Les spiritueuses vapeurs des élixirs
En évoquant d’alchimiques sortilèges, les nouveaux élixirs promettent une édénique volupté. De véritables philtres sensuels, à l’aura mystique et sulfureuse.
Il en va des parfums comme il en va de la mode. Après la légèreté et la transparence solaire, l’air est au sombre, au lourd, au capiteux. Les nouveaux jus arborant le nom d’élixir dévoilent des intensités presque narcotiques. Si l’étymologie précise du mot élixir semble assez obscure, l’arabe al-iksir aurait, selon l’Académie, désigné la pierre philosophale et un médicament. Précieux élixir, élixir de longue vie... ce mot désigna anciennement la substance la plus pure que l’on tire de certaines choses. Les parfumeurs seraient-ils parvenus à la quintessence de leur art en offrant ces véritables concentrés de parfum ?
OPULENCE ET SURDOSAGE
L’origine de cette vague ténébreuse et insolite remonte sûrement à la création de «Tubéreuse Criminelle», un parfum au discours presque vénéneux imaginé par le poète visionnaire Serge Lutens. Mais c’est en 2005 avec «Alien», l’oriental boisé de Thierry Mugler, que «le phénomène élixir» prend vraiment son essor. Le nom, déjà, résonne comme un choc, étrange et mystérieux, et le jus, imaginé par Dominique Ropion et Laurent Bruyère est dominé par un ambre blanc surdosé. Car c’est la concentration presque extrême de certains ingrédients qui caractérise les élixirs.
Ainsi «Amor Amor Élixir Passion», créé par le même tandem Ropion-Bruyère pour Cacharel emprunte à la fragrance originelle d’«Amor Amor» son caractère joyeux et fruité, mais une nouvelle facette orientale, plus capiteuse et sensuelle, rend le jus incandescent, soutenu par un accord accentué bois-benjoin.
Chez Dior, parvenu à l’état d’élixir, «Pure Poison» se mue en pur sortilège. Sa formule dévoile de nouvelles notes poudrées, amandées et sucrées. Le fond, riche et ambré s’épanouit dans la richesse opulente de santal, vanille et d’absolue de cacao.
Espiègle, tentateur et gourmand, l’«Elixir des Merveilles» d’Hermès révèle des effluves inattendus d’orangette confite, de sucre vanillé et de biscuit. Réécrite, repensée par Jean Claude Ellena, la fragrance propose une version plus concentrée mais aussi plus gourmande et festive de «L’Eau des Merveilles».
Ultra chic, «Flowerbomb Élixir Extrême» dévoile une version encore plus concentrée du premier parfum des couturiers Victor&Rolf. Le nouveau jus, encore plus sensuel et plus oriental est toujours l’oeuvre d’Olivier Polge, Domitille Bertier et Carlos Benaïm. Pour cette alchimie de rêve et d’or bercée dans son flacon grenade aux couleurs de soleil de minuit, ils ont forcé les notes de vanille, jasmin sambac, patchouli et fleur d’osmanthus.
TEXTURES FUSIONNELLES ET JUS SATANIQUES
Élixir vintage remis au goût du jour en 2006, «Intoxication» des Parfums d’Orsay fut originellement créé en 1939. Cette fragrance hypnotique associe bergamote, muguet, jasmin et rose sur un fond de notes ambrées et boisées.
Parfum masculin, «Fou d’Absinthe» de L’Artisan Parfumeur est une ode à l’absinthe dont le seul nom évoque d’étranges voyages oniriques. Très addictif, «Envy me 2» de Gucci s’enrichit de feuilles de violette et de magnolia de bois et de vanille.
Enfin «Soir de Lune», né de l’imagination d’Isabelle d’Ornano est à porter sous une voûte étoilée. Son sillage mystérieux et persistant vient d’un puissant accord chypré-fruité, tandis que le coeur ultra féminin de la fragrance est construit à partir d’essences rares de mimosa et rose de mai.
D’autres élixirs appellent de nouveaux gestes de beauté. Ainsi «Aromatics Élixir Sheer Velvet» de Clinique est un parfum plume à la sensation de velours dont la fragrance rappelle le parfum original. Mi-parfum mi-huile, ce suc liquoreux mêlant camomille, rose bulgare, jasmin patchouli et ambre s’applique sur la peau avec la pulpe de doigt.
Chez Chanel, l’«Elixir Sensuel N°5» se présente sous forme de fluide couleur pêche pâle. Mi-parfum, mi-soin, il se pose en petites touches sur les poignets ou au creux de la nuque. Bien-sûr, on retrouve les notes d’aldéhydes, d’ylang ylang des Comores, de rose de mai et de jasmin de Grasse du légendaire parfum «N°5».
«Ces nouveaux parfums-élixirs possèdent une tactilité plus importante. Envoûtants, mystérieux et extrêmement séducteurs, ils promettent des moments d’exception, aussi ne sont-ils peut être pas à porter tous les jours», conclut Christine Nagel, parfumeur chez Givaudan.
Enfin, coté soins et maquillage, le terme élixir semble ajouter une promesse d’effet supplémentaire. Visage, corps, cheveux vont donc bénéficier de formules innovantes, concentrées et surdosées, gages d’éternelle jeunesse et de fascinante séduction.
par Frédérique LEBEL.

