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ESTHÉTIQUE SEPTEMBRE2009

Massage

DÉFENDEZ-VOUS!

Les temps actuels semblent être ceux de la mobilisation, pas toujours favorable, loin s’en faut, autour des pratiques de bien-être et des médecines alternatives complémentaires. Depuis plusieurs mois, par exemple, se fait jour une tendance à des réactions menaçantes de différents représentants du récent Ordre des Kinésithérapeutes, vis-à-vis des praticiens et praticiennes qui utilisent des techniques comme le shiatsu ou la réflexologie. Cet Ordre adresse tous azimuts des lettres recommandées de menace à tous ceux qui selon eux exercent «frauduleusement» la pratique du «massage» qui leur «appartient». Les termes mêmes de ces lettres sont édifiants car ils démontrent combien la question en jeu n’est pas la santé publique ou la «protection» des patients mais bel et bien celle de la défense d’un territoire. Ils menacent et accusent en effet les soi-disant contrevenants de «concurrence déloyale».

On pourrait se demander en quoi la protection des approches alternatives peut présenter de l’intérêt pour un public comme celui des esthéticiennes. Ce serait oublier combien le bien-être fait partie intégrante de ces approches, dont la première démarche est d’être préventive, avant de se vouloir curative. Le bien-être est considéré comme le ferment essentiel du maintien de l’état de santé. Or, il fait partie des apports que les esthéticiennes revendiquent et elles utilisent pour cela de nombreux outils et techniques qui font partie ou sont issus des médecines alternatives (massages, shiatsu, réflexologie, huiles essentielles, ayurveda, etc.). C’est pourquoi les esthéticiennes sont directement concernées par tout ce qui touche aux approches alternatives et à leur défense, et en particulier la pratique par des non-médecins ou non-kinésithérapeutes. De nombreuses esthéticiennes viennent se former à l’Institut Français de Shiatsu, que ce soit en shiatsu, en réflexologie ou en aromathérapie, et je crois que deux types de réponses peuvent être apportés à leurs craintes.

COMMENT LUTTER CONTRE LES ATTAQUES ?

La première réponse est en rapport avec la question juridique. Comment se protéger face à une attaque d’une instance quelconque ? Comment éviter que cela n’arrive ? J’ai décidé pour répondre à cela, de rencontrer une juriste, spécialiste de la défense des approches alternatives de santé en France et en Europe, Maître Isabelle Robard, qui avait, entre autres, participé à la mise en place de la fameuse Résolution européenne du 29 mai 1997 sur les médecines non-conventionnelles. Maître Robard m’accorda fort courtoisement un long rendez-vous, au cours duquel nous avons pu aborder tous ces sujets.

Tout d’abord, je l’interrogeais sur le sujet de la protection de nos élèves face au flou législatif existant notamment vis-à-vis de l’Ordre des Kinésithérapeutes. Sa réponse fut simple, claire et rassurante, car totalement cohérente avec les conseils que nous donnons aux praticiens qui s’installent. «La meilleure des protections est la prévention» me dit Isabelle Robard. Voilà un conseil très en phase avec nos pratiques ! Avant de songer à se défendre, mieux vaut éviter de se mettre en situation d’être attaqué. Sa réponse fut claire sur le sujet. «La première chose que vos élèves doivent faire, c’est se protéger en amont et éviter les erreurs et les provocations. Ils doivent éviter les publications et les publicités dans lesquelles ils utilisent les termes de massage ou bien des revendications thérapeutiques. Ils doivent ensuite être prudents dans leur communication et éviter tout esprit de compétition vis-à-vis des praticiens installés dans leur région. Ils doivent enfin absolument être en règle avec la législation en vigueur (URSSAF, assurances, etc.). Etant donné ce que vous m’avez dit concernant votre Institut Français de Shiatsu, vos élèves semblent déjà bien informés». Nous ne pouvons donc qu’insister sur les conseils qui vous sont si souvent prodigués : évitez les provocations telles que le terme massage sur vos vitrines ou dans vos prospectus, des promesses ou des comparaisons agressives. Sachez communiquer de façon juste. Des termes comme shiatsu ou réflexologie n’ont absolument pas besoin d’être associés au terme massage pour être «signifiants».

LES RECOURS POSSIBLES

J’ai ensuite interrogé Maître Robard sur les recours possibles si, malgré ces précautions ou parce qu’elles n’avaient pas été suivies, un praticien ou une praticienne se trouvait inquiété. Je lui proposais de mettre en place une défense «groupe» ? Isabelle Robard me répondit que chaque cas étant différent, d’expérience, ce n’était pas la meilleure option. Il faut en effet à chaque fois étudier précisément ce qui a été à l’origine du problème et par conséquent une défense au cas par cas lui semble toujours plus judicieuse. Dès nécessité, le praticien ou la praticienne doit prendre contact avec un avocat, de préférence spécialisé, en lui confiant tous les éléments du dossier. Celui-ci statuera alors sur le type de défense qu’il jugera utile de mettre en place. La plupart du temps, une lettre circonstanciée permettra de désamorcer la crise. Par conséquent, pas de panique !

LE CAS DES MÉDECINES ALTERNATIVES

La deuxième réponse est en rapport avec une question plus vaste que celle des situations individuelles. Il s’agit des approches alternatives en tant que telles. J’ai évoqué avec Maître Robard l’émergence d’une nécessité de constituer une «défense potentielle » pour les médecines alternatives de façon générale, car l’air du temps semblait devenir pesant pour elles. Maître Robard a alors évoqué un projet auquel elle a pris part, en compagnie de Paul Lannoye, le député belge qui avait été l’instigateur du texte européen de 1997 sur les médecines alternatives complémentaires. Ce projet de défense s’organise dans un premier temps autour d’une pétition destinée à la Commission européenne en vue de l’inviter à prendre les initiatives législatives qui s’imposent pour une reconnaissance légale des disciplines médicales non conventionnelles.

CONCLUSION

Toutes celles d’entre vous qui nous connaissent, savent combien, à l’Institut Français de Shiatsu, nous tenons à être indépendants et à ce que nos praticiens le soient aussi. Aussi n’avons nous jamais incité quiconque à participer à un quelconque combat ni pris parti pour des causes particulières. Le seul combat pour lequel nous avons toujours milité est celui du sérieux, du professionnalisme et de la responsabilité de nos pratiques. Cependant, étant donné la tournure de plus en plus unidirectionnelle que prennent certaines instances en France, il nous semble nécessaire d’agir. En tant qu’esthéticiennes, vous êtes toutes concernées par le sujet, car c’est de la libre pratique de votre métier dont il s’agit et de la conquête de droits équivalant à ceux qui existent dans d’autres pays européens. C’est pourquoi nous vous invitons à lire et à signer cette pétition européenne que vous trouverez sur le site Internet Ecomed et également page 109. La lecture du contenu de cette pétition, ainsi que celle des participants à son élaboration, ne pourront que vous conforter dans cette décision et vous rassurer sur la transparence et l’absence totale d’intérêts ou de risques particuliers. Si vous décidez de signer ou de faire signer cette pétition, par toute personne intéressée, vous participerez à la défense de ce qui constitue une part intégrante de votre métier.

Michel Odoul, Institut Français de Shiatsu,
106 rue Monge, 75005 Paris. Tél. 01 45 87 83 17.
www.institut-francais-de-shiatsu.com

Par Michel ODOUL, Gérant de l'Institut Français de Shiatsu.

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