La saga du parfum
De l’Antiquité à nos jours, nous vous convions à suivre, au fil des mois, l’histoire des parfums.
Le parfum au siècle des Lumières
Une véritable frénésie parfumée s’empare de la société du XVIIIème siècle, au cours duquel l’usage veut que tout exhale une odeur particulière. La France domine le monde du parfum avec Grasse qui confirme son titre de «Capitale mondiale de la parfumerie» et avec Paris, où sont installés les plus grands parfumeurs, comme Jean- François Houbigan, qui parfume toutes les Cours d’Europe.
Le XVIIIème siècle a renoué avec le bain.
Le raffinement prévaut ainsi qu’en témoignent la chambre et l’antichambre,
où l’on trouve baignoire, siège à coiffer, boîte à mouches, parfums...
Alors que le règne de Louis XIV s’achève, les pensées et les moeurs de la Cour évoluent. La nouvelle sensibilité olfactive de cette société raffinée se traduit par une intolérance des odeurs fortes et un regain des odeurs champêtres, des senteurs naturelles. Aux parfums violents dissimulant des effluves nauséabonds succèdent des préparations fleuries et sophistiquées, teintées de fantaisie.
Le siècle des philosophes et de la Révolution est aussi celui des parfums. La cour de Louis XV fut même surnommée «la cour parfumée», en raison des senteurs que l’on répandait chaque jour non seulement sur les peaux, mais aussi sur les vêtements, éventails et autres meubles. Les femmes raffolent du parfum sous toutes ses formes : poudres parfumées, pendentifs, boîtes bergamotes «orangettes» obtenues à Grasse avec l’écorce de bergamote. Si les eaux de senteurs continuent d’avoir la part belle, elles sont en concurrence avec les vinaigres de toilette. On prête à ces derniers un pouvoir désinfectant incomparable. Le plus célèbre d’entre eux, le «Vinaigre des Quatre Voleurs», fit merveille à Marseille pendant la terrible peste de 1720. Vers la fin du siècle, Marie- Antoinette relance la mode des senteurs fraîches et naturelles.
La renommée des parfumeurs français favorise l’essor de la parfumerie grassoise et la culture des plantes à parfums, tandis qu’apparaissent de nouveaux savoir-faire, comme la technique de l’enfleurage à froid ou le travail de l’écorce de bergamote. Des distillateurs et parfumeurs de qualité produisent des eaux aussi légères, transparentes et délicates que les flacons en cristal, venus de Bohême ou d’Angleterre, qui les contiennent.
Si le musc et la civette avaient dominé les senteurs du XVIIème siècle,
le siècle suivant leur préféra les odeurs florales et fruitées.
Les bases parfumées étaient surtout constituées de violette,
de thym, de rose, de romarin et de lavande.
Le flacon émaillé peint se développe en Angleterre, en France et à Genève. Surtout, le XVIIIème est le siècle de la découverte du secret de fabrication de la porcelaine, qui est l’apanage des allemands, des Autrichiens et des Anglais. Le style anglais Wedgwood impose des flacons bleu et blanc et la manufacture de Meissen en Allemagne est la première en Europe à utiliser les pâtes dures pour ses porcelaines. La manufacture de Chelsea, en Angleterre, se spécialise dans les statuettes dont les têtes forment le bouchon. La manufacture de Saint-Cloud se distingue dans les décorations dorées, tandis que celle de Sèvres propose aux dames des flacons en forme de gourde ou des fioles en forme de poire. Les motifs rompent avec les lignes baroques et s’inspirent des thèmes à la mode : le retour à la nature cher à Rousseau ou les chinoiseries.
Cependant, le verre reste privilégié, en particulier en France avec l’ouverture de la manufacture de Baccarat en 1765 et la spécialisation des verreries de cristal de Saint-Louis dans le flacon à Parfum. Les orfèvres confectionnent des flacons en or et en argent ciselés, auxquels ils mêlent du jasper ou du cristal de roche. Il faut noter qu’à l’époque, contenus et contenants sont vendus séparément : le parfumeur fournit ses créations dans des fioles toutes simples, et c’est la dame qui ensuite les transvase dans des flacons ouvragés.
Les eaux de Cologne
La Cour utilise des eaux délicates composées de bouquets floraux : l’«Eau Divine», l’«Eau de Mille Fleurs», l’«Eau de Bouquet du Printemps», ainsi que l’«Eau Admirable», l’«Eau sans Pareille», fraîches et légères, issues de la distillation des «fruits à écorces» ou de leurs huiles essentielles obtenues en râpant leurs zestes. Ces parfums venus d’Allemagne sous l’appellation d’eau de Cologne connaissent une grande vague à Paris. Ces eaux fraîches, composées de romarin, de néroli (fleur d’oranger), de bergamote et de citron, se consomment sous d’innombrables formes, diluées dans l’eau du bain (que l’on prend de plus en plus souvent au XVIIIème siècle), dans le vin, sur un sucre, en bain de bouche, en lavement, en piqûre, en emplâtre, etc.
Les «nécessaires»
Ce siècle de la mise en scène et de la séduction accorde une place privilégiée à l’art du paraître et aux précieux objets qui l’accompagnent. Les flacons à odeurs sont aussi contenus dans de grands coffres nommés «nécessaires». La première mention de ce mot apparaît dans une lettre de la duchesse d’Orléans, mère du Régent, datée du 24 mars 1718. Ces petits coffrets contenaient des flacons remplis d’essences parfumées. Outre le petit entonnoir qui servait à les remplir, les nécessaires pouvaient aussi renfermer des crayons, des brosses à dents et même des «gratte-langue» ou des bâtonnets pour nettoyer les oreilles !
Pots pourris
Au siècle des Lumières, mouchoirs, vêtements, boiseries, tentures,... tout est parfumé. Pour l’atmosphère, on utilise des brûles-parfums et des vases à pot-pourri, véritables oeuvres d’art en métal précieux ou en porcelaine qui contiennent des matières séchées parfumant ainsi l’environnement. Le pot-pourri disparaît avec la Révolution.
Mais la Révolution Française, à la fin du siècle, marque l’arrêt de cette débauche de parfums : si elle accorde le droit à tous de s’établir parfumeurs, l’industrie de la parfumerie n’en est pas moins ralentie pour des raisons évidentes, et ce jusqu’au Directoire, marqué par le retour à une frénésie de luxe et donc de Parfum. ■
À SUIVRE
Le Parfum
L’histoire décrite dans le roman de Patrick Süskind se joue dans la France du XVIIIème siècle. Le livre raconte la vie de Jean-Baptiste Grenouille et son extraordinaire don : un sens olfactif surnaturel ! Sa mère, une poissonnière, le met au monde au cimetière des Innocents en juillet 1738, parmi les légumes pourris et les poissons puants, ce qui marquera gravement la vie de son fils. Main d’oeuvre chez un tannier, Jean-Baptiste mène très tôt une vie de bête plus que d’être humain. En même temps, il explore Paris à l’aide de son nez et perçoit les odeurs les plus incroyables.
Le 1er septembre 1753, lors de l’anniversaire de l’accession au trône de Louis XV, Grenouille remarque un parfum tellement bon qu’il n’en a jamais senti de tel durant toute sa vie. Il suit cette odeur extraordinaire à travers toute la ville et arrive finalement dans la rue des Marais où il en trouve la source, une jeune fille rousse en train de préparer des mirabelles. Fasciné, il se rend compte qu’il doit absolument posséder ce parfum et étrangle la fille pétrifiée. Puis, il lui arrache sa robe grise, fourre son visage dans sa peau et la renifle entièrement. Peu après, il quitte le tannier pour apprendre l’art de créer un parfum chez Baldini. Ce parfumeur connu n’a plus rien produit d’extraordinaire depuis quelques années mais Grenouille lui assure une grande fortune en produisant des parfums à succès dont tout Paris est fou.
Dans un cauchemar, il remarque un jour que lui-même n’a pas d’odeur, qu’il ne sent rien. Alors, il est si choqué qu’il décide de partir pour Grasse où il fabrique un parfum pour lui-même qui a le but de lui attribuer, de le faire sentir. Ce parfum ne sent pas comme un parfum, mais comme un homme qui sent ! A Grasse, il est particulièrement fasciné par toutes les odeurs qu’il perçoit , mais aussi par un parfum provenant d’un jardin dans lequel se trouve une jeune fille qui lui rappelle le meurtre de septembre 1753. De nouveau, Grenouille est plein de désir de posséder cette odeur, mais il se dit qu’il lui faudra encore attendre deux années avant que le parfum ait mûri et se soit entièrement développé. Pendant ce temps, il apprend une toute nouvelle façon pour gagner les parfums les plus subtils. C’est alors que les habitants de Grasse sont frappés par le meurtre de vingt quatre jeunes filles. Puis, est venu le temps de s’emparer de l’odeur de Laure, qui lui permettra de créer le parfait parfum. Grâce à son nez, il la trouve à la nuit tombée et la tue à l’aide d’une matraque. Ensuite, il enrobe le corps de sa victime d’un linge enduit de pâte grasse qui lui permettra plus tard d’extraire le magnifique parfum de la fille. Grenouille est rattrapé par des gardes et arrêté avant d’être exécuté.

