnels qui se renouvellent en permanence et font évoluer l’offre.» Elle considère la question des formations incontournable. «Vous avez toutes un métier de base avec une bonne connaissance au niveau soins du visage et de l’épilation, peut-être moins au niveau soins du corps, peut-être moins au niveau des massages. Ces formations de spa-praticiens vont vous permettre de compléter votre savoirfaire. Puis vous pourrez alors viser des postes d’assistantes spa-managers dans des structures un peu plus étoffées en termes d’équipes. Cela vous donnera une compétence supplémentaire en matière d’accueil, de vente, de conseil et de management qui vous permettra de devenir spa-manager...» a indiqué Brigitte Caron qui, par ailleurs s’est dite «surprise» que la question de la vente n’ait pas été davantage abordée. «Dans votre métier d’esthéticienne, d’assistante spamanager, voire de spa-manager, vous allez être amenées à vendre, des soins, des produits et c’est d’autant plus difficile en milieu hôtelier car vous serez confrontées à une clientèle de passage qui ne se décidera pas forcément, le premier jour, à acheter un produit que vous lui conseillez. Et cette vente qui est importante pour la rentabilité du spa demande des compétences particulières dans la manière d’aborder le client.» Elle a donc insisté sur cette polyvalence qui doit être très large. De plus, pour un poste de spa-manager, des compétences supplémentaires doivent être acquises ; ce sont des compétences managériales, de gestion, de créativité par rapport à une carte de soins, à de nouveaux protocoles. Tout cela dépendra de la structure dans laquelle le spa sera intégré, s’il s’agit d’un petit hôtel ou d’une grande chaîne hôtelière.»

 

EN CONCURRENCE AVEC LES MANAGERS HÔTELIERS

Or, les écoles sont là pour vous apporter ce panel. C’est aux esthéticiennes de se prendre en mains et de lister ce dont elles ont besoin. A cet égard, la connaissance des langues est importante. Si on prend l’exemple de l’école Elysée-Marbeuf, pour laquelle Brigitte Caron est consultante, trois stades de formation sont proposés concernant le spa : praticiens, assistant et bachelor spa-manager qui s’ouvrent à des personnes qui ne sont pas forcément issues du monde de l’esthétique. «On peut venir d’une filière hôtelière ou d’une filière commerciale et avoir ces compétences. Mais aujourd’hui c’est chez vous que les hôteliers espèrent trouver des spa-managers car ils comptent sur cette polyvalence qui fait votre spécificité.»

C’est ainsi qu’une formation de spa-manager destinée à des personnes qui ne sont pas issues du monde de l’esthétique, mais de celui de l’hôtellerie, a été ouverte à l’école hôtelière de Lausanne. Elle forme à la gestion, la comptabilité, le relationnel, l’accueil… mais pas à l’esthétique. Aussi, d’un côté, les esthéticiennes n’ont pas certaines compétences managériales mais compensent avec des qualités techniques qu’elles sont seules à détenir, et de l’autre côté, l’hôtellerie peut produire d’excellents spa-managers dotés de compétences particulières, mais avec de nombreuses lacunes en esthétique.

C’est pourquoi on estime à l’école de Lausanne que «des zones de convergence doivent pouvoir s’établir entre le monde de l’hôtellerie où le métier n’est pas ciblé sur le monde de la santé, du bien-être et de l’esthétique, et l’univers des spas qui n’est pas forcément centré sur le management, l’accueil et le relationnel.» «Que se passe-t-il ?» interroge Stephan Frankael qui dirige l’école helvétique. «On quitte l’approche métier pour arriver vers une expression plus large en termes de management. Concrètement, en termes de ventes dans un hôtel, les produits annexes participent au chiffre d’affaires à hauteur de 20 %. C’est une industrie qui annonce 12 à 13 % de croissance. Le monde de l’hôtellerie se développe et, pour y parvenir, il essaie de comprendre ce qu’est le monde de l’esthétique. Celui-ci se professionnalise et veut avoir une approche managériale. Un manager peut-il gérer un spa ? Oui car 80 % des problèmes sont des problèmes humains. Les esthéticiennes doivent avoir une très grande écoute de leurs clients comme nous devons le faire dans l’hôtellerie. Il y a un point primordial, c’est l’aspect commercial. Nous raisonnons parfois en termes de prix moyen par jour ; vous pouvez faire de même par rapport aux cabines de traitement. Ces deux métiers se réunissent, et la frontière n’est plus tellement très nette entre ce que font les uns et les autres. Toujours est-il que nous travaillons ensemble dans un but commun qui est la satisfaction du client.»

 

LE MONDE DE L’HÔTELLERIE TRÈS DEMANDEUR

Car effectivement, pour Jean-Pierre Demeerlaere, cet univers est en pleine évolution, en pleine mutation. «Nous allons certainement arriver à quelque chose de très performant grâce au monde de l’hôtellerie qui est demandeur, qui nous aide et ne demande qu’à proposer des postes aux esthéticiennes. J’ai beaucoup entendu parler nos intervenants de vente. Dans les spas d’hôtels, on arrive à faire un chiffre d’affaires de vente de produit de 5 à 10 % supplémentaires à la suite des soins. C’est nettement insuffisant, car pour qu’un spa soit rentable, les ventes doivent représenter au minimum 25 % de son chiffre d’affaires».

La place des esthéticiennes dans les spas d'hôtels - Véronique Désarménien Guedj

Véronique Désarménien Guedj

 

Or , qui, lors des formations qu’elle dispense «stimule les esthéticiennes pour qu’elles vendent plus», note que si les esthéticiennes sont «de plus en plus ouvertes en termes de techniques et en termes de soins, vendre des produits constitue souvent une problématique car elles ne sont pas formées à la vente appliquée ». Selon elle, il convient donc de motiver la vente par un pourcentage sur celle-ci.

Eric Boonftoppel confirme : «La vente de produits est un des aspects les plus rentables. Quand on ouvre un spa, on fait beaucoup de modelages car c’est une prestation qui plait. Mais elle mobilise beaucoup de monde, de temps et d’espace. Ainsi, la vente de produits apporte clairement un soutien au démarrage d’un spa, mais un soutien où les uns et les autres ne sont pas très à l’aise. Il y a un vrai travail à mener par rapport à cela car l’hôtelier que je suis a un oeil très averti sur ce genre de sujet que je considère comme une des conditions sine qua non de la rentabilité du spa». De même, il essaie d’avoir «une vision globale du management de son hôtel» et s’intéresse aussi bien à la restauration qu’aux autres activités de l’établissement qu’il dirige. «Au sein du spa, c’est la même chose : il y a des métiers différents, des coachs, des maîtres nageurs, des esthéticiennes, mais pour que le client passe un bon moment dans ce genre d’endroit, il est important de développer une notion de service global et d’avoir des gens très au courant pour savoir qui est le client hôtel et qui est le client extérieur et comment traiter l’un part rapport à l’autre». De même, il juge indispensable que « tout le monde soit formé, sensibilisé à la vente. Un spa dans un hôtel ce n’est pas un institut de beauté au sein d’un hôtel, mais un point de vente représentatif dont le chiffre d’affaires doit être du niveau de celui des autres points de vente de l’établissement, et notamment du restaurant. Ce sont des ordres de grandeur très intéressants, en particulier au plan de la rémunération des salariés.»

La place des esthéticiennes dans les spas d'hôtels - Dr Ray F. Lunius

Dr Ray F. Lunius

 

Pour le  de l’école hôtelière de Lausanne, «La clientèle demande de plus en plus au niveau du luxe et s’intéresse de moins en moins à ce qu’elle paie pour avoir ce luxe. C’est un monde spécial où nous devons nous demander en permanence si nous pouvons parler avec notre client et si oui, jusqu’où nous pouvons aller. La fidélisation est importante. On peut les fidéliser avec les soins du spa et pas seulement avec les nuitées. Le spa est important en matière de fidélisation».

 

COMMENT RENDRE LES ESTHÉTICIENNES MEILLEURES VENDEUSES

La question de la vente s’avère donc essentielle dans la question de la présence des esthéticiennes au sein des spas d’hôtels. Comment rendre les esthéticiennes meilleures vendeuses qu’elles ne le sont aujourd’hui ?

Réponse de Brigitte Caron : «Il est vrai qu’en France nous avons certainement un problème culturel : nous avons peur face à la vente. Nous savons l’initier mais nous avons du mal à la concrétiser. C’est quelque chose qui doit être enseigné dans les écoles mais qui doit être poursuivi au quotidien. La cliente est là pour acheter. Il faut réussir à lui vendre et à la fidéliser en réussissant cette vente. La vente, ce sont des produits et il y a parfois cette crainte de ne pas connaître suffisamment le produit pour bien le vendre. Les marques ont fait de gros efforts dans ce sens et vous accompagnent en particulier dans les spas d’hôtels où elles sentent qu’il y a une vraie dynamique. Elles donnent des conseils, des boîtes à outils pour cerner la psychologie de la cliente, pour bien comprendre comment prendre en charge une cliente d’hôtellerie de luxe par rapport à celle de l’institut de quartier. Les esthéticiennes doivent faire un réel effort, relever un challenge personnel pour que la vente devienne un jeu : ce rapport à l’argent effraie dans nos cultures européennes car on a parfois l’impression de forcer les clientes. Or, elles sont là pour acheter et si vous avez donné satisfaction, si elles ont vécu une expérience telle que la promesse qui avait été faite au niveau de votre soin a été tenue, elles ne demanderont qu’à être convaincues par les conseils que vous leur donnerez. C’est souvent cette ultime étape qui manque et sur laquelle vous pouvez faire des progrès et faire faire des progrès aux équipes que vous encadrez ou que vous encadrerez».

Selon Stephan Frankael, «Beaucoup de choses sont à faire car nous en sommes aux prémices de l’évolution de ce secteur. Les grands hôtels investissent des millions d’Euros dans certains établissements et vous allez être amenées à évoluer dans un environnement extraordinaire. Vous avez une opportunité pour nous aider à mieux avancer, nous les hôteliers, et vous-mêmes à progresser par la même occasion. Le futur est à vous, c’est à vous de le prendre, mais l’évolution doit demander une approche plus professionnelle et quitter un aspect artisanal pour arriver vers des compétences différentes, plus managériales, de gestion et d’écoute du client».

En conclusion, c’est un vrai message d’espoir qu’a lancé Jean-Pierre Demeerlaere : «Accrochez-vous, votre métier, vous le connaissez, mais vous avez de gros efforts à faire pour évoluer. Celles qui sont les plus aptes à devenir responsables de spas, ce sont bien les esthéticiennes qui auront évolué dans la profession car la formation de base ne donne pas les moyens pour devenir un vrai spa-manager dans un hôtel de luxe. Dans un petit hôtel de 20 à 30 chambres disposant de 3 à 4 cabines, le contexte sera celui d’un institut de beauté et vous ferez votre travail sans difficultés. Mais si vous voulez passer à des hôtels avec une dizaine d’employés, voire 20, 30 ou 40 comme dans certains établissements des Emirats-Arabes-Unis ou de Russie, il vous faudra développer des qualités telles qu’elles ont été évoquées par tous les intervenants».

«Vous en êtes toutes capables si vous le voulez » a conclu Jean-Pierre Demeerlaere.

Communication présentée au 38e Congrès, par Jean-Pierre DEMEERLAERE avec Eric BOONFTOPPEL, Stéphan FRANKAEL et le Dr Ray F. IUNIUS, Brigitte CARON et Véronique DÉSARMÉNIEN GUEDJ.

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