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LES CERTIFICATIONS EN COSMÉTIQUE BIO :
VERS UNE HARMONISATION EUROPÉENNE ?

par Aurore MOREAU,
formatrice en bio-cosmétique.

Quand on parle de cosmétique naturelle et biologique, on ne peut s'empêcher de l'associer aux mots «label» ou «certification». Incontournables pour garantir la qualité des produits et initialement destinés à être repérés au premier coup d'œil, les labels sont aujourd'hui légion et il est difficile pour le consommateur de faire le tri et de choisir en toute connaissance de cause. En tant qu'interlocutrice privilégiée, vous devez pouvoir rassurer vos clientes, leur expliquer votre choix de référencer telle ou telle marque, de leur montrer l'intérêt des labels et ce qu'ils représentent, et les accompagner dans leur achat. Il est donc important que vous puissiez vous repérer dans ce dédale !
Pour plus de transparence, et afin de simplifier la vie des consommateurs, divers organismes certificateurs et associations professionnelles se sont penchés sur la question. Les choses seront-elles vraiment plus simples à l'avenir ?

Une multitude de labels
Avec le développement de la cosmétique naturelle et biologique, et en l'absence de réglementation européenne sur ce sujet, les associations professionnelles ont, depuis une dizaine d'années, dans chaque pays d'Europe, développé des référentiels garantissant des critères minimum de qualité pour les cosmétiques bio. Ceux-ci concernent les ingrédients autorisés et interdits, les procédés de fabrication, les emballages, de même que la protection de l'environnement (retraitement des déchets, gestion de l'énergie..), nécessaires pour mériter l'appellation de cosmétique bio. Même si le principe fondateur reste le même pour chaque initiative, l'orientation donnée aux référentiels dans les divers pays est variable, car elle est fonction de la culture, de l'éthique et du niveau d'exigence des créateurs de chaque cahier des charges.
Ainsi, la France, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie et la Belgique possèdent chacune un ou plusieurs cahiers des charges privés et/ou reconnus par les pouvoirs publics. De manière générale, un label prédomine dans chacun de ces pays, et est reconnu et compris comme une garantie de qualité par la plupart des consommateurs, même si ceux-ci ne connaissent pas toujours le détail des critères le définissant, comme cela est le cas pour Ecocert et Cosmebio en France ou le BDIH en Allemagne.
Le message véhiculé par ces labels devient plus obscur lorsqu'une marque s'exporte et se trouve confrontée à un autre référentiel. Il en est ainsi des marques allemandes présentes sur le marché français. En plus de ceux liés à la cosmétique bio, de nombreux logos sont présents sur la plupart des produits, tels que ceux liés à leur biodégradabilité, le respect des animaux ou le recours au commerce équitable. Leur profusion, au lieu d'éclaircir le consommateur sur son choix, a tendance à compliquer sa tâche. Et peut parfois le décourager, au point qu'il peut renoncer à son achat, surtout en l'absence d'information et de conseil.

Harmoniser, oui, mais comment ?
C'est en partant de ce constat que les différents organismes certificateurs et associations professionnelles ont décidé de mettre en commun leurs référentiels afin de proposer un label unique, repérable par tous les consommateurs, et qui définisse les critères minimum de qualité de la cosmétique naturelle et biologique en Europe. Avec, pourquoi pas, l'idée que celui-ci serve de base au Parlement européen le jour où il se penchera sur une possible réglementation de ce marché.
Les premières discussions ont commencé en 2002. La principale difficulté était d'amener chaque participant à faire des compromis par rapport à son propre référentiel et à faire un pas vers l'harmonisation. Cela a pris plusieurs années de négociations parfois ardues pour que les différents acteurs s'accordent sur une ligne directrice commune.
Cependant, en raison de la lenteur des discussions, et de l'orientation donnée à ce futur référentiel, certains fabricants ont préféré se retirer et ont fondé de leur côté une association européenne, et développé leur propre cahier des charges. Ces fabricants, allemands et suisse, membres du BDIH (association professionnelle allemande) et pour la plupart pionniers de la cosmétique naturelle et biologique en Europe, ont ainsi créé Natrue.
Les autres membres de ce premier groupe de discussion, à savoir Ecocert et Cosmebio (France), le BDIH (Allemagne), la Soil Association (Angleterre), l'ICEA (Italie) et le Bioforum (Belgique), ont continué leur avancée et ont développé le référentiel COSMOS.

Natrue, un cahier des charges transparent
Effectif depuis août 2008, Natrue affiche la transparence pour le consommateur et rejette l'aspect lucratif de la certification. Le référentiel définit trois niveaux de certification, repérés par des étoiles : cosmétiques naturels (1 étoile), cosmétiques naturels en partie bio (2 étoiles), bio-cosmétiques (3 étoiles). Comme la composition d'une émulsion est différente de celle d'un beurre de massage ou d'une ombre à paupières, les critères de définition de chaque niveau ont été détaillés par catégorie de produit (13 en tout). Les étoiles viennent en remplacement des logos liés à la cosmétique naturelle et biologique.
Le référentiel détermine, pour chaque niveau de certification et chaque catégorie de produit, le pourcentage minimum d'ingrédients naturels (hors eau), le pourcentage minimum d'ingrédients issus de l'Agriculture Biologique et le pourcentage maximum d'ingrédients d'origine naturelle, mais transformés par réaction chimique, exigés pour obtenir les précieuses étoiles. De même, le mode de calcul du pourcentage d'ingrédients issus de l'Agriculture Biologique est très simple, et empêche toute « création » de bio à partir du naturel, en particulier pour les hydrolats aromatiques, extraits aqueux ou macérâts. Enfin, pour certains ingrédients d'origine naturelle, comme la glycérine ou les savons, les matières premières végétales utilisées pour leur fabrication doivent être issues de l'Agriculture Biologique.
Le pourcentage d'ingrédients bio dans le produit fini n'est pas affiché sur l'emballage, mais est implicitement indiqué par le nombre d'étoiles qu'a décroché le produit.
Par application de leur principe de transparence, toutes les informations, tels que les principes fondateurs de l'association, son fonctionnement, les critères du référentiel, les organismes certificateurs agréés ou les produits déjà certifiés, sont disponibles sur le site internet de l'association. Fin janvier 2010, 350 produits étaient certifiés Natrue, et certains sont déjà disponibles en France.

COSMOS, LES CRITÈRES MINIMUM D'UN COSMÉTIQUE BIO
COSMOS, quant à lui, vise à définir les critères minimum qualifiant les cosmétiques naturels et biologiques. Deux niveaux de certification existent : COSMOS-Natural (pour les cosmétiques naturels) et COSMOS-Organic (pour les cosmétiques contenant des ingrédients issus de l'Agriculture Biologique). Dans ce référentiel, publié en mai 2009, deux catégories de produits sont définies : les produits destinés à rester en contact prolongé avec la peau, et les produits rincés. Pour la première catégorie, le pourcentage d'ingrédients bio minimum pour obtenir la mention COSMOS-Organic est de 20 %, tandis qu'il est réduit à 10 % pour la deuxième. Aucun pourcentage minimum de bio n'est exigé pour la mention COSMOS-Natural.
Contrairement à Natrue, il n'existera pas de cahier des charges unique. Dans chaque pays, les référentiels nationaux évolueront de manière à intégrer les critères de COSMOS. Chacun d'entre eux a la liberté d'ajouter certains critères supplémentaires, ce qui est le cas pour Ecocert, plus exigeant sur les emballages. Ce qui signifie également que les logos nationaux déjà existants ne disparaîtront pas nécessairement. Les fabricants auront la possibilité d'indiquer ou non la mention COSMOS-Natural ou COSMOS-Organic sur leur produit s'ils respectent les critères et ont payé une redevance qui s'ajoute au coût de la certification proprement dite. De plus, certaines contraintes d'étiquetage s'ajoutent à celles déjà obligatoires pour tous les cosmétiques, ce qui va certainement surcharger encore les emballages et ne pas simplifier la compréhension pour le consommateur.
Les critères de définition d'un cosmétique naturel ou biologique sont moins exigeants en terme de naturalité que pour Natrue. En effet, de nombreux ingrédients, d'origine naturelle doivent subir des transformations chimiques pour posséder des propriétés indispensables au développement de cosmétiques stables, efficaces et polysensoriels. COSMOS met donc fortement l'accent sur la chimie verte, c'est-à-dire une chimie plus propre et plus respectueuse de l'environnement. Les biotechnologies en font partie et ont déjà apporté beaucoup à la cosmétique bio, en proposant des alternatives naturelles à certains ingrédients synthétiques ou issus de la pétrochimie, difficiles à remplacer par des ingrédients purement naturels. C'est le cas par exemple des silicones, actifs conditionneurs, ou émulsionnants aux propriétés sensorielles originales, obtenus à partir d'algues, ou grâce à des réactions enzymatiques. Pour faciliter l'innovation dans ce domaine, le pourcentage d'ingrédients d'origine naturelle chimiquement transformés n'est donc pas limité.
Le pourcentage d'ingrédients bio dans le produit fini doit être affiché sur l'emballage, comme c'est actuellement le cas pour les produits français certifiés par Ecocert. Cependant, le mode de calcul de cette valeur a évolué, en particulier pour les hydrolats aromatiques, extraits aqueux et macérâts. Si les hydrolats aromatiques ne sont plus comptés pour 100% bio, comme cela était le cas jusqu'à présent pour Ecocert et Cosmebio, le calcul, assez compliqué, continue de transformer partiellement, de l'eau, naturelle, en eau «bio».
Par ailleurs, les ingrédients d'origine naturelle doivent en partie être produits à partir de matières premières issues de l'Agriculture Biologique. Les ingrédients issus de ces transformations chimiques ne peuvent pas être qualifiés de bio, mais la part de bio des matières premières originelles est prise en compte dans le calcul final du pourcentage d'ingrédients bio dans le produit fini. Ce mode de calcul est spécifique à COSMOS.
COSMOS n'est pas encore en fonctionnement, mais devrait certifier les premiers produits cosmétiques naturels et biologiques à partir d'avril 2010. Une période de transition de trois ans sera mise en place, pendant laquelle certains ingrédients partiellement issus de la pétrochimie (comme les conditionneurs capillaires ou certains tensioactifs) ou purifiés en utilisant des solvants dérivés du pétrole (comme la vitamine E) seront autorisés dans les cosmétiques certifiés. Cette période de transition permettra aux fabricants et fournisseurs de matières premières de trouver des alternatives à certains ingrédients ou procédés jusqu'ici acceptés en l'absence de solution de remplacement satisfaisantes.

QUEL RÉFÉRENTIEL CHOISIR ?
S'il est vrai qu'il est difficile de déterminer quel référentiel est le meilleur ou le mieux adapté à ses produits et à la philosophie de chaque marque, deux différences majeures existent entre COSMOS et Natrue :
- la naturalité des cosmétiques : Natrue, contraction de « naturally true » (naturellement vrai) insiste sur la forte part d'ingrédients naturels dans les produits, que ceux-ci soient d'origine végétale, animale ou minérale. Les ingrédients chimiquement transformés sont donc introduits en quantité limitée. COSMOS, de son côté, estime qu'il ne faut pas empêcher l'innovation technologique dans les cosmétiques, même naturels et biologique. En ne limitant pas la quantité d'ingrédients chimiquement transformés, mais obtenus selon les principes de la chimie verte, il laisse la porte ouverte à la réalisation de belles prouesses technologiques au service de la beauté et de la nature,
- le mode de calcul du pourcentage d'ingrédients bio : il diffère beaucoup entre les deux référentiels. Natrue applique strictement la définition d'un ingrédient bio c'est-à-dire issu de plantes cultivées selon les principes de l'Agriculture Biologique, et obtenus par un procédé de transformation exclusivement physique (pression mécanique, filtration, distillation à la vapeur d'eau...) et ne transforme pas l'eau en bio. COSMOS, sans déroger à cette définition, allie les principes du bio, de la chimie verte et la technologie, et prend donc en compte la part de bio utilisée pour fabriquer des ingrédients chimiquement transformés. De même, le référentiel continue, moins qu'avant, certes, de qualifier, dans certains cas, l'eau de «biologique».

QUEL AVENIR POUR LA COSMÉTIQUE BIO ?
Depuis leur sortie, les deux référentiels essuient les critiques de nombreux analystes. L'une des critiques récurrentes envers Natrue est son orientation «pro-allemande». En effet, l'initiative a été lancée par plusieurs fabricants membres du BDIH. Tous les produits actuellement certifiés sont de marques allemandes et suisses, qui sont cependant les pionniers du marché de la cosmétique bio. Natrue s'est dernièrement rapproché de Quality Assurance International (QAI), un organisme certificateur américain, certifiant selon la norme NSF « Made with Organic », pour une possible équivalence entre les deux labels lors de l'exportation Outre-Atlantique de cosmétiques américains ou européens. Et Burd's Bees, un fabricant américain connu, est membre de Natrue. Ce n'est plus qu'une question de temps pour que d'autres marques européennes en fassent également partie, et que des produits américains arrivent sur le marché européen, certifiés Natrue !
Pour COSMOS, et avant même que les premiers produits soient certifiés, le mode de calcul du pourcentage d'ingrédients bio est remis en cause. Les analystes déplorent également le temps très long (7 ans) requis pour son élaboration, ainsi que le manque de communication de ses membres. Mais son implantation européenne de par ses membres fondateurs et le potentiel en termes de sociétés (1000 sociétés certifiées) et de produits certifiables (environ 11000 produits) parlent en sa faveur.
Natrue n'avait initialement pas vocation à exister, mais offre finalement une alternative sérieuse pour les fabricants de cosmétiques qui ne se retrouvent pas dans les principes de COSMOS, mais qui considèrent la certification comme un gage nécessaire de reconnaissance de la qualité de leurs produits.

CONCLUSION
Ces deux référentiels vont petit à petit faire leur apparition sur les cosmétiques naturels et bio. Vous les rencontrerez certainement dans les mois à venir. Même si c'était l'objectif premier de ces deux initiatives, il n'est pas certain que l'affichage sur les produits sera réellement simplifié, donc plus clair pour les consommateurs. Et vous serez la partenaire la mieux placée pour leur expliquer la teneur de ces changements, qui auront un impact sur l'étiquetage des produits, certes, mais pas sur leur contenu ou la qualité et l'engagement de la marque !

Aurore Moreau. e-mail : moreau.aurore@gmail.com


par Aurore MOREAU

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