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ESTHÉTIQUE FEVRIER2010

UN PRATICIEN EN MASSAGE DE BIEN-ÊTRE GAGNE SON PROCÈS CONTRE L'ORDRE DES KINÉS

Gilles Brossard, Praticien en Massage de Bien-Être, ancien élève de l'EMBE (École du Massage de Bien-Être) de Saint-Étienne a été relaxé par le Tribunal de Saint-Étienne le 10 décembre 2009 suite à une plainte déposée contre lui par l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes de la Loire.Récit d'un périple épuisant au pays de la sauvegarde des libertés individuelles. L'enjeu était de taille : «Préserver la liberté d'être touché par qui bon nous semble et surtout qui nous semble bon» dixit Joël Savatofski.

Gilles Brossard, qui êtes-vous et quelle est votre activité professionnelle ?
Je suis un homme de 43 ans, père de famille, passionné par le bien-être et le sens de la relation à l'autre, et somme toute assez discret. J'ai toujours été attiré par le massage, sans avoir appris aucune technique, et il y a quelques années alors que je me morfondais depuis longtemps dans mon travail, mon entreprise dut licencier.
C'était l'occasion pour moi de changer de voie et de mettre en route une reconversion professionnelle pour une activité plus épanouissante pour moi : le massage de bien-être... Je me suis donc renseigné sur le parcours envisageable, me garantissant le plus grand professionnalisme possible (formations, statut juridique, fiscalité, assurance...), je passais deux ans en formation à l'EMBE de Saint-Étienne et, finalement, je suis devenu praticien en massage de bien-être en m'installant à mon compte. J'ai réaménagé un espace détente à mon domicile ayant sa propre entrée indépendante où je propose principalement le massage californien et le massage aux pierres chaudes.

En novembre 2008 les gendarmes vous rendent visite à votre domicile. Que se passe-t-il exactement ? Que vous est-il reproché ?
Tout commence en octobre 2008, date à laquelle je reçois un courrier de l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes, me reprochant de pratiquer des massages sans avoir de diplômes et donc d'usurper le titre de masseur-kinésithérapeute.

Quel a été l'élément déclencheur de cette affaire ?
Ce courrier faisait suite à un article paru dans la presse locale. Une journaliste intéressée par mon travail, et que j'avais massée, avait voulu faire découvrir le massage californien, en racontant ce qu'elle avait vécu au cours d'une séance. Un article très sympa pour moi, mais qui n'avait apparemment pas plu à tout le monde...

Comment s'est déroulée la chronologie des événements ?
Je reçus quelques jours plus tard la visite de gendarmes, l'un d'entre eux avait mon article à la main, je compris donc tout de suite de quoi il s'agissait, et je fus convoqué le jour même à la gendarmerie. On m'indiqua que l'Ordre des Kinés avait déposé plainte contre moi, pour usurpation du titre de masseur-kinésithérapeute et que cette infraction pouvait être passible de 30 000 euros d'amende et de deux ans de prison. Je dus répondre à une série de questions concernant mon activité, et l'on me laissa rentrer chez moi.
Je fis part de tout cela à Isabelle Trombert, la directrice de mon école de massage à Saint-Étienne, et à la Fédération Française de Massage bien-être (FFMBE) dont je suis adhérent, qui me rassurèrent en me disant que ce genre de courrier n'était pas rare mais que cela n'allait en principe pas plus loin.
Début septembre 2009, soit un an après les premiers événements, alors que je commençais à me dire que la plainte avait dû tomber à l'eau, je fus re-convoqué à la gendarmerie pour des renseignements supplémentaires et c'est à ce moment-là que l'on m'annonça oralement que je serais très bientôt convoqué devant le Tribunal de Grande Instance de Saint-Étienne. Quelques jours plus tard, l'huissier de justice venait me faire signer ma convocation pour le tribunal, pour le 10 novembre 2009.

Comment avez-vous recruté votre avocate ?
Je ne connaissais pas d'avocat, je l'ai donc choisi un peu au hasard et au «feeling», j'avais surtout envie de trouver quelqu'un de motivé pour défendre cette cause. Ce fut Maître Jeanne Barruel, je ne regretterai pas ce choix. Elle a énormément travaillé pour s'informer de toute la jurisprudence, lire le livre de Joël Savatofski, «L'affaire massage Bien-Être», contacter mon ancienne école, la FFMBE, et le mouvement «agir massage bien être.org». Derrière mon procès, c'était toute la cause du Massage Bien-Être en France, et la défense des libertés individuelles qui était en jeu !

Comment avez-vous vécu toute cette expérience ?
Le jour du procès arriva. Il fallut d'abord attendre tout l'après-midi dans la salle d'audience du tribunal avant que notre affaire ne soit jugée. Ce fut un moment très désagréable à vivre, entre le président du tribunal, le procureur de la République, le représentant de l'Ordre des Kinés et leur avocat, je n'étais apparemment à leurs yeux qu'un «charlatan»... et mon ancienne école «une pompe à fric» !
La plaidoirie de Maître Barruel me fit beaucoup de bien et me rassura, en reprenant les textes de loi, elle démontra clairement que le massage de bien-être ne faisait pas partie du monopole des masseurs-kinésithérapeutes et que je devais être relaxé.
Le procès se terminait, et je n'étais pas très satisfait de ma prestation. Les mots m'avaient manqué, j'avais perdu mes moyens devant un procureur accusateur et une ambiance plombée où personne ne semblait comprendre ce qu'est le massage de bien-être. J'étais cependant soulagé que cela soit fini... Délibération le 10 décembre 2009.
Quelques semaines d'attente un peu difficiles, jusqu'au coup de téléphone de mon avocate : «C'est bon, vous êtes relaxé...». Il m'a fallu plusieurs heures pour vraiment réaliser ce que je venais d'entendre et pouvoir enfin me détendre, même s'il y a toujours un risque d'aller en appel. (Nous savons aujourd'hui que l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes de la Loire n'a pas fait appel de la décision du Tribunal du 10 décembre 2009).

Aujourd'hui, que retirez-vous de cette expérience ? Quelles en sont les conséquences sur un plan professionnel ?
Je n'en retire rien. J'ai perdu 4 000 € (avis aux donateurs...) ! Et surtout je me suis fait beaucoup, mais vraiment beaucoup, de soucis. Je me suis senti très seul, et c'est une page que je veux tourner, j'ai perdu suffisamment d'énergie, de temps et de nuits blanches à m'occuper de cette affaire. Aujourd'hui, je souhaite développer mon activité. Je suis un bon masseur, je sais ce que je vaux maintenant et, grâce à cette affaire je peux désormais le clamer haut et fort.
Tout ce que souhaite, c'est prendre soin de mes clients, ils me font suffisamment confiance pour mettre leur corps entre mes mains... même si je n'ai pas de «Diplôme d'État» !

Qu'aimeriez-vous dire aujourd'hui à vos confrères ?
Je ne suis pas le premier praticien en massage bien-être à vivre ce genre de chose, peut-être pas le dernier... Il serait temps que cela cesse, et que ces quelques masseurs kinésithérapeutes trouvent une autre façon de s'exprimer pour régler leurs problèmes, au lieu de faire cette guerre d'intimidation qui au bout du compte ne leur apporte rien.
Il serait logique que, grâce à ces jurisprudences, qui montrent que les attaques des kinés ne sont pas fondées, grâce au travail de la FFMBE et à toutes les écoles de massage bien-être, et avec le soutien de l'opinion publique, que la loi nous donne enfin un véritable statut.

Gilles Brossard, Fluides & Sens, 24 rue du Bourg, 42800 Saint Joseph.
Tél. 06 81 60 72 55. www.fluidesetsens.com


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