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ESTHÉTIQUE SEPTEMBRE2007

Comment être un bon maître d’apprentissage ?


La formation des élèves en esthétique selon le système de l’alternance se développe de plus en plus, compte-tenu notamment de la forte proportion d’élèves à poursuivre leur cursus par un BP. Comment l’institut «tuteur» peut-il ou doit-il prendre en charge la part qui lui incombe dans la construction de la formation professionnelle ? Voici des pistes qui ont fait leurs preuves pour devenir un bon maître d’apprentissage.


L’ALTERNANCE, UN MARIAGE À TROIS

L’alternance répond certes à un besoin économique et social mais, en esthétique comme dans la majorité des métiers artisanaux, ce système de formation est incontournable puisque la pratique est l’essence même du métier. Il faut aussi prendre en compte le fait qu’aujourd’hui, avoir un diplôme n’est plus synonyme de trouver un emploi, d’où le côté positif d’être immergée le plus vite possible dans la vie professionnelle, en vue d’être plus performante et opérationnelle plus vite, mais aussi de baliser le chemin de l’embauche. L’alternance est un système de formation en interface entre l’école et l’institut, qui vise la construction de la personnalité professionnelle des élèves en esthétique. Tandis que l’école se positionne comme un centre de production d’enseignements, l’institut permet l’expérimentation par une mise en situation réelle des compétences acquises. La formation en alternance se développe dans le sens où elle fournit une réponse au besoin d’insertion professionnelle des jeunes, et offre des avantages économiques intéressants pour l’institut qui emploie la jeune fille en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation. L’esthéticienne «tuteur» a ainsi la possibilité de «modeler» plus facilement l’élève à son mode de fonctionnement professionnel, à son offre, à son image et son approche de l’esthétique. Encore fautil, pour que l’expérience s’avère positive pour les deux protagonistes, que l’élève recrutée possède le profil requis, et que l’esthéticienne soit un bon maître d’apprentissage. Ainsi, le recrutement d’un contrat de qualification ou d’apprentissage ne doit pas être considéré comme un moyen de profiter de main d’œuvre à bon marché, mais de former une esthéticienne qualifiée. La première chose à avoir en tête est, pour l’esthéticienne tuteur, de bien faire la différence entre bien exploiter les ressources de l’élève, et l’exploiter.


PLUS DE 25 % DE RUPTURE DE CONTRAT

Le pourcentage de rupture de contrat d’apprentissage ou de professionnalisation peut atteindre 30 % au cours des trois premiers mois de formation, pourcentage qui varie selon les régions.

Les ruptures sont le plus souvent à l’initiative des jeunes filles qui disent :

- la réglementation n’est pas respectée (horaires, conditions de travail),

- la formation est insuffisante (manque d’accueil, d’écoute, d’accompagnement, de responsabilisation),

- des difficultés économiques : préférer une offre de CDD de quelques mois payée 100% du SMIC, à une formation rémunérée de 30 à 75 % du SMIC.

Quant aux maîtres d’apprentissage, elles reprochent globalement aux jeunes filles un manque de motivation. Comment, dans ce contexte, être un bon maître d’apprentissage ?


LE RÔLE DE «COACH» DU MAÎTRE D’APPRENTISSAGE

L’activité de la jeune fille en formation au sein de l’institut est le point de départ du processus d’apprentissage. Plus qu’un transmetteur de savoir, le maître d’apprentissage se positionne davantage comme un coach qui doit posséder des aptitudes à construire la personnalité professionnelle de l’élève. En effet, la formation en alternance doit permettre à l’élève d’acquérir non seulement des compétences professionnelles (validées par un examen), mais aussi une capacité à se situer professionnellement, à travailler en autonomie et en équipe, à être capable de développer un projet professionnel à plus long terme. Le rôle du maître d’apprentissage est donc d’accompagner son élève dans ce processus dynamique.


QUALIFICATION ET RECRUTEMENT

La passion du métier est la clé d’un bon travail. Et, pour que votre esthéticienne en contrat d’apprentissage ou de qualification « donne tout son potentiel», encore est-il nécessaire d’identifier ce potentiel, d’où l’importance de l’entretien d’embauche. Clarifiez au préalable vos attentes et le profil de la jeune fille en déterminant notamment quelles sont les tâches qu’elle aura à exécuter.


L’entretien

1. Faites visiter l’institut et présentez l’emploi proposé.

2. Questionnez la jeune fille sur son projet professionnel : «Qu’est-ce qui vous motive pour travailler chez nous ?», «Pourquoi avezvous choisi ce métier ?». «Avez-vous des préférences au niveau des prestations ?», etc.

3. Vérifiez certains points comportementaux tels que son dynamisme, son enthousiasme (est-elle souriante ?), son mode d’expression verbal et non verbal, ses qualités d’écoute.

4. Posez ensuite des questions plus approfondies pour vérifier le niveau d’information de la jeune fille. Ses réponses vous donneront des indications sur son niveau de motivation. Si elle vous dit être passionnée par les massages mais qu’elle n’a jamais reçu un massage, ou qu’elle ne connaît que le nom de massage californien, nul doute que son seuil de motivation est faible. En même temps, n’oubliez pas qu’elle est jeune et inexpérimentée. Profitez des erreurs éventuellement formulées lors des réponses pour mieux l’informer.

5. A la fin de l’entretien, il est important pour la jeune fille d’avoir votre retour sur la prestation qu’elle vient de fournir. Donnez-lui votre impression, notamment par des remarques, des conseils.


QUALIFICATION ET MOTIVATION

Nombre d’instituts se plaignent de ne pas trouver de jeunes filles motivées. En parallèle, les élèves se plaignent d’un travail dur et mal payé. D’où la nécessité de mettre en œuvre une stratégie positive qui vise à aider l’élève à trouver ses propres motivations. La motivation est à construire car les jeunes filles qui arrivent en CAP en alternance sont souvent en situation d’échec scolaire, ou peu conscientes de leur réel avenir professionnel. Un bon maître d’apprentissage doit croire en leurs possibilités de réussite et prendre en compte leurs difficultés, le contexte. Cela nécessite de faire confiance à la jeune fille et d’inscrire dans le temps le dévloppement de son autonomie qu’à seize ans, elle est loin de posséder.

Etre un bon maître d’apprentissage signifie avoir intégré le fait que la finalité de la formation en alternance n’est pas l’intégration mais la formation. Si les deux protagonistes l’on échangé et assimilé, il se mettra en place une motivation de l’acquisition des compétences et l’obtention d’une qualification.


LA JEUNE FILLE EST ACTEUR DE SA PROFESSIONNALISATION

Les maîtres d’apprentissage demandent souvent beaucoup aux élèves en alternance dans leur institut : un certain niveau de compétences, des qualités relationnelles, éventuellement la capacité à prendre des initiatives, voire des responsabilités. D’où la nécessité de placer la stagiaire en acteur, alors qu’on lui demande en cours (et souvent en institut) d’écouter et de reproduire. Mettre en place un partenariat actif entre l’esthéticienne «tuteur» et son élève peut se concrétiser par la réalisation d’une sorte de thèse. Ce projet de formation mis en place en parallèle de la formation à l’activité quotidienne a pour objectif de déclencher une réelle motivation de l’élève ainsi impliquée dans une mission qui lui est propre, d’où l’intérêt d’avoir au préalable, lors de l’entretien d’embauche, mis en évidence ses choix professionnels. Elle est passionnée par les soins anti-âges ?

Dégagez-lui du temps pour qu’elle puisse aller à la découverte des différentes techniques, des actifs, etc. Soutenez ses recherches, intéressez-vous à l’avancement de sa thèse. De même, en parallèle de ses choix esthétiques, une apprentie peut montrer un intérêt particulier pour la décoration. Pourquoi ne pas en profiter pour revoir ensemble le concept déco de votre institut ? Profitez de ce regard neuf pour améliorer le look de votre lieu de beauté.

Certes, les instituts, souvent de petite taille, recrutent une apprentie plus par opportunité que dans un véritable projet formateur pour la jeune fille et l’institut lui-même. Quel que soit le contenu de ce projet de formation, sorte de thèse d’apprentissage, il permet à la jeune fille de se positionner par rapport à ce projet pour pouvoir se l’approprier et se situer comme partenaire. Cette participation «institutionnelle» de la stagiaire est formatrice et va contribuer à la construction de sa personnalité professionnelle. Et le document, pour ne pas devenir de pure forme, est un outil vivant qui devra être régulièrement consulté par le maître d’apprentissage. D’où la nécessité de faire sauter certains freins tels que le manque de temps et les difficultés de se rencontrer.


LE PARCOURS EN INSTITUT EST ÉVOLUTIF

L’identification des activités formatrices de l’apprentie permet à l’esthéticienne de les planifier et d’établir des tableaux de bord qui permettront de décrire plus précisément ce que la jeune fille fait dans l’institut et d’évaluer ensuite ses compétences. Ces dernières ne se composent pas uniquement de savoir et de savoir-faire, mais aussi de savoir-être (attitude et comportement), et ce d’autant plus dans l’univers de l’institut de beauté où la qualité de la relation est source de fidélisation des clientes.


Critères d’évaluation comportementaux

1. Degré d’autonomie professionnelle dans les tâches confiées.

2. Niveau de pertinence dans l’utilisation des informations et documents techniques sur les soins et produits.

3. Fiabilité, rigueur, conscience professionnelle.

4. Respect des horaires, ponctualité, assiduité.

5. Respect des consignes, de la confidentialité, des contraintes de temps.

6. Initiatives, responsabilités.

7. Esprit ouvert et créatif.

8. Esprit d’équipe, sociabilité, retransmission des infos.

9. Intégrité, écoute, qualité de l’expression.

10. Accueil et prise en charge de la clientèle, argumentation vente, prise de communications téléphoniques.


Bien évidemment, il ne s’agit pas de mettre des notes, mais d’apprécier un niveau, tout en se gardant d’utiliser des mentions telles que «bien, passable, etc.» à forte connotation scolaire. La jeune fille doit évaluer elle-même son degré de maîtrise professionnelle en émettant des observations du type «Je n’ose pas conseiller des produits», «J’arrive en retard trop souvent», «Je suis à l’aise avec le téléphone et la prise de rendez-vous», etc. La confrontation de l’auto-évaluation et de celle portée par le maître d’apprentissage est l’occasion d’un échange très riche et formateur. A remplir une fois par mois, cette fiche permet de multiplier les échanges et de fixer des objectifs de progrès.

Quant à la fiche d’évaluation du savoir-faire, elle prend en considération la liste des tâches exécutées par l’apprentie : épilation, rangement des stocks, etc. Pour chacune, elle notera le niveau de compétence : «Je sais faire en autonomie», «Je sais faire avec aide», «J’ai vu faire», «Je ne sais pas faire du tout», «Ce que j’ai appris», «Les questions que je me pose». Ces fiches permettent aux élèves de parler de ce qu’elles font aussi souvent que possible. Cela implique aussi de donner des temps de travail personnel pour qu’elles puissent remplir leurs fiches d’auto-évaluation.


CONCLUSION

Etre un bon maître d’apprentissage signifie aussi faire preuve de tolérance sur certains points relatifs à l’inexpérience. L’esthéticienne «tuteur» doit parfois se replacer quelques années en arrière pour réaliser que les débuts dans le monde du travail ne sont pas évidents : manque de savoir-faire certes, mais surtout manque de confiance en soi. En revanche, la rigueur est une valeur sur laquelle il ne faut pas transiger et le respect des horaires est la règle n°1. Il en est de même pour l’apparence physique et les jeunes filles qui ne comprennent pas l’obligation de venir travailler cheveux propres et attachés, maquillage léger et tenue correcte, n’ont pas leur place dans le domaine de la beauté.

Tatouages, piercings, et autres styles gothiques s’abstenir. Le langage du corps et le langage verbal revêtent toute leur importance dans l’univers de l’institut. Au-delà des enjeux économiques et sociaux, l’embauche de jeunes filles en alternance représente pour l’institut une plus value de par leur regard nouveau sur le métier, leur recul face au milieu du travail, et surtout leur jeunesse, synonyme de sang neuf et d’idées nouvelles. A condition que le maître d’apprentissage sache les accueillir, les écouter. Cela peut aussi avoir pour finalité une remise en question du maître d’apprentissage, qui, lors de ses échanges avec l’apprentie, peut être amené à mettre en évidence des prestations ou équipements obsolètes, remettre en question ses habitudes de travail, d’où une possibilité d’évolution de l’esthéticienne «tuteur». Le fait de former une jeune fille permet aussi à l’esthéticienne de prendre conscience de la valeur de son travail, en explicitant son savoir-faire.

 

par Marie-Françoise TESSIER

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