Villa Bahia : le rituel musical d'un chaman
Dans le quartier historique de Salvador de Bahia, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, un chaman au nom de roi d’Angleterre, vous subjugue par un rituel musical thérapeutique : un spa hors norme pour amateurs de reiki et d’ésotérisme.
Une ville dans la ville
Salvador de Bahia fut la première capitale du Brésil au XVIème siècle. Il en reste des quartiers historiques bien caractéristiques de l’expansion coloniale portugaise : le quartier du Pelourinho, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, en est le fleuron. Situé au sommet d’une falaise qu’on gravit aujourd’hui par un ascenseur, le quartier aux nombreuses églises baroques a été restauré partiellement et inonde de ses couleurs vives (déjà de la chromothérapie ?) le touriste qui vient le visiter. La ville moderne est lointaine, en contrebas et surtout plus loin, le long des plages qui font la réputation de Salvador de Bahia.
Avant un séjour balnéaire, pourquoi ne pas risquer le séjour culturel dans ce quartier baigné d’histoire et même tenter une thérapie de régression entre les mains d’un chaman indien ?
Un hôtel de charme avec mini-spa
L’hôtel Villa Bahia est né de la passion du Français Bruno Guinard qui a su restaurer avec un goût extrême une «maison de maître» en face de la plus célèbre des églises baroques du Brésil : Sao Francisco. L’intérieur de l’église tout en dorures est le prototype de l’art baroque lusitanien qui connaît son apogée lors de la découverte de l’or du Brésil. Les autorités en tapissent alors les colonnes et les autels, les anges, les plafonds, etc. ; on ne sait plus au juste, mais il y a ici plusieurs tonnes d’or étalées...
La Villa Bahia joue le registre du charme discret, associé au meilleur confort. Les salles de bain disposent de vasques et de robinetteries en laiton ancestral, les lits souvent à baldaquin, sont de ceux qui vous font dormir pendant douze heures d’affilée. Les meubles sont anciens ou faits avec de vieux bois par des artisans du Minas Gerais, la région centrale. Les serrures ont été forgées à la main, les parquets refaits avec des lattes en bois précieux du Brésil. Ce pays ne doit-il pas son nom au «bois du Brésil» (Pau Brasil) qui fut sa première richesse exploitée dès sa découverte au XVIème siècle ?
L’hôtel compte 18 chambres toutes différentes avec quelques suites reliées à une terrasse privée et un bain de style japonais «ôfuro». Le personnel parle français. Le chef du restaurant est belge : Laurent est sans doute l’un des meilleurs cuisiniers du Brésil, avec des menus où l’art gastronomique français s’exprime avec des matières premières brésiliennes : manioc, papaye et mangue, poissons, langoustes, et boeuf de fazenda – le meilleur du monde sans doute-, noix de coco, rhum et café, et la liste serait longue...
La thérapie musicale de George
George Brandao – «George comme le roi d’Angleterre»- est natif de Salvador mais ses racines sont indigènes. A quarante-neuf ans, il fait figure de sage et propose un spa hors norme, au pays du «candomblé» et des cérémonies afro-brésiliennes les plus variées. Rassurez-vous, notre «sorcier» est très civilisé : il a fait des études universitaires avec une spécialisation en «musicothérapie » à l’Université Catholique de Bahia (OCSIA).
Evidemment, ce sont les instruments innombrables et mystérieux de la musique indienne qui fournissent l’essentiel de son artillerie, mais les influences asiatiques sont nombreuses aussi. Et George s’est formé également au reiki.
Dans la chambre de l’hôtel, un feuillet vous proposera peu d’options. Et en fait, nous vous recommandons directement le rituel de musicothérapie qui vaut le voyage. George ne fait pas deux fois le même massage (estce un massage ?) et réagit à son client dont il fait connaissance par une concentration en masquant sa tête avec ses mains, échauffées au préalable par un long frottement !
Le client est allongé sur le dos, habillé ou en peignoir ou nu si ça lui chante...
Après la prise de contact par apposition des mains de George sur son crâne et son visage, George lui demande de commencer par une respiration lente, en expliquant comment remplir ses poumons en repoussant le diaphragme, puis en soufflant par la bouche en prononçant la voyelle «a». Le client a les yeux fermés pour se laisser «surprendre» par les séquences musicales qui vont suivre. Tout d’abord, un symbole d’écoute, avec le passage autour de la tête et sur les oreilles de deux coquillages nacrés, d’origine indonésienne.
Un fond musical enregistré diffuse une musique lourde et lente. Soudain, George saisit une «soupière tibétaine», un plat rond en bronze et frotte son bord avec un bout de bois. Un son sourd monte puis disparaît, puis revient. George approche l’instrument du visage de son client puis le pose sur son ventre. Il finira entre ses pieds...
Le bruit de la pluie précède le tambour
C’est l’heure du «Pau de chuva» (le tronc de pluie), un instrument inca, long de deux mètres : il est fait avec un long cactus (sans épines bien sûr !) plein de brindilles et de graines qui font penser au bruit de la pluie tropicale quand on le manipule. Le tambour indien est impressionnant : le son est solennel. On se croirait dans un campement amazonien, ou dans une vie antérieure. George le pose sur le ventre de son client et le bruit alors résonne dans tout le corps. Cela dure assez longtemps pour perdre pieds : où suis-je ?
Soumis à ce jeu sonore, George peut aussi jouer avec son corps comme sur un tambour ! Il lui tambourine les côtes avec le plat de la main, ou par de grandes tapes, ou encore les poings fermés...
Le son de la flûte des Indiens Camaiura réveille doucement le client. George est assez loin de lui. Mais s’il s’agit d’une femme, il s’approchera alors avec une flutte de calebasse qui produit un son très grave et sourd (le Calimba) et posera l’instrument au niveau de ses ovaires ! Une flûte classique pourra aussi la rassurer, dans ce vacarme «barbare» : non sans humour, on noterera quelques mesures de la «Marseillaise» ou du «Boléro»...
Pour sortir de son corps (soumis à toutes ces manipulations sonores) la mauvaise énergie qu’il contiendrait encore, vient alors un assourdissant cocktail d’instruments stridents : le sifflet Apitu (des indiens Cheyennes), une sorte de collier de petites noix de coco sonores et d’une calebasse pleine de noyaux sortie tout droit du Carnaval. George s’en donne à coeur joie : l’effet est spectaculaire.
Les petites cloches tibétaines remettront l’âme en paix.
Enfin, un léger massage des épaules et un bain «ôfuro» calmeront un corps soumis aux vibrations de la musique et des «esprits»... George confie : «La musique permet de déclencher le travail de l’inconscient. Elle aide à retrouver son «moi». Le corps ainsi reprend son autonomie perdue par la vie civilisée : les Indiens marchent pieds nus pour garder le contact avec la terre... pas parce qu’ils sont primaires ! Les Indiens sont aussi nomades pour préserver l’équilibre de la nature et de l’homme. Nous changeons de maison, de lieux de travail – comme pour l’agriculture avec les jachères – tous les cinq ans. Et la terre est toujours la plus forte : on s’en rend compte aujourd’hui avec le débat sur le réchauffement planétaire : nous disons cela depuis des siècles...».
Certains se mettent à pleurer
Durant le rituel, George murmurera des paroles incompréhensibles ou seul le prénom du client sera identifié. Il s’adresse aux Dieux... Les informe de sa présence et le recommande à leur bonne grâce. Il transforme son prénom : ainsi Nicolas, pour les Dieux deviendra sa seule composante vocale : «i-o-a». George présente aussi le coquillage au ciel : rituel d’harmonie...
Je lui demande comment réagissent les touristes qui ont «subi» son rituel, souvent par pure curiosité. Il admet : «Certains entrouvrent avec un certain affolement les paupières durant le traitement. D’autres, ensuite, jouent le jeu, certains pleurent... Parfois, ils demandent à la réception : «Ce masseur est sérieux ? Il est bien réel ? Ce n’est pas une plaisanterie ?». *
George a retrouvé son sens de l’humour, mais durant le rituel, il était tout aussi «possédé» par son art que le chaman de la forêt luttant contre les mauvais esprits et les énergies négatives du corps. Ce voyage initiatique dure environ une heure et est facturé 90 reais (35 euros).
A Bahia, toutes les cultures se mélangent et les rituels associent la religion catholique, celle des Indiens qui vivaient sur la côte avant l’arrivée des colons (2 millions et demi, qui furent décimés), celle des Africains venus du temps de l’esclavage et celle plus récente du Carnaval le plus débridé du Brésil... ■
Villa Bahia,
Largo do Cruzeiro de Sao Francisco 16-18,
Salvador de Bahia (Brésil).
Tel./fax 71.33224271.
hotel@hotelvillabahia.com
www.vdm.com
par Nicolas MARTIN

