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NEWSJANVIER2010

La cosmétique bio : des clés pour mieur comprendre un marché incontournable !

La cosmétique bio est un marché en forte croissance qui ne peut qu'intéresser les esthéticiennes.

L'EFFET «DOMINO PAPILLON» DE LA COSMÉTIQUE

Un marché en croissance ? Certains appellent cela la «théorie des dominos» (expression politique née en 1954 dans la bouche du président américain Eisenhower, qui craignait que si un pays basculait dans le communisme, les pays voisins y basculeraient à leur tour par une réaction en chaîne) et d'autres «l'effet papillon» (expression due au météorologue Edward Lorenz qui en 1972 se demandait si «le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas».
Le monde de la cosmétique a connu son «domino papillon» : le 3 mars 2005, dans l'émission Envoyé Spécial sur France 2, un reportage «révélait» (?) au grand public que les produits cosmétiques contenaient pour la plupart des «conservateurs», certains avec des «noms barbares», comme le phénoxyéthanol ou les parahydroxybenzoates (de leur petit nom les «parabens»), noms terribles pour les néophytes qui «prouvent» bien que ces ingrédients sont issus du laboratoire d'un quelconque Docteur Frankenstein de la chimie, et ne peuvent donc être que dangereux.
Effet papillon disions-nous... En quatre ans, le nombre des marques de cosmétique naturelle a explosé et des labels se sont créés ou sont devenus mieux connus des consommateurs (Nature & Progrès et Cosmébio en France, BDIH en Allemagne, Soil Association au Royaume-Uni, Oasis aux Etats-Unis... en attendant ces labels supra-nationaux que sont Cosmos ou Natrue, etc.).
Sur le plan économique et commercial, on a vu des marques reprises ou associées avec des entreprises de la cosmétique «traditionnelle» : Clarins a pris une participation dans Kibio, L'Occitane dans Melvita... et L'Oréal a racheté Sanoflore. Le label américain Oasis susmentionné ne regroupe-t-il pas, parmi ses membres fondateurs, des sociétés comme L'Oréal, Aveda, Estée Lauder ? L'Oréal n'est-il pas aussi partie prenante dans Cosmos ?
De nouvelles enseignes sont apparues, comme Naturalia Beauté Bio à Paris, sans parler d'innombrables petites boutiques indépendantes spécialisées... et de la grande distribution, qui a créé ses propres marques «certifiées bio» (Carrefour, Auchan, Casino...).
Enfin, pionniers de la cosmétique naturelle et bio, innombrables sont les magasins de produits naturels et biologiques qui, répondant à la demande de leur clientèle, ont ouvert des espaces de soin, en embauchant une esthéticienne diplômée.
Aujourd'hui, la cosmétique bio ne représente encore «que» 3 % du marché de la cosmétique en France. Mais à méditer : pour l'alimentaire, dont on parle pourtant beaucoup (avec l'entrée du bio dans les cantines scolaires, une offre en magasins beaucoup plus attractive qu'il y a quelques années...), la part du bio n'est que de 1,7 % !
Tout cela à cause d'une simple émission de télévision... et un paradoxe étonnant : quasiment cinq ans jour pour jour, le 5 mars 2009, un nouveau reportage dans Envoyé Spécial présentait un aspect bien plus... critique voire angoissant de la cosmétique bio ! Un sujet dont nous pourrons reparler dans un autre article.
Et tout cela à cause d'une affirmation angoissante énoncée lors de l'émission de mars 2005 : les conservateurs sont dangereux.

LA VAGUE DU «SANS»

Aujourd'hui, il est ainsi devenu «politiquement correct» de s'annoncer «sans» : «sans conservateurs», «sans parabens», «sans phénoxyéthanol», sans parler des autres ingrédients devenus plus ou moins suspects : «sans pthalates», «sans colorants», etc. Cela rassure.
On ne me fera pas dire cependant que la cosmétique bio et/ou naturelle (selon la définition des cahiers des charges ad hoc) n'est pas intéressante. Au contraire. Nous sommes persuadés de son grand intérêt. C'est pourquoi, dans cette rubrique qui va devenir régulière, nous nous proposons de donner aux esthéticiennes quelques «clés» qui leur permettront de rester de vraies professionnelles, critiques et de bon conseil, de la cosmétique, certes bio mais de qualité !
Car il faut savoir raison garder : arrêtons de crier au loup et de passer pour des consommateurs (ou des prescripteurs) qui, tels des moutons de Panurge, vont dans le sens de la masse, sans réfléchir. Pour rester sur cet exemple des conservateurs, «historiquement significatif» en matière de cosmétique naturelle, allez simplement passer quelques instants dans le rayon de votre supermarché habituel. L'allégation «sans conservateurs» se retrouve sur la plupart des étagères des produits alimentaires.... Mais là où on se rend compte qu'on est en droit de se poser des questions, c'est quand visiblement les fabricants surfent sur la vague du «sans» quitte à énoncer des contre-vérités techniques et scientifiques.

Si Nicolas Appert (1749-1841) a inventé l'appertisation, c'est-à-dire la conservation des denrées périssables par la stérilisation (en clair la «boîte de conserve»), c'est justement pour qu'on puisse se passer des conservateurs qui, à son époque étaient le sel, le sucre, la fumée, le vinaigre... qui avaient leurs inconvénients. Idem après lui, Louis Pasteur (1822-1895) qui inventa la pasteurisation qui, avec un procédé à des températures moins élevées, permet l'obtention de semi-conserves (à la durée de vie plus courte, et à garder éventuellement au frais). Ce procédé est également utilisé pour le lait, la bière ou les jus de fruits ou de légumes.
Dès lors, pourquoi voyons-nous fleurir, dans les rayons alimentaires, et ce surtout depuis l'émission Envoyé Spécial de 2005 des conserves ou semi-conserves, des jus de fruits ou des soupes en briques, donc des produits appertisés ou pasteurisés, avec l'allégation «sans conservateurs» ? De qui se moque-t-on ?
Et pour revenir au monde de la cosmétique qui nous intéresse, citons juste un exemple d'un gel-douche dont la publicité télévisée actuelle annonce fièrement : «Sans colorants» (pourquoi pas...), «Sans parabens» et «sans phénoxyéthanol» (... pourquoi pas également) mais également «sans phtalates»... Et comme l'a ajouté dans la foulée ma fille de 15 ans (qui est à bonne école certes) «pourquoi pas sans nicotine pendant qu'on y est ?».
Il faut savoir que par définition les gels-douches (comme les shampooings) contiennent des tensio-actifs, agents lavants. Mais de par leur propriétés physico-chimiques, certains tensio-actifs sont d'excellents agents bactériostatiques (ils empêchent la multiplication des germes) voire bactéricides (ils tuent les germes). Nombre de shampooings peuvent donc se passer de «conservateurs» au sens strict du terme. Et concernant les phtalates, il faut rappeler qu'à 90 % ils sont utilisés comme plastifiants, donc dans les flacons (ou sinon dans les vernis à ongles ou laques pour les cheveux) et éventuellement comme «dénaturants» (pour le rendre impropre à la consommation alimentaire) de l'alcool des parfums, dans lesquels on les retrouve donc. Concernant le produit de cette publicité télévisée, c'est donc éventuellement le flacon qui est exempt de phtalates... et non la formule (dans laquelle il y avait peu de chance d'en trouver, comme la plupart des gels-douches !), comme la publicité semble le laisser croire ! Tout ceci n'enlève probablement rien à la qualité intrinsèque de ce gel-douche... Mais pour cela était-on obligé de donner des arguments détournés de leur sens ?

CONCLUSION

Arrêtons de vendre la cosmétique naturelle comme étant du «sans». Elle mérite bien mieux et ses avantages vont bien au-delà d'une qualité qui se lirait «en négatif». Nous croyons fermement dans l'avenir de ce type de produits. Et comme dit plus haut, nous vous proposerons régulièrement dans ces pages quelques éléments de réflexion et de critique constructive. Pour vous aider à faire le bon choix des bons produits. Avec passion et avec raison.

Michel Knittel, Manasa Conseil, 48 rue du Général de Gaulle, 67170 Geudertheim.
Tél. Fax 03 88 51 10 61.
e-mail : manasa.conseil[at]orange.fr


par Michel KNITTEL, Consultant en cosmétique naturelle

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